Démon

Je suis allée chez une rebouteuse. J’adore ce terme, qui confine au sorcier… Mon cou me faisait souffrir, m’empêchait de dormir.

Elle a massé mon corps, l’a écouté.

Et puis elle m’a dit, sous forme de question « Vous êtes en surpoids non ? », « Vous savez que le surpoids n’aide pas ».

« Vous faites quelque chose ? ». « Vous savez, avant, j’étais comme vous et puis j’ai décidé d’arrêter ».

Alors j’ai ri. Car sauf à être bigleux, tu ne peux pas ignorer que je suis en surpoids.

Et puis je me suis demandé ce que cela voulait dire « être comme moi ». Parce que être comme moi ce n’est pas une sinécure.

J’ai pensé aussi qu’il fallait avoir sacrément peu de psychologie pour aborder les gens de cette manière.

Oui je suis en surpoids Madame. Depuis que je suis entrée en maternelle. Je mange pour faire taire mes angoisses, mes douleurs, mes regrets, mes chagrins. Je suis addict à la bouffe et au sucre en particulier. Et je connais les pouvoirs du sucre sur le corps et l’esprit…

J’ai tout fait. Tous les régimes imaginables. j’ai vu tous les spécialistes, beaucoup de charlatans aussi. J’ai bu des litres de potions, des vitamines, des produits miracles. J’ai perdu une trentaine de kilos et en ai repris le double. J’ai dépensé des sommes de dingue, alors que je n’avais pas les moyens.

On s’est beaucoup moqué de moi, on m’a laissée de côté. J’ai pleuré, crié contre ce corps qui ne me ressemblait pas, qui m’empoisonnait la vie. J’ai voulu mourir. J’ai dévoré des ouvrages sur le sujet. Ai cru à tout, puis à plus rien. Les théories s’affrontent : la faute du père, de la mère, la faute à l’accouchement, au non désir d’enfant, la faute au rejet, aux moqueries familiales, la faute au viol.

J’ai échafaudé une multitude de scénario, suivi des pistes, me suis engouffrée dans des voies sans issue.

Oui mes parents m’ont laissée à la naissance pour me « reprendre » ensuite, oui j’ai le syndrome de l’enfant abandonnée, oui mes grands parents m’ont dénigrée, non je ne sais pas si j’ai été violentée. Oui mon corps est mon barrage, mon armure, ma défense.

Alors non, je ne pense pas que tu es comme moi…

Tous les jours je décide d’arrêter. Tous les jours je me dis que la limite est franchie, que plus j’avance plus je me mets en danger, plus je m’abîme.

Pourquoi ça m’a fait mal à ce point et pourquoi ça vient me heurter à ce point ?

Parce que chacun devrait rester à sa place peut être, parce que chercher les clés, inlassablement est épuisant…



Un dernier tour…et puis s’en va

WordPress a changé d’éditeur et je ne l’aime pas. Je ne peux pas insérer mes photos comme je le souhaite. Cela prend un temps important et le rendu des textes n’est pas satisfaisant.

Alors, je n’aime plus ce lieu. Cela ne fait plus plaisir d’écrire ici, d’y venir.

,Et puis, il n’est plus très fréquenté plus très lu. Alors certes, mon objectif premier n’était pas forcément celui ci mais quand même.J’y vois quelque chose de positif. Mes lignes bougent, mes besoins aussi. Je me recentre sur ce qui m’est essentiel. Et c’est bien.

Alors je vous laisse, je vous quitte, en sortant sur la pointe des pieds.

Je vous serre toutes très fort, certaines très très près de mon cœur, vous vous reconnaitrez, chères fidèles.

Très jolis chemins de vie à vous.


La semaine qui sourit

Je ne sais pas si c’est parce que je « travaille mes intentions » ou bien si c’est parce que j’ai décidé de regarder et de faire émerger les belles choses que cette semaine a été si douce.

Elle était dense, par certains aspects difficile mais il y a eu des lumières, des mots forts, des rencontres qui me font continuer à croire, profondément, en l’autre.

J’accompagne différemment, je suis moins complexée, je doute moins, mes outils sont plus ajustés, je suis plus alignée. C’est peut être à ce titre que je récolte plus de retours sur ma pratique. Cette semaine, plusieurs personnes se sont ouvertes à moi sur la manière dont elles se sentent avec moi.

J’ai accueilli… et cela m’a bouleversée car pour la première fois depuis très longtemps j’ai le sentiment de renouer avec le plus fort et le plus beau de mon métier. Cet espace ténu où la relation se noue, où l’on peut échanger en vérité et se mettre (un peu) à nu pour avancer. Avec certaines, des femmes pour la plupart, j’en suis là, sur ce chemin de confiance.

Et puis, je cultive ces petites choses. Si simples au fond mais si apaisantes. Les balades matutinales, les goûters avec les copines.

La vie…




Oh grisaille !

Non sans bonheur, j’ai retrouvé le froid, la pluie, la grisaille. Enfin l’automne ressemble à l’automne ! Je ne le répèterai jamais assez je suis une fille d’automne. J’ai ressorti avec bonheur mes chaussures montantes, mes écharpes, mes fines mitaines et les chapeaux. Et puis certains rituels se sont recalés naturellement : la tisane que je bois en quantité assez astronomique, mon rituel d’écriture éclairé à la petite lampe de mon bureau, les 15 minutes quotidiennes de vélo d’appartement, la lecture au fond du lit. Certains rituels me posent, me calment et me permettent de prendre le recul nécessaire pour affronter les journées sans fin qui sont les miennes actuellement. J’aime ! J’ai lu, je ne sais plus très bien où,  que certaines années sont moins riches que d’autres et servent de tremplin à celles qui suivent. C’est le constat que je fais pour cette année. Assez terne, sans réelles vacances, sans projet défini, sans moteur personnel et professionnel. Pas à pas, je construis 2019 (j’aime aussi les années impaires). Nous refaisons notre salle de bains dans des tons plus chauds. Et quel chantier en perspective ! Nous construisons notre prochain projet de vacances, probablement en Écosse, je le souhaite de tout cœur en tout cas. Je souhaite que professionnellement, je vais pouvoir suivre les formations repérées il y a un certain temps déjà notamment sur les pratiques narratives (depuis le temps que je souhaite suivre cette formation !). Enfin et pour finir, je souhaite me poser personnellement, faire le point, me remettre au centre, me guérir de ce qui me pèse depuis tant et tant d’année. Dépoussière mon arbre en quelque sorte. Ce sont les intentions que je pose d’ores et déjà pour l’année qui se profile. J’ai envie de leur donner ici une forme de réalité.

Puissance & Magie

C’est si fort quand la Personne Accompagnée, après qu’elle a pu déposer auprès de nous (les accompagnants), ses mots, ses maux, ses pleurs, ses craintes, ses colères, change. Quand petit à petit les mots évoluent et deviennent plus sûrs, plus positifs pour parler de soi, pour évoquer la compétence. Quand le regard s’éclaire, quand le sourire se dessine plus souvent. Quand le projet prend forme et redonne confiance, redonne envie. J’aime mesurer les évolutions, lorsque de part et d’autre nous convenons que nous avons franchi toutes les étapes, atteint tous les objectifs. J’aime constater les progrès, pouvoir les renvoyer à l’Autre. Cette semaine, dans un collectif que j’anime, une jeune femme est intervenue. Sa reprise d’activité, après une pause parentale a été très difficile. Nos premiers RDV étaient ponctués de pleurs, de termes forts et négatifs pour décrire la professionnelle et en filigrane la maman. Il nous en fallut du temps pour recomposer le puzzle : poser l’identité professionnelle, rassurée la mère, identifier et objectiver les compétences, mettre en œuvre un plan d’action. Elle nous a informé qu’elle est recrutée dans une autre institution et qu’elle partira en janvier. Et puis (c’est là que mon cœur s’est serré), elle a montré au groupe comment chaque petits pas pour elle, construit au fil des RDV lui a permis de retrouver de l’énergie et de la confiance. Dans les toutes petites choses : chaque jour faire une chose pour soi ; relire sa journée et trouver 3 belles ou bonnes choses qui se sont produites pour soi ; aller regarder ce que j’aime, ce que je sais faire, ce qui m’inspire. Je crois profondément que la confiance, le regard bienveillant, les encouragements nourrissent, font grandir, renforcent et permettent de construire du positif pour soi et donc de réaliser ses projets et potentiellement ses rêves. Elle m’a bouleversée dans ses mots, dans cette nouvelle assurance, toute neuve, presque surprenante pour elle-même. J’ai aimé sa manière d’encourager les autres à prendre le temps de se découvrir, de mieux se connaitre et au fond, de s’aimer.  
 

Temps donné

Je cherche les secondes, celles qui me sont offertes pour me reconnecter à moi, pour me poser, me reposer. Elles sont rares, elles se cachent dans les interstices…

J’aime tant le silence de la campagne le dimanche matin, avoir ce sentiment qu’elle n’appartient qu’à moi, que nous faisons corps. Tout est cadeau. Les couleurs chatoyantes, les envols d’étourneaux, le ciel qui laisse passer de furtifs rayons de soleil. La vie est là, dans cet instant, parfait.

J’aime ces instants où tout s’efface. La perspective de la semaine à venir, chargée, compliquée sur certains sujets, les visites dans cet innommable CHU, le stress associé.

Le dimanche plus rien n’existe. Pas de mots prononcés, peu de bruits. Juste le temps qui s’égraine et me qui me laisse le loisir de me reconnecter aux petites choses. Infimes et belles.

Syndrome de glissement

Définition 

Le syndrome de glissement (en anglais sliding syndrome) est une décompensation rapide de l’état général, faisant suite à une affection aiguë qui est en voie de guérison et qui parait guérir. La personne semble refuser inconsciemment de vivre.

Nous en sommes là. Dans cet entre deux, sur la ligne ténue qui marque la séparation entre le vie et la mort. C’est un temps suspendu où chaque jour est une lutte contre la montre. Nous scrutons chaque verre d’eau bu, chaque cuillère à soupe avalée, chaque taux (et ils sont nombreux). Nous emmagasinons les moments, les secondes, les paroles prononcées, les sourires, les gestes.

Le médecin nous a dit, très pudiquement de « nous préparer ». Je ne le suis pas, je ne le serai sans doute jamais. Chaque jour est un jour gagné même si j’ai conscience qu’elle ne le souhaite pas. Continuer à vivre, comme ça, dans son lit, sans voir le soleil qui se lève, sans voir les arbres de son jardin, avec des jeunes femmes, plus jeunes qui moi qui l’aident pour tout. Se lever, s’habiller, se laver, aller au toilettes.

Je pense sans cesse à ce temps avec elle et à ce que sera notre vie, ma vie, sans elle. Cet après. Elle ne cesse de me dire qu’il faut que je profite. Mange (notre grand sujet commun) ! Sors ! Voyage ! Elle me rappelle chaque jour, de vivre, intensément.

Ce que ni elle ni moi n’avons fait jusque là…

Pourquoi je me lève

Pour  aller bosser. Retrouver mes collègues, accompagner, avancer sur des projets, faire des bilans d’accompagnement, essayer de me faire entendre, aller me confronter, apprendre, me dépasser parfois.

En ce moment, je suis réveillée entre 4 h 43 pour être précise et 5 h 15. Invariablement, à quelques minutes près. J’ai des valoches sous les yeux, une tête de déterrée. L’insomnie devient année après année une vieille compagne.

Je me lève pour contribuer mais parfois je ne sais plus, parfois je ne comprends plus et je désespère.

Écrire

« Je pense que l’acte d’écrire trahit quelque chose qui suinte, un grain de sable dans l’engrenage, quelque chose qui vous tracasse, vous fait gamberger. Si on avait des vies parfaitement lisses, on n’écrirait pas ». Tatiana De Rosnay  

Ma vie est lisse, sans aucun doute pourtant l’acte d’écrire m’est indispensable. Car à n’en pas douter, cela suinte et je gamberge tout le temps.

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, depuis que je sais écrire, j’écris.

J’écris pour aplanir les lignes, pour prendre de la hauteur, pour atténuer les maux.

J’écris car cela m’apporte une certaine légèreté, une forme de bonheur, un plaisir réel. J’aime voir mon texte prendre forme, j’aime me sentir, une fois l’idée, le propos posés, alignée. Écrire est pour moi physique.

J’écris ici, sur plusieurs blogs depuis plus de 12 ans, dans des carnets, dans des cahiers. Un pour , chacun avec sa couleur, son format. J’écris le soir, la plupart du temps et depuis peu, je me suis mis aux morning pages, insomnie oblige.

J’écris sur moi, sur mon quotidien. Je ne suis pas certaine de pouvoir écrire sur autre chose. Je m’y suis essayée une fois, dans un atelier d’écriture. Le thème imposé était tellement remuant que j’en ai pleuré, incapable d’explorer le propos tel que je l’aurais souhaité, je suis partie.

J’écris en ritualisant. Sans cela, le plaisir ne serait pas le même, je ne pourrais pas m’installer aisément dans l’instant.

Longtemps, j’ai tout gardé. Les journaux intimes sont rangés précieusement. Mon 1er blog est toujours en ligne. J’ai imprimé chaque texte du second. Quant à celui ci, je le laisse vivre…

Violences

Matin

Il est 7 H 45, je patiente à un feu.

Traverse un homme avec une laisse autour du cou, une cannette de bière à la main, dégingandé, suivi par un chien qui avance la queue entre les jambes.

Comme le font tous les êtres qui sont humiliés, voire violentés.

Un court instant, mon regard décroche et lorsque je le regarde à nouveau alors qu’il a traversé, je le vois hurler sur son chien, brandissant la laisse, prêt à lui taper dessus, le chien à terre, regard baissé. Résigné.

Mes tripes se tordent mais je n’ai pas le temps de klaxonner, de baisser la vitre, il faut avancer déjà.

Lâche violence, contre un animal. Violence crasse, à l’image du personnage.

Après-midi

Sous les fenêtres de mon bureau, au travail, avec ma collègue nous entendons des crissements de pneus, un bruit violent. Nous nous mettons à la fenêtre : une voiture percute un motard sur l’avenue. Un policier pour être précise. Nous ne voyons pas le reste de la scène. En une poignée de seconde surgissent des habitants du quartier, des enfants et évidemment, une armada de policiers. Plus tard, nous voyons l’homme encadré par des policiers, plus tard encore les habitants caillasseront quelques voitures. Le journal nous a appris ce matin que cet homme était armé…

Matin

Informations matinales à la radio. Une jeune femme, sortant d’uns discothèque toulousaine se fait violer par 5 ou 6 individus (!!!). La scène est filmée, diffusée sur les réseaux. A cause (grâce ?) à cette diffusion la victime est identifiée mais pas ses violeurs.

J’ai la nausée, à regarder, entendre, écouter. Je vomis cette société qui partout crée de la violence. Elle est inhérente à l’humanité. Je le sais, je l’ai intégré. Je n’en demeure pas moins atterrée, si je considère les habitants de mon pays comme « éduqués ».

Vaste débat…