La part de lui

J’ai hésité longtemps, mis un temps fou (3 ans) à quitter mon travail.

Je ne supportais plus le poids de l’administratif dans mon quotidien, le regard inquisiteur de l’institution, le cadre étrangleur, les politiques iniques en matière d’emploi et certains de mes collègues aussi.

Je suis une personne d’habitudes. J’aime le ronron. Les mêmes horaires, les mêmes procédures, les mêmes repères. L’enfant en moi a besoin de cette musique rassurante.

J’ai fait le saut (que dis-je un pas dans le vide) pour casser ce qui devenait pesant, presque aliénant.

Et voilà que je regrette. Pas tout non, mais ce qui faisait que j’aimais envers et contre tout mon métier, l’image qu’il me renvoyait de moi. La maîtrise des process, une forme d’expertise.

Aujourd’hui, revenir au statut de débutante me fait trébucher. J’ai mis tant de temps à trouver ma place, j’ai travaillé dur pour l’obtenir et j’y ai laissé beaucoup de moi… Faire des erreurs, douter, ne pas savoir me renvoie au pied des marches. Un sentiment douloureux et déstabilisant.

Je ne m’attendais pas à cela.

C’est comme un retour en arrière. L’inconfiance qui vient me brûler de l’intérieur.

En cela, je reconnais mon père… Cette part de lui me gêne, tout autant que la situation je crois…

Je ne m’aime pas dans ce nouveau travail. Je n’aime pas le service que je rends, la place que j’occupe et la manière dont je le fais. Ce n’est pas moi, ce n’est pas non plus ce que je souhaitais faire.

Je ne recrute pas, je ne réfléchis pas à la compétence, je ne professionnalise pas dans les services, « j’administrative ».

Continuer, c’est renoncer. Continuer, c’est sécuriser…

 

Vivante

Je me sens vivante lorsque mon mari est près de moi. Lorsque nous partageons les mêmes activités, les mêmes envies, les mêmes projets.

Je me sens vivante lorsque je suis dehors. Tout autour de moi les montagnes, la forêt qui se teinte doucement et le chant des oiseaux comme une douce mélodie.

Je me sens vivante lorsque je suis dans le jardin, lorsque je gratte la terre, la prépare et me projette déjà dans le « ce que ça donnera ». Ici des fleurs, là des plantes aromatiques…

Je suis vivante lorsque nous allons ensemble repérer la chouette effraie, un animal que j’affectionne. Que nous restons plantés là, pauvres humains, à la regarder tourner la tête, encore et encore, rentrer dans son nichoir et que nous scrutons sa sortie. Suspendus à ce moment.

Je suis vivante lorsque je vais à un spectacle et qu’unanimement nous rions. Dans une communion que je n’avais pas connu depuis longtemps, rempart contre cet extérieur si triste.

Je suis vivante dans ma maison, mon cocon, que par touches nous rénovons et faisons évoluer avec qui nous sommes aujourd’hui.

Je suis vivante dans cet instant, lorsque j’aligne les mots ici. Des mots pour me mettre en connexion avec moi, des mots pour m’aligner, des mots pour m’aimer.

Parolé, parolé, parolé…

Il y a quelque chose de curieux à venir ici.

Poser les mots (maux pour ce qui me concerne en ce moment). A s’exposer aux regards et aux critiques ou appréciations de personnes que l’on ne connait pas.

J’ai renoué avec le blog, tandis que mon aventure FB m’apportait questionnements et insatisfactions.

Je renoue avec l’habitude des mots du soir sur ce blog. Mais plus encore qu’avant, je guette les messages, les passages et les statistiques…. Parce que je me sens fragile peut être, parce que j’aime ce fil ténu qui me relie à d’autres que moi, à ma communauté d’âmes qui m’a souvent apporté plus que mes proches dans la « vraie vie ». Qu’adviendrait-il si nous nous rencontrions, serions nous ami-es, aurions nous les uns envers les autres la même attention….?

Ce sont des questions que me taraudent tant toutes mes relations amicales ont fini dans le mur. Il n’y a guère que dans le champ professionnel que j’ai tissé des liens solides mais qui ne se sont jamais transformés.

L’amitié est une géométrie variable.

Que peut il y avoir chez moi ? Est ce moi d’ailleurs ou bien les relations aujourd’hui qui s’effilochent à mesure que passe le temps. On zappe les personnes, comme on zappe à la TV, comme on clique à toute vitesse sur internet ?

Une profonde griffure.

Putain Putain

Mortifiée encore une fois par ce qui se passe. Là tout près.

Mes pensées vont aux Belges…

Et je remercie le ciel que mon mari ne soit pas aller travailler à Bruxelles aujourd’hui.

 

Bain de famille

Mars « chez nous » est une succession d’anniversaires. Mars le mois du printemps, mon mois bien aimé.

Ce week-end, nous fêtions ses 80 ans à lui, ses 60 ans à elle, mes 26 ans à moi (oui bon…).

Je garde précieusement les photos d’il y a 20 ans en arrière. Déjà c’était une grande fête. Ce week end, il nous manquait du monde autour de la table mais nous n’avons cessé de les évoquer pour nous réchauffer le cœur de leur absence.

« Chez nous », la vraie fête c’est un bon gueuleton, avec du rire et des souvenirs autour. On  trinque, on partage, nos yeux disent qu’on s’aime.

Les centres de table sont faits maison, les fleurs sont partout, chacun repart avec son petit cadeau.

Tableau idyllique d’une famille qui n’est pas la mienne.

Il est si déroutant de se sentir aimée inconditionnellement dans une famille qui n’est pas la sienne.

J’aime une partie de ma famille brinquebalante mais elle m’insupporte par son manque d’écoute, son égoïsme, sa suffisance. Je suis tellement touchée d’être considérée « ailleurs », telle que je suis, d’être prise dans mon unicité et avec bienveillance. Je suis blessée que nous n’ayons pas de tels liens « chez moi ».

La famille un puits sans fond de réflexions, remords, blessures…

Nue

Un mois déjà que je baigne dans une culture professionnelle qui n’est pas la mienne.

Je me sens dans la peau de l’enfant qui fait ses premiers pas debout. C’est nouveau, pas toujours agréable, chancelant, parfois ça laisse des bleus parce qu’on se cogne.

C’est à cela, à peu près, que ressemble mon quotidien depuis deux semaines.

Je dois désapprendre quelque chose pour apprendre quelque chose d’autre. Une nouvelle langue, de nouveaux codes, de nouvelles règles et références.

Et je ne m’y fais pas. C’est un peu douloureux et j’en sors avec des bleus. Car mes tâtonnements, mes tentatives m’ont fait trébucher.

Tomber lorsqu’on a 12 ou 16 mois, c’est une chose. A 41 c’en est une autre…

J’ai quitté un endroit, Maison Compagnie, parce qu’un ensemble de choses (dont le cadre) me tapaient franchement sur le système. J’étouffais. Je n’avais plus l’énergie suffisante, par ailleurs, pour accompagner des candidats plus en recherche de solutions sociales qu’en recherche d’emploi (pour faire très court).

Aujourd’hui, je travaille dans une machine sans cadre, où l’humain (avec un grand H) me manque.

Pourtant, c’est bien dans un service ressources humaines que je travaille.

Ne plus savoir, devoir demander, avoir besoin de validation, perdre du temps, oublier les règles, me tromper comme une débutante  me met en position de faiblesse.

Il en va ainsi je crois pour les personnes qui n’ont pas confiance en elles.

J’ai mis plus de trois ans à faire le grand saut. Je n’aurais pas pu tenir plus longtemps. Et voilà que ce poste tant espéré me met dans un état de souffrance proche de celui que j’ai connu jusque là.

Mon meilleur collègue a toujours dit de moi que je ne suis pas la meilleure techniquement (en gros les cadres légaux, les statistiques et les bilans chiffrés ne sont pas ma came) mais que je suis une vraie chefe scout. Mais à quoi peut bien servir une chefe scout entourée de jeannettes hyper qualifiées.

Mon chemin professionnel a été ponctué de longues périodes de souffrances. Je pensais en avoir définitivement terminé avec ça. Mais il n’en est rien. Et encore une fois je me demande pourquoi la vie a décidé de me mettre dans cette situation. Celle où je me sens petite, un peu minable, très en dessous, au point encore de ne plus dormir, trop manger et m’autoflageller.

La confiance disais-je….

 

 

Pleine

Des émotions qui débordent chaque jour.

De nourriture, de tocs alimentaires, d’hyperphagie synonyme de kilos émotionnels qui remplissent mes jours et mes nuits.

Des déceptions qui jalonnent mon parcours. Familiales, amicales, professionnelles.

De vide. Le vide affectif, que l’on ne remplit jamais malgré les thérapies, malgré les prises de conscience , malgré l’expérience…

Je ne sais pas si le déterminisme est à ce point chien que je doive revivre la vie de mes parents comme un cercle vicieux.

Je me demande s’il faut se contenter de ce que l’on a. Parce que la vie, parce que la société, parce que les temps sont durs….

Je suis une perpétuelle insatisfaite, j’ai besoin de me lever le matin avec la rage. Celle d’avancer, apporter, partager, faire mieux.

Actuellement ce n’est pas le cas. J’assure le quotidien et c’est tout.

Et ça me crève de l’écrire.

 

Un mois déjà

Un mois d’une nouvelle vie, un mois de changements, d’étonnements, de tempêtes intérieures.

Un mois où il m’était impossible de venir ici, écrire, poser des mots, prendre du recul.

Je suis la spécialiste de la tête dans le guidon. Et quand je relève la tête j’ai un mois dans la vue.

En mars donc,

J’ai eu 41 ans. Un anniversaire fêté en trois fois, comme pour rattraper les  40 oubliés pour cause de mariage.

J’ai hésité. Est-ce que je reprends le blog, j’ai envie / pas envie, est ce que je quitte FB, j’ai envie, pas envie ? Finalement, je suis de retour ici et j’ai quitté FB.

Je n’ai cessé de relancer. D’anciennes amies, de vieilles connaissances pour reprendre un semblant de vie sociale. Mais je ne dois pas être douée, car personne n’a donné suite. Marri, j’ai nourri colère et rancœur…

J’ai oublié mon ancien travail (et mes anciens collègues) avec une facilité déconcertante mais ils se sont rappelés à mon bon souvenir. Comme si ça ne voulait pas. Comme s’il était impossible de couper ce lien. Un lien trop tout : trop serré, trop lourd, trop étouffant. Et c’est à propos de moi, une fois encore que les choses sont parties. Étonnamment.

J’ai calé mes prochaines vacances. En Islande. Je vais faire du mauvais esprit en écrivant qu’il y a peu de chances (peut être) qu’un avion saute, une salle de spectacle, des trains… Il y fait trop froid pour Daesh … Décidément, c’est vraiment du très mauvais esprit.

J’ai pris des décisions : parrainer une vache, me remettre à écrire, respirer par le ventre, vivre pour moi. Dans un mois j’aurais sans doute changé d’avis…

J’ai mangé. Beaucoup. Grossi. Beaucoup. As usual. Quand la peur, le stress et la colère prennent le dessus, c’est la bouffe qui gagne. Malgré la douleur, j’ai décidé (encore !) de faire dans la méthode Coué : assurer à mon corps que je l’aime de manière inconditionnelle.

J’ai renoué avec la culture que j’avais laissé de côté depuis un certain temps. Cinéma, concert, spectacle, achats de livres (trooooop)…

Il y a un fil conducteur à tout cela. Comme toujours. L’accompagnement. Ce besoin professionnel de créer du lien, d’apporter, transmettre à l’autre. C’est là, que je me sens utile. Et puis, dans ma vie personnelle, il y a cette persistante solitude. Elle signifie sans doute quelque chose mais je ne sais pas la lire, je ne sais pas transformer ce manque, cruel, en une force.

Un mois déjà… Et c’est comme si j’étais entrée dans une autre dimension, une autre vie.