Aligner les mots

J’aurai tant à écrire sur cette semaine apocalyptique.

Sur l’hôpital public d’abord. Ses arcanes, ses codes, ses contradictions, ses violences, son humanité aussi. Je découvre ce que je ne soupçonnais pas, moi la supportrice du système de santé à la française. Je déchante. A fréquenter aussi souvent l’hôpital, les informations m’arrivent avec une certaine brutalité. Les conditions de travail des personnels soignants, la totale et flagrante incompétence de certains se dispute à l’immense humanité et au professionnalisme d’autres. Je ne suis pas dans la découverte totale, néanmoins certaines pratiques me choquent au plus haut point et cela d’autant plus parce que je suis directement concernée. Je suis assez abasourdie par la manière dont nos seniors malades sont traités et le déplore infiniment. Rudesse, précipitation, manque de temps, manque d’écoute. Voilà autant d’éléments qui m’interpellent. Comme m’interpelle aussi la manière peu amène dont se comportent des familles ainsi que des patient-es.

Depuis plusieurs mois, je suis confrontée, ainsi que mes collègues à un rythme de travail hyper soutenu. Nos conditions de travail sont dégradées, fonctionnaires, chargés d’accueillir et accompagner un public en grande précarité, nos services ont vu leurs dotations tranchées dans le vif. Ainsi, nous avons de moins en moins de moyens pour offrir un service public de qualité à une population qui s’achemine à grand pas vers un chemin de paupérisation. Les départs à la retraite, les mobilités diverses ne sont pas remplacés. En conséquence, nous nous retrouvons à occuper une voire deux et parfois trois fonctions en même temps. Kafkaïen. Parfois, la tension est telle que tout explose avec une telle intensité, qu’elle balaye tout sur son passage. Pour autant, il y a entre nous ce lien assez fantastique, qui nous fait mettre nos egos de côté pour y retourner et assurer ces multiples missions, pensées et assumées par des personnes souvent très éloignées du terrain.

J’ai peu d’ami-es. Je l’ai écrit souvent ici. Je l’ai déploré d’abord avant de me rendre compte qu’il y a des liens que je ne suis plus en mesure, pour le moment, de nouer. J’ai besoin d’espace, de liberté, de silence, peut être même en ce moment de solitude. Depuis un an, nous nous éloignons une précieuse amie et moi. Un éloignement du à des incompréhensions qui n’ont jamais été discutées, à des chemins de vie désormais radicalement différents. Je suis attristée et pourtant dans l’acceptation, ce qui me ressemble peu finalement. Jusque là chaque séparation, rupture amicale ont toujours été infiniment douloureuses et difficiles pour moi. Au delà du pincement au cœur, je me dis que je grandis peut être, que je me sécurise et aussi que j’ai besoin d’autres « choses ». Du vrai, du simple, du sans prise de tête, du « sans concurrence » (consciente ou inconsciente).

Dans cette folle semaine, il y a eu des rires tonitruants pour évacuer, souffler, reprendre le dessus. Il y a eu des pleurs, de l’incompréhension, de la douleur. Il y a une invitation qui tombe, à Paris, pour se retrouver en famille ; ce dont nous ne sommes pas certains d’avoir envie. Il y a eu un arc en ciel fantastique, tombé au milieu d’une conversation tendue. Il y a eu des nuits avec peu de sommeil et des réveils douloureux.

La vie, juste la vie….

 

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Juillet

Attendre. La pluie, les résultats du bac, les vacances, que ça se calme, d’avoir des réponses, des remerciements (qui ne viendront pas) // Supporter les logorrhées interminables de la mère du voisin et avoir envie de lui foutre mon poing dans sa gueule (de poissonnière) // Faire les soldes et désespérer des fringues proposées, à moins que je ne désespère de moi // Diner avec ma Sev Power (je te surkiffe d’amour) // S’offrir une fabuleuse parenthèse à la montagne. Aimer follement le décor et la paix qu’il m’offre // Chercher. Des réponses, des pistes, des explications // Le pouvoir de la gratitude // Macron. Avec Poutine, avec Trump, avec Angela, avec Rihanna, avec Bono. Sur les Champs, à Versailles, au Touquet, qui fait du sport, qui se prend pour un pilote de chasse… Je vais adorer ce quinquennat aux relents de pognon et me mets progressivement à pencher du côté de Mélenchon et Ruffin // Julie // Les longs week ends coupure, qui font patienter jusqu’aux vacances // Se préparer à accueillir une nouvelle collègue // Avoir des nouvelles rassurantes de ma C. // Les bières avec toi… // Rire. Beaucoup, souvent, peu importe la circonstance // La thalasso des pieds gagnée sur Amazon. (Moi qui ne gagne jamais rien !!!). Méga kiffance //  Savourer les températures en dessous de 26 degrés // S’offrir des robes // Chercher une activité pour la rentrée // Le bruit : du livreur de journaux, tous les matins à 6 h pétantes ; des enfants qui hurlent pour s’exprimer (c’est moi ou bien ???) ; des gens ; dans la rue, dans les jardins, dans les bureaux, sous mes fenêtres… // Les APL, les 3 milliards d’euros offerts à Rihanna, la débandade à l’Assemblée Nationale : vaste rigolade. Je corrige : je vais infiniment aimer ce quinquennat, le Manu et sa BriBri // Avoir envie de me couper les cheveux, de me faire tatouer, liposucer puis renoncer // 3 millions d’amende pour Hanouna : Alléluia !!!! // Dire trop haut ce que je pense et le regretter // Les nanas qui photographient à longueur de journée leur cuisine et sdb sur IG et comptent des 100aines de followers et pas moi : cherchez l’erreur (elle déchire sa race pourtant ma cuisine) // Déplorer la solitude mais rechercher paradoxalement le silence // L’opération de la mâchoire qui s’éloigne définitivement : un an et demi de rééducation, pas mal de douleurs mais une victoire finale (même si le bout du tunnel n’est pas pour tout de suite) //  Des femmes politiques qui se font tabasser sur les marchés, une nouvelle mode française ? // M’emmêler dans mes contradictions // La fin des aides à l’agriculture bio : on n’a pas fini de s’étrangler pendant 5 ans… // Penser à la rentrée, alors que je ne suis pas encore partie en vacances… songer que tout file à la vitesse de la lumière.

 

Juin !

Je suis une femme d’hiver.

J’aime le froid qui saisit le corps et les joues, j’aime dormir ensevelie sous une tonne de couverture, boire du thé fumant à longueur de journée, prendre des bains , porter des chaussures fermées qui cachent mes pieds, des foulards, des chapeaux. J’aime les nuits fraîches qui favorisent le rêve. La chaleur m’anesthésie, me fatigue.

La violence qui a traversé tout le mois de juin me laisse dubitative. La violence intérieure, au niveau national, une violence meurtrière à l’échelle européenne, celle enfin à nos frontières et celle enfin qui a touché Orlando . La folie des hommes, pour un Dieu, une idée, me glace. J’ai peur de perdre une certaine innocence, j’ai peur de m’habituer, de renoncer. J’ai envie de continuer à flâner dans les rues parisiennes, sans craindre qu’une bombe explose dans une gare ou une station de métro. J’espère de tout cœur pouvoir retourner à Istanbul pour montrer cette belle capitale à mon Népou. J’ai le sentiment douloureux que notre vieille Europe s’essouffle, que les rêves d’hier ne sont que de lointains mirages qui se cognent à la bêtise et à la cupidité. Pourquoi est-il si compliqué de vivre ensemble ? N’est-il pas possible de s’unir autour d’autres valeurs que celles économiques… ?

En juin, j’ai beaucoup photographié, regardé, flâné. Je découvre une nouvelle joie, hors de celle des mots. Celle de regarder, considérer, apprivoiser. C’est si bon de prendre le temps de regarder, respirer l’air d’une place, d’un jardin, d’un quartier.

En juin, mes parents ont tous deux eu des accidents de santé. Un accident cardiaque pour l’une et une opération pour l’autre. Comme à chaque fois qu’ils sont diminués, la réalité vient me saisir. Me revient en conscience qu’ils deviennent vieux et qu’ils vont mourir, que je serai seule pour porter tout cela, que la vie est parfois affreusement cruelle, elle arrive sur la pointe des pieds sans frapper. Ma mère est partie en toute vitesse aux urgences, agitant sa main,, sans un mot. Je me suis dit qu’elle pourrait mourir, sans que nous nous soyons dit le plus important…

En juin, une nouvelle fois, je me suis retrouvée seule au travail. Ma collègue étant prolongée de semaine en semaine. Bien sûr elle n’est pas remplacée… et je suis contrainte d’abattre le travail de deux personnes et de retomber dans mes anciens schémas. Je n’ai fait que cela. Partir, travailler, manger, travailler, rentrer pour m’écrouler. Pauvre vie sociale, insatisfaction professionnelle. Je travaille mécaniquement, sans conscience, en réalisant un travail superficiel. Je n’apprends rien, sinon que je suis capable, oui capable de tenir seule. Que me réserve cet emploi, comment les prochains mois vont-ils se dérouler ? Les restrictions budgétaires qui nous assaillent sont des plus anxiogènes. Comment rassurer lorsque soi même on tangue, on doute, on subit une forme de malmenance….

En juin, il y a eu l’annonce de la rééducation maxillaire et enfin j’entrevois la fin de mes affreuses souffrances et la perspective d’une opération.

En juin, la colère est revenue ravagée mon intérieur. La colère contre la famille qui a toujours su si bien trouver le chemin de notre maison lorsqu’elle avait besoin. Mais qui n’a pas su se montrer présente lorsque mes parents étaient au plus mal. La colère contre mon Népou de ne pas être plus investi dans sa recherche d’emploi et de nous imposer un rythme de vie éreintant. La colère contre moi, placée dans l’attente, l’attente qui me renvoie à l’enfance invariablement. Attente des parents, des amis, des hommes, de mon Népou…. Je suis dans une forme d’attentisme, impossible de me réveillée tant la fatigue a investi tous les pores de mon corps.

Vivement l’automne….

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Violence ordinaire

La Redoute qui va tirer au sort ses salariés pour travailler le week end.

Air France qui se déchire et pas que pour des chemises.

Le travail est violent, provoque des violences, suscite la violence.

On entend ici et là des personnes qui s’expriment sur le sujet (pas plus tard que ce soir au LGD), normal/pas normal.

La violence n’est pas acceptable, la légitimer à travers des images ou des micros ouverts n’est pas acceptable, pas plus que ne sont acceptables les violences faites aux salariés.

Dans quel monde vit-on ?

Je suis atterrée.

Quelle valeur travail transmettre, comment le réinvestir, comment créer du travail autrement ?

 

 

News from the world : september

La grille de rentrée de France Inter : bof

Antoine de Caunes sur Canal : bof

Anne-Sophie Lapix sur France 5 : bof

(Je vais finir par être obligée de regarder Hanouna….)

Barack qui tergiverse, qui est chafouin de contredire Michelle, Vladimir qui nous fait du grand spectacle, François qui a envie d’y aller oui mais non, enfin si plus tard. Madonna qui y va de son petit avis (au secours !). Pendant ce temps là, Bachar continue tranquillement sa boucherie, sa femme parade tout aussi sereinement dans les médias et son fils tweete avec la même spiritualité grotesque que son père. Magnifique époque…

J’ai décidé de faire du sport (oui tu as bien lu). Aussi, je suis allée à une séance d’essai et… je me suis trompée de jour. Magnifique acte manqué. J’y ai vu un signe que le sport n’est définitivement pas fait pour moi. Aussi, j’ai repris avec un peu plus d’assiduité ma méditation. Ce qui, s’y on y regarde de plus près, est aussi un sport.

Le Ministre du redressement productif avec ses supers projets de la mort, des impôts, des taxes ENCORE, jusqu’à l’étranglement. Face à ce gouvernement (pour lequel malheureusement j’ai voté), je ne ressens plus que de la rage et du dégoût.

J’ai décidé de faire du djembé… mais n’ai trouvé aucun cours proche de Maville : déception car je me sens prête.

La violence, à Marseille, en France de manière globale. Les médias appuient-ils sciemment pour faire mal ? Toutes ces infos sont anxiogènes et je me demande toujours comment et pourquoi on en est là aujourd’hui dans un pays comme le nôtre…

Une de mes fées me met sur la piste du gluten, lequel pourrait être la source de mes nombreux maux. Et lorsque je regarde de plus près (sur internet), je découvre que j’ai tous les symptômes de l’intolérance.

Une conversation avec Anouchka. Cette année aura été placée sous le signe des rencontres et échanges bloggesques. C’est pour moi la discrète, qui chéris tant son « anonymat », toujours impressionnant de se découvrir, de laisser tomber le masque. Découvrir l’autre par la voix, dans la rencontre, n’est jamais un moment anodin. Il génère à chaque fois chez moi du stress et de la crainte. Celle de ne pas être à la hauteur, de décevoir, d’être déçue aussi. Jusque là et à chaque fois ces rencontres ont toujours été belles.

Mon père qui tombe d’un arbre et se blesse. De gros bobos qui font mal, beaucoup de peurs, nous sommes passés près du grave accident. Comprendre avec cette épreuve, qu’ils deviennent tous deux fragiles, qu’ils vieillissent et qu’ils ont de plus en plus besoin de moi.

Retour au taf, sur les chapeaux de roue. Le plaisir de revoir mon voisin de bureau et apprécier l’accueil qu’il me réserve ;  une plante que l’on m’offre pour fêter un CDI , le petit message de jeune collègue de travail avant son départ en congé maternité laissé sur le bureau ; meilleure copine de travail enfin revenue de son congé formation.  Les nouvelles de rentrée ne sont pas folichonnes, il ne fait pas bon être demandeur d’emploi actuellement… Continuer à faire avec les moyens qui s’amenuisent et les exigences qui vont croissant.

♥ Lecture de septembre : La dernière conquête du Major Pettigrew d’Helen Simonson. Un roman délicieux, qui relate une histoire d’amour entre un gentleman, le Major Pettigrew et une épicière pakistanaise érudite, Mme Ali. Le tout ayant pour décor la campagne anglaise. Un roman de plus de 530 pages qui évoque avec délicatesse et humour la cohabitation entre anglais et pakistanais, les liens familiaux parfois difficiles, le poids des conventions et des préjugés (pour ne pas dire le racisme). Un roman qui prend son temps, qui explore jusqu’au bout les personnages principaux. Une belle écriture, fine et sensible, un auteur qui aime ses personnages jusque dans les recoins les plus sombres de leur âme. A lire absolument (en dégustant du thé chaud pour l’ambiance).