Le son du lundi

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J’attends la pluie

Je suis très sensible aux saisons et suis très attachée au printemps et à l’automne.

Les saisons ont un retentissement physique et émotionnel sur moi (aujourd’hui, toi et moi savons pourquoi). Ainsi, et c’est sans doute un cliché, mais je ressens très clairement la sève du printemps, comme je sens à l’automne que mon corps se prépare tranquillement à l’hibernation tant aimée. Je me sens, très fortement connectée à la terre, aux éléments. Au printemps, je perçois une forme de « ressourcement » intérieur. Le paysage qui s’offre à moi, permet cette connexion : en ouvrant mes fenêtres, je suis entourée de montagnes, qui se teintent , qui attrapent les nuages, captent les rayons du soleil.

C’est une chance et j’en mesure chaque jour l’importance.

Je l’ai répété maintes fois ici, cette année a été particulièrement difficile pour moi. Trop de soleil, trop de chaleur, mon corps a souffert. A la maison, j’ai traversé l’été dans la pénombre. Impossible pour moi avant 22 ou 23 heures d’ouvrir fenêtres et volets tant la chaleur était accablante, le matin, à parti de 7 H 30, la maison était bouclée. Un enfermement très insupportable pour moi qui avait l’impression d’être oppressée dedans comme dehors. Impossible de se promener en fin de journée et cela jusqu’à très récemment et donc de respirer à plein poumon tel que je le pratique quotidiennement.

Désormais, j’attends la pluie.

Savez vous que l’odeur qui se dégage de la terre lorsque la pluie tombe a un nom, certes peu poétique mais quand même : le pétrichor. J’aime cette idée que je trouve follement romantique…

J’attends la pluie, le frais qui se dégage une fois qu’elle est tombée. J’attends les odeurs de terre et d’asphalte, j’attends que mettre de petits pulls, de commencer à penser aux soupes que je vais préparer le soir et aux thés dont je vais pouvoir me délecter sous une couverture sur mon divan bien aimé. J’attends de pouvoir ouvrir grands les fenêtres et l’écouter tomber, secouer les feuilles des arbres en face de chez moi.

J’attends les odeurs de pierre et du sang des dieux…

 

Trop

De matins passés dans les pots d’échappement, les phares et la pollution ;

De nourriture avalée pour oublier ;

De séries TV (bidons) pour se vider la tête ;

De réunions in-intéressantes et non constructives ;

De couloirs d’hôpitaux, arpentés anxieusement ;

De paroles prononcées, pour ne rien dire ;

De silences dans la maison, de bruits intérieurs ;

De nuits écourtées ;

D’heures passées à réfléchir à aujourd’hui et surtout à demain ;

De soirées sans lui, de journées sans lui ;

Trop de questions sans réponses.

 

Tout ce temps ici

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai écrit. Des historiettes, des nouvelles. L’écriture a été, est, ma meilleure amie, mon remède absolu, un besoin physique.

J’ai nourri le secret espoir d’écrire un livre sur les femmes de ma famille. Tout était prêt dans ma tête. Il aurait été question d’immigration (mon arrière-grand mère italienne), de féminité (si peu présente chez toutes, des arrières grands mères, en passant par les grands mères et les tantes, sans oublier ma propre mère), et bien sûr de maternité. Un point central et néanmoins épineux dans ma famille.

Mais je me suis rapidement rendue à l’évidence que je n’ai pas de talent, ni même la patience suffisante de me jeter dans un tel projet.

Alors, le titre chéri que je voulais donner à ce livre, je l’ai donné à mon précédent blog. La Femme floue. J’ai ouvert ce blog lorsque nous avons commencé notre parcours PMA avec mon Népou, afin d’y relater nos premiers pas, pour partager et aussi déposer tout ce que cela représentait pour moi. Une période longue et douloureuse, faite de deuils, de renoncements mais aussi et surtout d’amour. Impossible néanmoins de continuer avec lui.

Impossible de me relire, de remonter le fil de ce chemin parcouru. J’ai donc fermé ce blog pour venir m’installer ici.

C’était il y a 5 ans, c’était hier.

J’aime cet espace où je peux être moi sans filtre, où je peux laisser jaillir les mots, explorer des recoins ; déposer sans craintes, mes ressentis, mes doutes, mes espoirs aussi. Je crois pouvoir dire que l’écriture est ma thérapie. Une thérapie, certes partagée mais le moyen rêvé pour mettre en mots et me faire avancer et réfléchir. Un moyen de me recentrer alors que mon quotidien (professionnel) est tourné vers l’écoute de l’autre. Une fenêtre sur moi…

Parfois, je m’éloigne mais je reviens toujours avec le même plaisir et la même énergie. Grâce à cet outil, j’ai ouvert des portes et j’en ai fermé quelques autres.

Certes, les pratiques ont beaucoup changé, on ne partage plus de la même manière avec nos « lecteurs », mais peu m’importe. Je prends toutes les bonnes choses que me réserve ce lieu aimé.

 

 

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Stepping stones : Coté pro

Arrivée en février 2016 dans cette institution, sur un poste qui n’est pas mon cœur de métier.

10 jours plus tard, ma collègue part une semaine en vacances.

Début mars, ma collègue est en arrêt maladie pendant une semaine.

Courant mars, je commence avec une responsable de service, un projet en direction de 50 professionnels que nous allons tous rencontrer ensemble, en mai. En parallèle, j’apprends mon nouveau métier.

Avril :  Ma collègue est en arrêt jusqu’en septembre. Je décide avec l’accord de ma cheffe de service de mettre à plat toutes les procédures du service, pour la plupart obsolètes. Je toilette, je ré-écris, je mets en forme, je propose. Ce travail de fond va durer 4 mois. Mon travail fait l’objet d’allers-retours pour être validé par un millefeuille de décideurs.

Avril. La N+2 du service fait un burn out. Elle n’est pas revenue à ce jour.

Mai, je mène le projet en binôme. Nous rencontrons donc 50 professionnels, qu’il faut renseigner, orienter, rassurer. Une N+3 arrive. Elle est missionnée pour revoir de fond en comble le service auquel je suis intégrée.

Juin à aout. Je recrute seule en nombre pour la prochaine rentrée scolaire. En juillet, on me demande de mettre en place des ateliers collectifs. Ils auront lieu en décembre.

Septembre ma collègue revient de son long congé maladie. Je suis convoquée par la N+ 3. J’aurais dit que je ne souhaitais plus collaborer avec elle. Ce tremblement de terre me fait monter et rester une semaine dans les tours.

Octobre. Je tombe malade, je suis en arrêt 10 jours. Dans le même temps, ma responsable de service fait un burn out. Elle est en arrêt depuis lors.

D’octobre à décembre, les changements arrivent à grands pas. On apprend que des postes vont être supprimés, les services repensés. On nous demande de faire « des efforts », on nous dit que « cela va être difficile et long ».

Une responsable d’un autre service est désignée pour nous soutenir ma collègue et moi.

Janvier 2017. On apprend que le poste de notre collègue secrétaire est supprimé.

Mars-Avril. Ma collègue bénéficie d’un temps aménagé pour passer un concours. Une nouvelle responsable de service est désignée.

Mai. Ma collègue change de poste. Je me retrouve seule jusqu’en aout.

Juin. Je passe un entretien pour changer de poste, dans mon propre service. Je suis retenue.

Aout. Une nouvelle collègue arrive. Je dois la former. Dans le même temps, je dois recruter, mettre en place un nouveau collectif (différent du précédent) et commencer certaines missions de mon nouveau poste.

Prévision de décembre : je devrai occuper une bonne fois pour toute mon nouveau poste… mais sans bureau.

 

 

 

 

Aligner les mots

J’aurai tant à écrire sur cette semaine apocalyptique.

Sur l’hôpital public d’abord. Ses arcanes, ses codes, ses contradictions, ses violences, son humanité aussi. Je découvre ce que je ne soupçonnais pas, moi la supportrice du système de santé à la française. Je déchante. A fréquenter aussi souvent l’hôpital, les informations m’arrivent avec une certaine brutalité. Les conditions de travail des personnels soignants, la totale et flagrante incompétence de certains se dispute à l’immense humanité et au professionnalisme d’autres. Je ne suis pas dans la découverte totale, néanmoins certaines pratiques me choquent au plus haut point et cela d’autant plus parce que je suis directement concernée. Je suis assez abasourdie par la manière dont nos seniors malades sont traités et le déplore infiniment. Rudesse, précipitation, manque de temps, manque d’écoute. Voilà autant d’éléments qui m’interpellent. Comme m’interpelle aussi la manière peu amène dont se comportent des familles ainsi que des patient-es.

Depuis plusieurs mois, je suis confrontée, ainsi que mes collègues à un rythme de travail hyper soutenu. Nos conditions de travail sont dégradées, fonctionnaires, chargés d’accueillir et accompagner un public en grande précarité, nos services ont vu leurs dotations tranchées dans le vif. Ainsi, nous avons de moins en moins de moyens pour offrir un service public de qualité à une population qui s’achemine à grand pas vers un chemin de paupérisation. Les départs à la retraite, les mobilités diverses ne sont pas remplacés. En conséquence, nous nous retrouvons à occuper une voire deux et parfois trois fonctions en même temps. Kafkaïen. Parfois, la tension est telle que tout explose avec une telle intensité, qu’elle balaye tout sur son passage. Pour autant, il y a entre nous ce lien assez fantastique, qui nous fait mettre nos egos de côté pour y retourner et assurer ces multiples missions, pensées et assumées par des personnes souvent très éloignées du terrain.

J’ai peu d’ami-es. Je l’ai écrit souvent ici. Je l’ai déploré d’abord avant de me rendre compte qu’il y a des liens que je ne suis plus en mesure, pour le moment, de nouer. J’ai besoin d’espace, de liberté, de silence, peut être même en ce moment de solitude. Depuis un an, nous nous éloignons une précieuse amie et moi. Un éloignement du à des incompréhensions qui n’ont jamais été discutées, à des chemins de vie désormais radicalement différents. Je suis attristée et pourtant dans l’acceptation, ce qui me ressemble peu finalement. Jusque là chaque séparation, rupture amicale ont toujours été infiniment douloureuses et difficiles pour moi. Au delà du pincement au cœur, je me dis que je grandis peut être, que je me sécurise et aussi que j’ai besoin d’autres « choses ». Du vrai, du simple, du sans prise de tête, du « sans concurrence » (consciente ou inconsciente).

Dans cette folle semaine, il y a eu des rires tonitruants pour évacuer, souffler, reprendre le dessus. Il y a eu des pleurs, de l’incompréhension, de la douleur. Il y a une invitation qui tombe, à Paris, pour se retrouver en famille ; ce dont nous ne sommes pas certains d’avoir envie. Il y a eu un arc en ciel fantastique, tombé au milieu d’une conversation tendue. Il y a eu des nuits avec peu de sommeil et des réveils douloureux.

La vie, juste la vie….

 

Poser le diagnostic

Le besoin de silence, de plus en plus prégnant

La gêne causée par le bruit, la lumière

La difficulté à me trouver dans des endroits qui regorgent de monde

Les pleurs, à tout bout de champ

La difficulté à choisir, à trancher, à me déterminer

La peur de ne pas réussir, de décevoir

Les émotions fortes qui m’arrivent, suscitées par des œuvres littéraires, musicales, photographiques

Les changements impromptus qui me mettent dans tous mes états

Le sentiment de stress intense dans certaines situations

L’impatience qui vient me bousculer tous les jours

La ligne toujours ténue qui me sépare de la dépression

C’est ça, juste ça….

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Le son du dimanche

Cette chanson correspond si parfaitement à cette drôle d’année.

Difficile, incandescente à bien des égards.

Chaque jour, je suis révoltée par les dégâts causés sur l’environnement, parles décisions iniques qui sont prises, qui nous touchent directement mais plus encore, seront difficiles à porter et supporter par les générations à venir.

Je me sens démunie. Je trie, je fais attention à ma consommation…. petit maillon d’une vaste chaine qui ferme les yeux.

Il reste donc la musique et à poursuivre ces petits gestes qui à ma modeste mesure ne font que me rassurer.

Doux dimanche…

She

Je vais la visiter tous les deux jours environ.

Je la regarde, allongée sur ce lit depuis tant de semaines, que j’en ai perdu le fil.

Son visage et ses mains sont gonflés, ses yeux sont fatigués, sa jambe attaquée par un vilain microbe, dans un piètre état. Son corps qui a tant lutté ces dernières années et plus encore ces derniers mois est constellé de tâches brunes, sa peau toute fine marquant à chaque frottement trop appuyé.

Elle est l’ombre d’elle-même.

Elle me demande quand elle va rentrer, déplore de sa petite voix chevrotante le manque de goût de la nourriture, le bruit qui émane de certaines chambrées et qui l’empêche de dormir, le manque de lumière dans la chambre.

Je l’écoute, je lui caresse la main, le front, parfois les joues. Je donnerai tout pour la serrer contre moi à nouveau.

Mais je l’avoue, la voir ainsi m’arrache les tripes.

Elle me manque, infiniment et je sais au fond de mon cœur que plus rien ne sera jamais comme avant.

La petite fille en moi combat la tristesse, le vide, l’espace béant qu’elle laisse.

Égoïstement, je l’écris, je n’étais pas prête à cela. Je vais même vous faire une confidence, du haut de mes 42 printemps, je l’ai toujours pensée éternelle. Je viens seulement de toucher du doigt qu’il nous reste si peu ensemble. Si peu de confidences, de sourires, de fêtes de famille, de partage, à rire, à se dire, à échanger.

Lorsque le médecin nous a dit qu’il fallait nous préparer, je n’ai d’abord pas entendu. J’étais dans un déni protecteur. Je me suis voilée la face, j’ai protégé la petite fille. Je combats les souvenirs et les « après ». Ils n’existent pas pour le moment. Nous sommes dans l’instant, nous nous attachons à des taux auxquels nous ne comprenons pas tout mais dont savons qu’ils ne peuvent pas dépasser une certaine limite, synonyme de fin.

Une fin que je sais désormais inéluctable mais à laquelle je ne me résoudrais jamais.

Nous nous sommes rapprochés tous. Nous nous appelons plus souvent, nous nous voyons régulièrement, dans ce lieu honni, l’hôpital et à l’extérieur. Elle est notre préoccupation, notre sujet de conversation, notre tout.

Demain est peut être un autre jour…

 

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