Elle

Elle me sait.

Plus que ma mère, plus que mon Népou, plus que moi.

Elle me devine à travers mes gestes, ma voix, ma peau.

Elle est mon âme sœur, mon pilier, mon poumon, ma tendre.

Elle m’a accueillie, soignée, pansée, nourrie, cajolée, caressée, aimée.

Plus que son propre enfant peut être, autrement, différemment, intensément.

Notre histoire, c’est celle d’une quarantenaire, qui accepte de faire entrer dans sa famille un bébé dont les parents éprouvent quelques difficultés à s’occuper…

C’est celle d’une mère déjà flanquée d’un grand ado, qui a le cœur assez grand pour donner encore, pour donner plus, pour combler les trous, remplir les vides. C’est celle d’une femme  qui décide malgré les obstacles, malgré les difficultés de couver l’oisillon d’une autre, tout en lui laissant la place.

Pour moi, elle a gommé les différences, elle a surmonté ses peurs, affronter les critiques. Elle m’a fait sienne. Je suis entrée dans sa famille, j’ai eu d’emblée une place naturelle, une place que je n’ai jamais eu « chez moi ». Avec le recul, je sais que ce chez moi n’a aucune signification. Il n’y a jamais eu de réel chez moi, sauf chez elle.

Nous avons beaucoup vécu toutes les deux. Fusionnelles. Son fils prenant son envol, son mari travaillant de par le monde. Nous nous sommes, un peu, reposées l’une sur l’autre. J’étais la présence indéfectible lors de ses épisodes de souffrance et de solitude, elle a été mon repère dans mes nuits.

Cet amour là est incommensurable, il a toujours été inconditionnel aussi.

Aujourd’hui, elle a 80 ans. Elle ne voit presque plus, elle est souffrante. Il y a des choses qu’elle ne peut plus faire seule : mettre  ses chaussures, boutonner son manteau, couper sa viande. Ses mains se sont teintées, ses cheveux clairsemés, sa peau affinée.

Elle est un bien précieux que l’on chérit. Son fils, ses petits-fils, moi.

Elle a toujours l’esprit alerte, toujours ses emportements, ses émotions exacerbées mais ses yeux sont tristes, infiniment. Il y a la souffrance à ne plus voir la vie, ses petits enfants, la nature…

A mesure qu’elle s’étiole, me cœur se serre….

Je me prépare à faire sans Elle, chose dont je me sens totalement incapable aujourd’hui. La vie sans elle, ne serait plus la même vie.

Volonté

« Faculté de déterminer librement ses actes en fonction de motifs rationnels ; pouvoir de faire ou de ne pas faire quelque chose.
Disposition de caractère qui porte à prendre des décisions avec fermeté et à les conduire à leur terme sans faiblesse, en surmontant tous les obstacles : Avoir une volonté de fer. »

Je n’ai pas de volonté, je suis trop fatiguée pour en avoir, je ne suis pas certaine d’en avoir jamais eu d’ailleurs.

La vie m’a fait prendre des décisions, c’est vrai. Choisir cette option plutôt que celle ci. Suivre ce chemin plutôt que tel autre. Suivre certaines personnes, renoncer à d’autres.

Il m’a fallu de l’amour, il m’a fallu renoncer, espérer, croire, prier, souhaiter au creux de mon cœur.

Mais la volonté…

Si seulement

J’aimerais que Paris soit toujours aussi doux que ce week end.

J’aimerais que nos dimanches ressemblent toujours à celui ci : du soleil, de la douceur, des amis , du rire, un bon repas. Une évidence.

J’aimerais que nous arrivions toujours à rire comme ça. Pour tout, pour rien, comme des enfants.

J’aimerais que nous nous aimions toujours comme ça. Doucement, sincèrement, fortement.

J’aimerais qu’il y ait toujours au fond de mon être cette paix qui me fait me sentir dans le monde, légère, heureuse.

J’aimerais que certains week ends ne se terminent jamais.

Des week ends comme celui ci où tout semble simple, fluide, follement printanier.

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Places

La place qu’il faut se faire, à coup de coude, dans la famille d’abord

Puis dans la famille d’accueil

Dans la faune scolaire : A l’école, au collège, au lycée, à la fac

Dans le champ de l’emploi : l’avant dernier travail, complexe face à tant de professionnels si compétents, si exigeants, si déroutants parfois  ; dans le nouveau travail, complexe face à tant de professionnels…

Avec les hommes rugueux, indifférents

Avec mon Népou

Avec les ami-es

Dans la société si tourmentée

Dans la vie, ma propre vie

….

Bain de famille

Mars « chez nous » est une succession d’anniversaires. Mars le mois du printemps, mon mois bien aimé.

Ce week-end, nous fêtions ses 80 ans à lui, ses 60 ans à elle, mes 26 ans à moi (oui bon…).

Je garde précieusement les photos d’il y a 20 ans en arrière. Déjà c’était une grande fête. Ce week end, il nous manquait du monde autour de la table mais nous n’avons cessé de les évoquer pour nous réchauffer le cœur de leur absence.

« Chez nous », la vraie fête c’est un bon gueuleton, avec du rire et des souvenirs autour. On  trinque, on partage, nos yeux disent qu’on s’aime.

Les centres de table sont faits maison, les fleurs sont partout, chacun repart avec son petit cadeau.

Tableau idyllique d’une famille qui n’est pas la mienne.

Il est si déroutant de se sentir aimée inconditionnellement dans une famille qui n’est pas la sienne.

J’aime une partie de ma famille brinquebalante mais elle m’insupporte par son manque d’écoute, son égoïsme, sa suffisance. Je suis tellement touchée d’être considérée « ailleurs », telle que je suis, d’être prise dans mon unicité et avec bienveillance. Je suis blessée que nous n’ayons pas de tels liens « chez moi ».

La famille un puits sans fond de réflexions, remords, blessures…

Wanted

Je cherche

de l’inspiration

du réconfort

des envies

un nouveau chemin à suivre

l’amour

des amis

de la confiance

de la sérenité

du calme intérieur

une nouvelle vie peut être

Memento mori

Lorsque nous avons été présentés, il a décrété qu’il m’aimerait quoi qu’il puisse arriver.

Son fils m’aime, il m’aimerait de manière inconditionnelle, sans même me connaitre.

Un personnage mon beau père !

Je suis devenue sa belle fille avant même que son fils sache s’il voulait vraiment s’engager avec moi.

120 kilos de rire, de mauvaise foi, de générosité, de colère, de sensibilité.

Un drôle de bonhomme, un père poule comme on en trouve peu dans sa génération. Un homme de peu de mots, discret et parfois fort en gueule, dont le seul objectif était que ces deux fils « soient bien, heureux ».

Depuis le mariage, nous nous sommes peu vus, nous avons peu échangé sinon des « ça va » et quelques mots sur le quotidien. Vite fait, sans plus.

Nous ne savions pas qu’il était mal, qu’il négligeait sa santé, qu’il n’avait plus la force.

Alors, cet appel, celui qui dit que beau papa est au plus mal, que son diagnostic vital est engagé, nous a mis KO debout.

Le voir sur son lit d’hôpital, saisir l’infinie souffrance de mon Népou m’ont fait basculer dans une réalité que je ne soupçonnais pas. Le fil ténu de la vie, l’importance de chaque moment de bonheur, l’importance des présences, de l’amour. Je sais désormais que tout peut basculer. Je le savais avant, je ne suis pas naïve bien sûr, mais ces derniers évènements m’ont fait prendre conscience des choses autrement.

C’est la vie, la mort.

Mais quel coup du sort ! Il vient nous secouer, ébranler nos fondations et nos croyances, secouer les liens, les mettre à l’épreuve. Chacun, nos regardons ce que nous avons fait de notre vie, nous interrogeons nos liens avec lui, nous questionnons demain, ce que sera notre famille sans lui.

Pour le moment, nous resserrons les liens pour affronter le difficile quotidien.

Trip Blues

Rentrée hier.

Heureuse de retrouver ma maison, calme, rangée, embellie par mon papa qui a peint en mon absence.

Heureuse de trouver mes parents. Je leur ai manqué et j’avoue j’aime bien ça. Qu’on se dise l’amour et le manque.

J’ai toujours du mal avec le décalage horaire. Impossible de trouver le sommeil à 2h du matin. C’est la seconde fois en 40 ans que je pars aussi longtemps et je goûte cela. Il me semble que quelque chose est resté au Québec. Je ne sais pas quoi exactement, le sentiment est diffus mais rarement j’ai eu autant de plaisir à me retrouver là, simplement, dans le silence de la maison.

Pourtant, ce voyage, dont je reparlerai ici a été fort et magnifique.

J’ai réalisé un de mes rêves, me rendre sur ce continent, au Québec, me perdre dans les grands espaces. Quelle chance, quel bonheur que de vivre ces 3 semaines avec mon Népoux.

Rentrer, c’est reprendre pied dans une actualité dont j’avais presque tout oublié. C’est renouer avec un quotidien parfois oppressant, c’est aussi faire face à des difficultés professionnelles, encore et dont je ne parviens pas à m’extraire. Des soucis donc et pourtant, la certitude qu’un ailleurs est possible…

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Mon Îl

Je n’envisageais pas que mon Népou devienne un jour mon ami, mon meilleur ami.

Un Népou pour moi est un compagnon, un charmant, un amant.

En ce moment, le mien joue un peu tous les rôles… malgré la distance

 

Les manques

Elle a 30 ans et en fait dix de moins.

Ses grands cheveux barrent son visage et pour nous parler, elle ne prend pas toujours la peine de les relever. Dommage, car ils cachent ses grands yeux.

Elle s’habille avec des vêtements très amples, baggy, toujours des baskets, toujours des tee shirts longs pour faire taire les nombreux tatouages qui peuplent ses bras et crient sa vie, ses croyances, ses attaches .

Son expérience est mince, des boulots par ci par là, trouvés par sa propre mère. Il y a près de 10 ans.

Une semaine après l’avoir rencontrée, elle était au boulot, une aubaine, un miracle. Certes, un contrat aidé, mais un CDD malgré tout.

Un bonheur pour elle. Celui de pouvoir dire à son enfant que Maman va gagner sa vie, Maman travaille comme les autres Mamans de l’école, Maman existe (enfin).

Car c’est une maman, c’est la première chose qu’elle dit d’elle. Son enfant est sa fierté, sa raison de vivre, son tout. Il y a bien eu le géniteur, un bref passage, puis un papa de cœur qui est parti. C’est cela qui l’a poussée à chercher du travail.

Les premières semaines se passent bien. Très bien. Les compétences sont là, elle tient les cadences, elle est précise, autonome sur son poste de travail. Les cheveux sont rangés dans une grande queue de cheval.

Un mois plus tard, l’employeur note de nombreuses absences, non justifiées, des frottements avec des membres de l’équipe. Elle s’énerve, s’irrite, pleure. On lui donne sa chance malgré tout, on passe l’éponge, car elle est moteur dans l’équipe.

Cinq mois plus tard, c’est la dégringolade, il faut la changer de poste, l’équipe ne la supporte plus, pas plus que son encadrant technique. On repart comme en 14, tout se passe pour le mieux. Elle est contente, plus apaisée, elle envisage l’avenir.

Puis rebelote. Elle n’arrive plus à l’heure, n’honore pas les RDV, ne va pas en formation, s’accroche avec ses collègues.

Aujourd’hui c’était le bilan final de ces quelques mois chaotiques, des mois où nous n’avons jamais cessé d’être présents et d’y croire. D’y croire plus qu’elle.

Alors que je dressais le tableau des constats, que je renvoyais à sa responsabilité, que je questionnais sur ce qui l’animait et  sur ces multiples sabordages, elle a pleuré.

Elle a pleuré en silence, de grosses larmes qui perlaient sur ses joues rebondies d’enfant, son regard implorait. Et finalement les mots sont sortis. Comme des plaintes, un lointain cri.

Le manque de reconnaissance, d’amour de soi, de confiance. La peur. De se lancer, de changer de vie, de réussir.

Elle m’a touchée bien sûr. Car ses mots, douloureux, pénétrants auraient pu être les miens. Je suis du bon côté de la barrière, j’ai un emploi, c’est vrai mais le doute est perpétuel chez moi, la confiance s’effrite souvent. J’ai malgré moi un réel besoin de reconnaissance, de la part de mes pairs (et de mes impairs…), de ma hiérarchie. Enfin, le besoin d’amour ne m’a jamais quittée. Aujourd’hui encore, il y a en moi cette enfant qui lutte pour panser ses plaies.

Mon job, c’est de poser le cadre, les règles, de ramener à la réalité. Pour autant, mon enfant intérieur a rencontré le sien…