Prendre l’air

Quand le tourbillon a-t-il commencé ?

En septembre. Au même moment où j’ai cru la perdre.

A la suite de cela, j’ai perdu mes cils et quelques illusions.

Avant cela, avant l’essentiel, mon univers tournait autour du travail.

Le travail, ses codes, ses tromperies, ses mensonges, les moules qu’il crée et dans lesquels il faut entrer.

Aujourd’hui, je ne sais plus ce qui est essentiel.

Les formations après lesquelles je cours pour toujours « progresser », le sens que je cherche désespérément dans le quotidien (de travail) pour m’extraire de ses douces violences.

Je cherche à évacuer le poing lourd qui s’est installé dans ma poitrine et qui pèse. Je m’échappe en montagne, où le silence m’apaise tandis que tout autour est bruit, vacarme, hurlement, tapage.

 

 

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8 semaines

Qu’elle est posée sur ce lit, sans pouvoir bouger, se lever

Sans pouvoir rentrer

Le temps est long, affreusement, douloureusement.

Pour elle, infiniment, pour nous continuellement.

Nous faisons les voyages, nous arpentons les couloirs, nous attendons des réponses qui ne viennent pas nous attendons une place, ailleurs, qui ne se libère pas.

« Est ce que je serai rentrée à Noël ? Non Mamina, je ne crois pas… »

Elle ne comprend pas tout et nous ne pouvons pas tout dire. Hyperthyroïdie, transfusions, altération irrémédiable des tissus, Horton qui prend toute la place. Son moral de plus en plus bas.

Putain de Horton…

En 8 semaines, une puis deux, trois, six voisines de chambres se sont succédées et elle est toujours là.

Depuis tout ce temps, elle a tout enduré. Un infirmer en service d’urgence crasseux, qui tandis qu’elle avait soif, après plusieurs heures d’attente dans un couloir surchauffé, lui a demandé de se taire d’abord, si elle voulait boire. Il a eu cette aide soignante qui lui a assené que la nuit, il ne fallait pas sonner : « Les couches c’est fait pour ça ».

Bien sur, l’interne est adorable (mais dépassé), nous avons des infirmières « préférées », attentives, douces, à l’écoute… Comme elle.

Mais quoi ? Jusqu’à quand ? Quelle est cette vie qu’elle endure, cette perte d’autonomie sans penser à la dignité.

La dignité !!!! Cet essentiel lorsque l’on est dans son état. Dans n’importe quel état d’ailleurs…

Noël ?

Si près et tellement loin.

 

Le post où il est interdit de se moquer

Je n’ai jamais voyagé seule.

Je m’explique.

Je suis toujours partie avec quelqu’un-e  ou bien, j’ai toujours rejoint quelqu’un-e. Mais seule, du départ jusqu’à l’arrivée, jamais.

Il se trouve (c’est là que ça devient drôle et que je t’INTERDIS de rire) que la dyscalculique que je suis (oui, je me cherche des excuses) ne sait pas non plus s’orienter dans l’espace. Il me faut pas moins de 2 GPS pour parvenir à peu près, et en m’y prenant plusieurs heures à l’avance, à bon port.

Pour couronner le tout, j’ai une peur panique des transports en commun (en dehors du train), que je ne prends pas ou peu seule.

La mobilité, globalement, me fait sortir violemment de ma zone de confort et provoque chez moi des réactions diverses et variées…

Cette année donc, et pour la première fois en 42 ans, je pars, à trois heures de chez moi, pour suivre une formation, et ce pendant trois jours. SEULE. Autant dire : une épreuve qui va me demander une énergie de dingue et qui me demande, un mois à l’avance, une vraie préparation psychologique.

Avec comme coach, mon Népou.

Clairement et sans vouloir critiquer ses nombreuses compétences, le Charmant où qu’il aille sait se repérer en deux temps trois mouvements : rues, ruelles, autoroutes… Il n’a peur de rien, il possède un GPS interne, qui me rend envieuse, voire très jalouse. Bref, il m’énerve.

Je l’avoue, je me repose entièrement sur lui et me laisse guider. GRAVE erreur, car depuis que nous cheminons ensemble, je n’ai jamais fait le moindre effort pour construire des parcours, dans nos déplacements et voyages. En même temps, ça l’arrange, car je l’énerve à lire des cartes (à l’envers), à mettre mon doigt en l’air pour connaitre le sens du vent, à tergiverser lorsqu’il faut prendre telle ou telle rue. Le pire pour lui, je crois, c’est mon incapacité (même avec une carte) à poser les points cardinaux. Une hérésie !

En clair, j’ai zéro autonomie.

Jusque là je n’en n’éprouvais aucune gêne, ni honte (enfin presque aucune).

Avec cet épisode qui s’impose à moi, c’est un peu différent, cela d’autant plus que je voyage pour des raisons professionnelles.

Me reste à lire dans la carte du ciel 😉

 

Octobre

Ce repas entre amis, troublé par les turbulences (énervantes) des enfants // T’aimer si fort et ne pas comprendre que nous en soyons encore là // Vivre au pas lent de sa rémission et de ses rechutes // Le travail, si rugueux, si difficile, si éreintant… et pourtant, la force des liens qui fait tenir // Chercher une destination de vacances pour janvier // Chercher où passer notre 31 // Ne plus supporter cette coupe de cheveux // Aimer Louise, ma coiffeuse, pour me faire croire avec autant de conviction, que je suis belle avec ma nouvelle coupe courte // Me sentir lessivée // La laisser sortir de ma vie, comme elle est entrée et accepter qu’elle m’a apporté tout ce qu’elle avait à m’apporter // Le mec est retraité, vit dans une résidence protégée avec personnes de son rang (soit des millionnaires), avec une compagne, une famille unie. Ce que l’on qualifierait de belle vie. Mais le pauvre type, pour des raisons obscures et funestes, décide de dégommer des innocents en plein concert. Horreur absolue. Encore et encore // La droite extrême, qui revient en force en Allemagne et qui inquiète //Pathétique, affligeant, outrageant Trumpy qui lance à des sinistrés du papier essuie tout. Troublant ce peuple qui soutient ce qui semble le meilleur puis le pire // Manu, c’est moi ou bien tu méprises un peu le peuple qui t’a élu ? // Aimer follement l’automne // L’Espagne, la Catalogne : quelle inextricable situation // Les polémiques stériles autour de Christine Angot // Chercher de l’espace disponible dans mon cerveau // Pleurer à l’annonce de la mort de Jean Rochefort. Le dandy, le gentleman, le sublime. Comme s’il faisait parti de ma famille // Dans le scandale Weinstein, entendre que les femmes qui ont dénoncé les faits, sont des actrices en bout de course. Un propos de gros connard sexiste (!) // Ma collègue qui n’arrive pas à « entrer en relation » avec moi. En rire ou se désespérer ? // Trouver où passer notre 31 (hiha !!!) // La chaleur, encore et toujours // Faire une allergie à un rouge à lèvres. Moi !!!!! Non mais allo !!! //  #balancetonporc. OK. Une fois qu’on aura toutes balancé notre ou nos porcs, il se passera quoi ??? // Boutin arrête la politique : alléluia (telle que tu ne me vois pas, je danse la gigue dans mon salon) // Avancer dans l’achat d’une nouvelle douche (diantre que c’est couteux) // Mon corps qui s’essouffle // Opérer un retour professionnel vers le futur // J’ai regardé Wonder Woman (ça arrive aux meilleures…) // La pluie est enfin tombée (alléluia puissance 10) // Le scandale du glyphosate = le summum de l’hypocrisie // Renoncer à l’achat d’une douche et lui préférer des vacances (moins couteuses) // Pleurer devant Taratata (…)

Retour vers le futur

Je ne te l’ai pas dit mais à partir du mois prochain, je retourne à mon ancien métier.

Par une drôle d’opération difficile à expliquer ici. Il n’empêche, je retourne au front, celui qui consiste à accompagner, écouter, conseiller, (s’effacer).

Je renoue avec ce que j’avais quitté non sans soulagement, à une autre époque, dans un autre contexte.

C’est un vrai choix, raisonné, mûrement réfléchi.

Comme ailleurs, c’est à dire comme dans toute entreprise, le travail évolue sans cesse dans la fonction publique et nécessite de s’adapter en permanence à de nouvelles organisations. On le sait, le temps de l’entreprise, de l’institution est rarement celui de l’employé. Lequel doit assimiler, exécuter plus vite, prouver sans cesse son « employabilité » sur un marché de l’emploi contraint, précaire.

Et les fonctionnaires, comme les autres salariés, sont mis à mal. Agents en fin de carrière fatigués, agents usés qui ont encore de nombreuses années à travailler, collectifs de travail exsangues.

Alors, sans bureau attitré, encore à moitié sur un autre poste, je replonge donc dans ce qui a été un long chapitre de mon parcours professionnel : l’accompagnement.

Avec excitation, avec craintes, avec incertitude.

L’excitation de retourner vers ce métier que j’ai aimé follement, j’ose l’écrire. Car il permet la rencontre, il permet d’être en contact avec des professionnels le plus souvent dévoués à leur métier, il m’a toujours fait me sentir dans la vie, il a toujours fait sens pour moi. Aider l’autre, le valoriser, lui donner les outils pour avancer, pour lui.

Les craintes sont liées au fait que cette mission est éreintante, énergivore. Il y a des rencontres passionnantes et puis d’autres qui griffent un peu, ne laissent pas tout à fait indemnes.

Je repars, avec une énergie certaine, à moins que ce soit avec une certaine énergie car au fond, pour moi, c’est là que je me sens la plus utile.

J’attends la pluie

Je suis très sensible aux saisons et suis très attachée au printemps et à l’automne.

Les saisons ont un retentissement physique et émotionnel sur moi (aujourd’hui, toi et moi savons pourquoi). Ainsi, et c’est sans doute un cliché, mais je ressens très clairement la sève du printemps, comme je sens à l’automne que mon corps se prépare tranquillement à l’hibernation tant aimée. Je me sens, très fortement connectée à la terre, aux éléments. Au printemps, je perçois une forme de « ressourcement » intérieur. Le paysage qui s’offre à moi, permet cette connexion : en ouvrant mes fenêtres, je suis entourée de montagnes, qui se teintent , qui attrapent les nuages, captent les rayons du soleil.

C’est une chance et j’en mesure chaque jour l’importance.

Je l’ai répété maintes fois ici, cette année a été particulièrement difficile pour moi. Trop de soleil, trop de chaleur, mon corps a souffert. A la maison, j’ai traversé l’été dans la pénombre. Impossible pour moi avant 22 ou 23 heures d’ouvrir fenêtres et volets tant la chaleur était accablante, le matin, à parti de 7 H 30, la maison était bouclée. Un enfermement très insupportable pour moi qui avait l’impression d’être oppressée dedans comme dehors. Impossible de se promener en fin de journée et cela jusqu’à très récemment et donc de respirer à plein poumon tel que je le pratique quotidiennement.

Désormais, j’attends la pluie.

Savez vous que l’odeur qui se dégage de la terre lorsque la pluie tombe a un nom, certes peu poétique mais quand même : le pétrichor. J’aime cette idée que je trouve follement romantique…

J’attends la pluie, le frais qui se dégage une fois qu’elle est tombée. J’attends les odeurs de terre et d’asphalte, j’attends que mettre de petits pulls, de commencer à penser aux soupes que je vais préparer le soir et aux thés dont je vais pouvoir me délecter sous une couverture sur mon divan bien aimé. J’attends de pouvoir ouvrir grands les fenêtres et l’écouter tomber, secouer les feuilles des arbres en face de chez moi.

J’attends les odeurs de pierre et du sang des dieux…

 

Trop

De matins passés dans les pots d’échappement, les phares et la pollution ;

De nourriture avalée pour oublier ;

De séries TV (bidons) pour se vider la tête ;

De réunions in-intéressantes et non constructives ;

De couloirs d’hôpitaux, arpentés anxieusement ;

De paroles prononcées, pour ne rien dire ;

De silences dans la maison, de bruits intérieurs ;

De nuits écourtées ;

D’heures passées à réfléchir à aujourd’hui et surtout à demain ;

De soirées sans lui, de journées sans lui ;

Trop de questions sans réponses.