Couleur sépia

J’aimerais, parfois, avoir le don d’arrêter le temps.

Ancrer la sensation de cette brise légère sur ma peau, rafraîchissante et douce, qui tranche avec cette journée encore trop caniculaire.

Garder pour moi le silence (certes temporaire), lors de ma sieste sous le gros arbre rouge. Un silence de paix habité par le seul chant des oiseaux et le bruissement des arbres.

Imprimer cette perfection, la retenir, la transformer en souvenir.

Avant que tout ne change, avant que tout ne soit bouleversé et expulser cette furieuse envie de pleurer…

 

 

Juillet

Attendre. La pluie, les résultats du bac, les vacances, que ça se calme, d’avoir des réponses, des remerciements (qui ne viendront pas) // Supporter les logorrhées interminables de la mère du voisin et avoir envie de lui foutre mon poing dans sa gueule (de poissonnière) // Faire les soldes et désespérer des fringues proposées, à moins que je ne désespère de moi // Diner avec ma Sev Power (je te surkiffe d’amour) // S’offrir une fabuleuse parenthèse à la montagne. Aimer follement le décor et la paix qu’il m’offre // Chercher. Des réponses, des pistes, des explications // Le pouvoir de la gratitude // Macron. Avec Poutine, avec Trump, avec Angela, avec Rihanna, avec Bono. Sur les Champs, à Versailles, au Touquet, qui fait du sport, qui se prend pour un pilote de chasse… Je vais adorer ce quinquennat aux relents de pognon et me mets progressivement à pencher du côté de Mélenchon et Ruffin // Julie // Les longs week ends coupure, qui font patienter jusqu’aux vacances // Se préparer à accueillir une nouvelle collègue // Avoir des nouvelles rassurantes de ma C. // Les bières avec toi… // Rire. Beaucoup, souvent, peu importe la circonstance // La thalasso des pieds gagnée sur Amazon. (Moi qui ne gagne jamais rien !!!). Méga kiffance //  Savourer les températures en dessous de 26 degrés // S’offrir des robes // Chercher une activité pour la rentrée // Le bruit : du livreur de journaux, tous les matins à 6 h pétantes ; des enfants qui hurlent pour s’exprimer (c’est moi ou bien ???) ; des gens ; dans la rue, dans les jardins, dans les bureaux, sous mes fenêtres… // Les APL, les 3 milliards d’euros offerts à Rihanna, la débandade à l’Assemblée Nationale : vaste rigolade. Je corrige : je vais infiniment aimer ce quinquennat, le Manu et sa BriBri // Avoir envie de me couper les cheveux, de me faire tatouer, liposucer puis renoncer // 3 millions d’amende pour Hanouna : Alléluia !!!! // Dire trop haut ce que je pense et le regretter // Les nanas qui photographient à longueur de journée leur cuisine et sdb sur IG et comptent des 100aines de followers et pas moi : cherchez l’erreur (elle déchire sa race pourtant ma cuisine) // Déplorer la solitude mais rechercher paradoxalement le silence // L’opération de la mâchoire qui s’éloigne définitivement : un an et demi de rééducation, pas mal de douleurs mais une victoire finale (même si le bout du tunnel n’est pas pour tout de suite) //  Des femmes politiques qui se font tabasser sur les marchés, une nouvelle mode française ? // M’emmêler dans mes contradictions // La fin des aides à l’agriculture bio : on n’a pas fini de s’étrangler pendant 5 ans… // Penser à la rentrée, alors que je ne suis pas encore partie en vacances… songer que tout file à la vitesse de la lumière.

 

Étayer le propos

J’ai eu un échange très particulier avec un monsieur FB à propos des femmes « rondes », toutes « très douces, très gentilles ». Sans doute manquait-il à la panoplie : toutes très drôles, bonnes copines, bonnes épouses et bonnes mamans.

Des propos irritants, désobligeants, qui en cette période d’été résonnent follement chez moi. Je ne suis rien de tout cela. D’ailleurs, je suis grosse. La fausse pudeur autour de ce que je suis vraiment, m’ennuie affreusement. Ma « situation » à un nom clinique : hyperphage, obèse de type 1 (répartie sur tout le corps), de niveau 1 (pas encore morbide). J’aime cette précision toute médicale de classer les gens. Pour une fois que je me retrouve dans les premiers groupes ! Je suis une winneuse du surpoids finalement….

La période d’été disais-je me plonge toujours dans les tréfonds de cette réalité : c’est l’été on sort nos plus beaux atours, jupettes, débardeurs, robes décolletées. Ainsi donc, je me sens en concurrence avec à peu près toutes les femmes de la planète, je me bats pour trouver des vêtements assez stylés pour ne pas ressembler au sac que l’industrie du vêtement pour grosses souhaite me faire ressembler.

Je lutte donc contre l’extérieur et aussi contre moi ; moi qui suis perpétuellement au régime. Mais vous objecterez, « tu dis que tu es grosse, c’est quoi ce binz ???? ». Il se trouve que lorsque l’on a comme moi suivi des  régimes à peu près toute sa vie, le corps ne suit plus et même si on mange en petite quantité, le corps ne sait plus faire la différence… et on reste donc « grosse ».

Alors oui, j’écris de là moi aussi. De chez cette catégorie de personnes qui cristallisent à peu près tous les clichés négatifs et qui pourtant lutte quotidiennement. Car non, la volonté n’a rien à voir là dedans.

Aujourd’hui des mouvements fleurissent, notamment celui du body positive. Mais ne nous y trompons pas. Même si certaines d’entre nous revendiquent leur grossitude, toutes, oui toutes, nous aimerions avoir un corps différent. Non pas un corps de déesse mais un corps qui nous perte de rentrer dans du 44 comme presque tout le monde, d’aller nous baigner sans que tout le monde soit ne se retourne, soit nous jette des regards noirs de réprobations. Nous aimerions toutes pouvoir monter des escaliers sans souffler et suer comme des vaches, manger des glaces en terrasse, ne pas nous affamer dans les repas de famille ou professionnels pour ne pas montrer qu’on mange trop parce qu’on en a besoin.

J’adorerai pouvoir m’assumer, accepter mes courbes, chérir mes joues rebondies sans rides, caresser mon 95 E avec amour, considérer mes vergetures avec amitié. Ça n’est pas le cas. Même si mon Népou semble ne pas être dérangé par tout « ça ». Vous pensez « elle s’empêche » et vous avez raison. Je m’empêche parce que c’est plus fort que moi, parce que certes la vie est courte mais je ne peux toujours pas me considérer avec toute la douceur et la bienveillance qui seraient nécessaires.

C’est de là que j’écris oui. Parce que cette certitude intime, ancrée par un nombre colossal de remarques en tout genre, continue de me coller à la peau…

« J’écris de chez les moches »

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du marché à la bonne meuf (…).
Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas ».
Virginie Despentes (King Kong Théorie, 2006

Noisy

C’est l’été.

Il est de bon ton, lorsqu’on est dehors, chez soi, aux terrasses des cafés, dans la rue, de faire du bruit.

Sur quoi je me base ?

Mon voisinage. Tout nouveau, tout beau, qui semble découvrir la campagne, la joie d’habiter une maison, d’avoir un jardin et pour certains, une piscine.

Je ne comprends pas. Mais sans doute que si j’avais tout cela, avec des enfants et un chien, je serai heureuse de le faire savoir à la terre entière.

Ce « besoin » d’afficher, ou de s’afficher me questionne. Comme me questionnent les personnes qui ont besoin de faire du raffut dans les transports en commun (« Alloooo ? j’arrive dans 1à minutes hein à tout de suiteeeee »), ou encore dans les lieux publics (« Alloooooo ? Tu veux quoi avec ta pizza ????).

C’est mon marronnier à moi. Vous l’aurez compris, les barbecues jusqu’à 2h du matin, avec chansons et rires en stéréo m’horripilent, de même que me hérissent le poil les scooters qui font la course  à des heures indécentes avec des dérapages contrôlés ou non sous mes fenêtres.

Je réclame de la tranquillité après 22 h, à pouvoir dormir les fenêtres ouvertes, à lire dehors si ça me chante (justement !). Je n’ai pas besoin de savoir ce que fait mon voisin, ni avec qui, je n’ai pas envie d’écouter ses conversations, savoir ce qu’il mange, ni avec qui il prend son bain de minuit.

Sauvage me direz-vous… Vous avez peut être raison. Mais il y a aussi cette notion qui m’est chère, très très chère, celle de l’intimité….

Geins (juin)

Se réveiller, avec l’horreur, encore // Non je ne boirai pas de mojito (naméo !) // Ce week end en Ardèche, doux, soyeux, reposant malgré les vérités échangées // Anna Gavalda : petite déception // Les JDM (journées de merde) qui s’enchainent // Négocier l’échelonnement des mes dettes (hiha !) // Sa santé qui flanche et les craintes qui s’éveillent (à nouveau) // Souffrir, terriblement, de la chaleur // S’arrêter et laisser la vie reprendre ses droits // Décider de reprendre soin de moi // Chercher un quelqu’un (again) // Déplorer les vides // Si le Manu M (je précise) n’est pas ma tasse de thé, est-il pour autant nécessaire d’être aussi méprisants et haineux à l’encontre des nouveaux en marche ???? // Chercher des réponses et le sens // Faire des incantations à l’univers (oui madame ! ) // Il y a des sels d’aluminium dans le déo auquel je suis fidèle depuis 20 ans (sa mère !!!) // Définitivement détester juin // Bayrou : pathétique, comme d’hab. // La conversation qui remue avec Anne (je t’aime d’amour Anne !!!!) // Ma poulette qui passe le bac de français… c’est juste… enfin voilà quoi // L’affaire Grégory qui ressort, un fait d’hiver avec lequel j’aurais grandi // L’anniv étoilé de mon Népou // 37 °, ressenti 70, amenez moi Trump que je lui arrache la houpette !!! // Se retrouver avec une fêlure qui fait tanguer (au pied) // Un apéro de filles… à refaire // Tous les jours chercher l’énergie, pour y aller et rester… // Message personnel aux chanteurs du 21 juin, des fêtes de village : VOS GUEULES !!!! Vous chantez faux !!! (N’est pas Adèle qui veut…// Message personnel à mon nouveau WTF* voisin : t’es pas tout seul (bordel de merde !!!!!!) // Attendre la pluie // Être triste au départ de mon Patrick (Pat je t’aiiiiime) // Désirs….// Une directrice (que je vénère ) qui me dit que recruter avec moi, c’est du bonheur. Se dire que ça (la reconnaissance, la richesse des échanges, le professionnalisme) n’a pas de prix // Un nouveau binôme à la rentrée // Se réjouir de la pluie // Simone, figure féminine révérée. Etre si triste de cette perte… // L’été est chaud, il sera long…

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Je suis immobilisée et comme le temps est caniculaire (excuses bidons), je farfouille sur internet. FB pour être tout à fait honnête.

Je me demande toujours comment les gens peuvent s’exposer à ce point. Eux, leurs enfants, leur intimité. Et en même temps, je m’expose follement ici…

Je farfouille donc et tombe sur lui. Lui bien sûr. Il n’a pas changé. Son sourire, son grain de peau, ses tatouages, son chien, sa maison, à une poignée de kilomètres de chez moi… sa femme, ses magnifiques enfants. Elle, je ne la trouve pas très classieuse, fausse blonde, trop maquillée (pouvais je lui trouver la moindre qualité ?), eux sont grands et magnifiques. 1 fille, 2 garçons. Des enfants….

Je me retrouve dans cette position voyeuse, qui ne me rend pas fière. Mais je ne me décolle pas de ces photos qui font défiler le fil de sa vie.

J’ai une irrépressible envie, que je ne me connaissais pas. Celle d’être blottie contre lui.

Et bien sûr, les souvenirs remontent. Nombreux et doux pour la plupart.Je me retiens d’envoyer un message. Comment le percevrait-il ? Pour quoi faire ?

Rien, absolument rien.

Seulement, je suis happée par un tourbillon pas très sympathique…

Si ma vie avait été différente.

Si… J’aurais des enfants peut être. Une maison avec un chien, une fille adolescente qui comme moi aimerait le street art et la poésie. A l’heure qu’il est, je ne serai pas seule sur mon divan à ne pas pouvoir marcher correctement avec mon mari seul aussi, à l’autre bout de la France. Il y aurait de la vie, autant que peuvent en produire des enfants pré-adolescents, des apéros dans le grand jardin, du bruit, de l’animation.

Si…

 

Un quelqu’un

Je recherche, à nouveau, mon quelqu’un.

La recherche du quelqu’un c’est un peu la quête du graal…

J’ai rencontré plusieurs quelqu’un et même des quelqu’une, des personnes qui ont marqué durablement ma vie, m’ont permis de me mettre en chemin pour comprendre certains schémas psychologiques enfermants. J’ai fui ceux avec lesquels il n’y avait pas de feeling, j’ai aussi laissé tomber quelques gourous. Je suis allée fouiller vers des modes d’accompagnement très différents… Ça a duré longtemps, puis ce fut plus ponctuel pour régler un problème donné.

Aujourd’hui, les crises d’angoisse ont repris, les insomnies, l’hyperphagie (ne jamais oh grand jamais penser qu’on en a fini avec cette saloperie), les pensées morbides. Bref, de merveilleux moments de solitude.

Le portrait robot de mon quelqu’un serait le suivant :

Un homme de plus de 50 ans, formé aux TCC, proche de mon lieu de travail, pas trop éloigné de chez moi par ailleurs (à mi chemin donc), joignable par téléphone en cas de crise d’angoisse, aux pratiques pas trop onéreuses, qui ne me garde pas 15 ans et qui est doté de beaucoup d’humour (oui oui) et d’un minimum d’empathie.

Je me vois comme un merveilleux sujet de thèse (re-oui oui). J’ai lu une tonne (pas moins) de livres sur le développement personnel, je suis allée fouiner du côté de la PNL, de l’AT, de l’EFT. En tant que travailleuse sociale (je HAIS ce terme), j’ai été formée à quantité de « choses » pour accompagner, écouter, être en empathie. Mais que nenni, la cordonnière est toujours la plus mal chaussée. J’en suis toujours (à peu près) au même point.

Soit : 42 ans, pas toutes ses dents, insatisfaite de sa vie, de son œuvre, de tous les creux qui n’arrivent pas à être comblés, une certaine difficulté à faire avec soi, à construire pour soi.

Au fond, je crois, cela fait 42 ans que je suis en quête d’identité, la mienne, profonde, la vraie.

Le graal disais-je…

J’attends la pluie

La maison vit, évolue sans moi. Et je ne m’en offusque pas. Rien n’est rangé, tout traîne un peu mais avec une certaine grâce. Cela fait écho à un précédent post d’ailleurs. Il y a comme une accumulation.

Je profite des extérieurs, qui s’assèchent lentement, mais je me repais du chant des oiseaux, de la vue sur mes montagnes. Cet intangible, ce qui ne cesse de me ravir au quotidien.

Je fais silence, comme dans une longue retraite pour m’extraire de ce monde qui fourmille et bruisse.

La méditation me permet de me reconnecter à mon corps mis à mal.

J’écoute ma maman qui m’évoque ses multiples bobos, je fais une carte d’anniversaire pour mon Népou, je cuisine des légumes, lis Happinez..

Je vis et j’attends la pluie…