Un air d’Anny Duperey

La première fois que nous nous sommes vus, il m’a dit j’avais un petit air d’Anny Duperey. Il m’a demandé si je connaissais. Oui, « Un éléphant ça trompe énormément ». Il a eu l’air rassuré. Il était passionné de cinéma, passionné aussi par les actrices. « Les grândes actrices ».

A l’issue de cette première rencontre, il a décrété que j’étais une fille bien. Une fille sérieuse et solide (rapport à mon poids sans doute…). Plus tard, dans une tirade émouvante et amusante, il m’a assurée que je pourrais toujours compter sur lui, quoi qu’il se passe avec son fils.

Au bout de quelques années, lorsqu’il serait suffisamment en confiance, il balancerait sur sa belle-fille, mère de ses deux seuls et uniques petits enfants. Un peu plus tard encore, il irait raconter à la famille que je suis stérile (mais pas son fils). Il m’engueulerait au téléphone « tu n’appelles pas assez ! » . Il viendrait nous rendre visite pour un petit séjour, nous trouvant « vraiment fatigants ». Le jour de notre mariage, il nous ferait cadeau d’un petit quart d’heure de honte, lorsqu’il balancerait en plein repas, devant mes parents consternés et nos témoins médusés, que le mariage est inutile, couteux, hypocrite.

Un personnage mon beau-père. Colérique, théâtral, soupe au lait, tendre.

Il est décédé l’année de notre mariage et contrairement à ses habitudes, il est parti sur la pointe des pieds. Nous réunissant autour de lui, pour l’accompagner.

Curieusement, je pense souvent à lui.

J’honore son anniversaire en allumant une bougie et aussi à d’autres moments, lorsque j’ai besoin de me reconnecter. J’ai le sentiment, indicible, qu’il veille sur moi, qu’il n’est pas très loin.

Souvent, je me demande ce qu’il dirait, ce qu’il penserait de la situation. Ses fils qui n’ont quasiment plus de liens, sa belle-fille qui a coupé tout contact avec nous, les petits grandissants loin de nous, son fils, incapable de prendre des décisions.

Je crois que je sais. Il râlerait, il pesterait, il serait profondément désolé.

Je le sais parce que les étoiles me l’ont chuchoté…

 

 

 

Publicités

Poussière

Des sanglots, entendus, étouffés dans le couloir.

Puis à 10 h l’annonce. Le crabe l’a emportée, en 3 mois.

Je connaissais peu cette collègue. Nous nous croisions au moment du déjeuner et parfois dans les couloirs. Un sourire, un bonjour et c’était tout.

Et pourtant, cette annonce m’a pétrifiée.

Tu travailles toute ta vie, dans des conditions parfois difficiles et à quelques années de la retraite, la grande fourche vient faire son sale boulot.

Est ce que cela m’empêchera de retomber dès lundi dans le tourbillon professionnel qui est le mien, à laisser trainer une situation personnelle pesante, à ne pas râler pour un oui ou pour un non, à prendre du champ comme j’aime à le dire ? Je ne sais pas. Sans doute pas. Mais merde, il faut profiter !

Week end

Redonner à la maison un semblant de visage « humain »

Ranger ce qui trainait depuis des semaines

Remettre de l’ordre dans l’administratif

Jeter aussi

Faire des cartes de voeux, courtes cette année, le coeur n’y est pas

Faire le point sur les cadeaux de Noël, les derniers. Rien de superflu. De l’utile et du symbolique.

Prendre le temps de se reconnecter à la nature et au silence. Le silence dont j’ai eu tant besoin ces dernières semaines et que je n’arrivais pas à faire en moi.

Il m’est apparu, en écoutant l’oraison funèbre de mon beau père, que la vie n’est qu’un fil ténu. Qu’il est important de se dire lorsqu’il est encore temps. A la différence de mon beau-père qui a eu deux fils aimants, présents pour l’accompagner jusqu’à son dernier souffle, je n’aurais personne. Cette réalité déchirante, rend cette fin d’année douloureuse et lourde.

Je compose mon gloubiboulga spirituel, fait de lectures, de méditation et d’EFT pour faire entrer un peu de sérénité.

Je m’apprête aussi à solder 2015. Une année fabuleuse et terrible à la fois. Fabuleuse, car je me suis mariée et que cette journée fut une des plus belles, sinon la plus belle de ma vie et terrible au plan national et personnel aussi avec la mort subite de mon beau-père.

Il me faut du temps, pour digérer, réfléchir, tourner les pages, me projeter…

 

Des lassitudes

Professionnelles pour commencer.

Nous sommes tous, à des niveaux différents, fatigués, irritables, sur la brèche. La fin d’année est loin d’être notre période préférée. Nous devons préparer nos bilans d’activité, nous projeter sur l’année à venir, accueillir des personnes qui vivent la période des fêtes de fin d’année dans la difficulté, voire un grand dénuement. Avec les années, j’ai le sentiment de ne plus accompagner mais d’être pressée par des impératifs financiers et des contraintes administratives toujours plus lourdes.

Alors que les écarts ne cessent de se creuser, je vis violemment le fait d’accompagner non plus des personnes en tant qu’individualité, en fonction d’un projet, mais en fonction d’un dispositif. Autant de critères ineptes et enfermants, si peu connectés à la notion d’humanité. Nous n’avons pas les moyens suffisants aujourd’hui pour faire face aux multiples crises auxquelles nous sommes confrontées et je m’en désole.

Familiales aussi.

Pour la troisième fois cette année, la mort est venue nous visiter. Nous nous y attendions, nous étions « préparés » (peut on l’être seulement ?), car selon l’expression consacrée, la maladie avait creusé son sillon.

Pour autant et à chaque fois, je suis ébranlée. Questionnée dans mes fondements, dans ma relation à la vie et à la mort, dans ma relation à l’autre. Comment j’investis mes relations, le chemin que je prends est-il le bon, est ce que je profite de chaque instant à sa juste valeur, où est le vrai… ? Des questions finalement très « judéo-chretiennes »… mais ce sont celles qui me taraudent aujourd’hui.

Et puis, tandis que cette épreuve devrait nous réunir, les antagonismes se révèlent, les anciennes querelles se ravivent. Chacun joue sa partition, à sa manière, comme on sait si bien le faire dans ma famille… C’est un spectacle que j’observe de l’extérieur, incrédule et avec une pointe de dégoût.

Individuelles enfin.

Mon corps ne peut plus avancer. Je suis épuisée, tous mes membres sont tendus à l’extrême.

Le nouvel ostéo m’a avertie, « votre corps n’est pas prêt pour une autre FIV »… Je suis prise en tenailles entre ce corps que je me dois d’écouter enfin et de respecter, et le temps qui file et qui de plus en plus nous éloigne de la perspective de pouvoir avoir un enfant. Je ne sais plus. Où j’en suis, ce que je veux. La saturation est partout. Je ne peux plus écouter, entendre, me lever, aller travailler.

Je ne rêve que d’une chose : m’extraire du quotidien, m’exiler pour deux ou trois semaines, ne plus rien entendre, ne plus être sollicitée. Un chalet, de la forêt, de la neige et la nature, quelques bouquins, un peu de ravitaillement (faut pas déconner) et un bon lit, voilà un cadre idéal. Pour me reconnecter, me retrouver, prendre du recul et prendre le temps. Prendre GRAND soin de moi finalement.

Encore quelques jours jusqu’à la fin d’année. J’espère que les mauvaises nouvelles s’arrêtent ici.

:(

J’ai frissonné en l’écoutant parler du mal-logement et des sans abris. Avec des mots forts qui faisaient appel à l’humanité, la générosité, la justice sociale. Je l’ai aimé d’emblée, j’ai pensé que derrière le généticien, il ne pouvait y avoir qu’un grand homme.

J’ai versé ma larme lorsqu’il a évoqué non sans émotion sa différence, la manière dont il a été regardé, déconsidéré enfant, à cause de son physique. Albert Jacquard était un résilient, un homme de bienveillance, d’humilité.

Enfin, tandis que je quittais une gare parisienne, sous la pluie, mon regard s’est attardé sur une foule de personnes faisant la queue pour obtenir un taxi. Albert Jacquard et son épouse étaient dans cette foule. J’ai eu envie malgré la circonstance aller vers lui et lui dire mon admiration. Je n’ai pas osé.

Et aujourd’hui, je le regrette un peu…