Après l’été

Il ne s’est rien passé cet été.

Presque rien :

  • Les allers-retours dans les établissements hospitaliers de la grande ville pour mes parents.
  • Une engueulade monumentale avec le Népou et l’impression infantile que mon cœur allait se fendre en mille morceaux.
  • Une semaine de retard et ma machine intérieure qui s’est remise en marche : espoir, projections en tous genres et dégringolade.
  • Un RDV avec un nouveau nutritionniste qui m’a fait mordre la poussière, si je puis dire.
  • Une énième déception familiale (pas de mon côté cette fois).

Il m’est apparu que mes parents vieillissent. Je veux dire vraiment. Ces alertes de santé successives en ont été les révélateurs. Ils ne peuvent plus faire certaines choses, ils commencent à radoter, à s’inquiéter pour tout et de tout. Nos relations glissent, changent. Je deviens celle qui doit rassurer, faire à la place de, je rabroue aussi. J’ai gardé trop longtemps l’image de parents forts et protecteurs, qu’ils ne sont plus.

Je me remémore la personne que ma mère était « avant » et celle qu’elle est aujourd’hui. Toute petite, frêle, tassée, frileuse, vite fatiguée, angoissée aux moindres petits changements dans son quotidien. Lorsque je la serre contre moi, j’ai le sentiment qu’elle va se briser.  Et c’est mon cœur qui se brise. Je ne suis pas prête, je ne supporte pas l’idée que les choses se dégradent au point que je doive devenir le parent protecteur de mes parents. Je le supporte d’autant moins qu’étant fille unique je ne peux partager mes angoisses qu’avec moi-même.

Ces dernières années, les parents de certaines de mes amies ont disparu, parfois tragiquement et je remercie le ciel d’avoir toujours les miens. Néanmoins, cette réalité s’impose durement à moi : ils deviennent vieux, s’affaiblissent et moi je me prépare à l’idée qu’un jour, je devrais faire sans eux. Notre famille alors ne sera plus. Et c’est je crois le douloureux à imaginer, le fait que cette fois, je serai vraiment seule.

Comme il est difficile de vivre séparée de son Népou. Comme il est difficile de ne pas savoir quels sont les doutes, les craintes, les freins, qui traversent l’esprit de son mari… Il y a chez lui cette part de mystère, cet insondable dans lequel je n’ai pas (vraiment) de place.

Une semaine de retard, une toute petite. Chaque jour, l’espoir a grandi, chaque jour ma machine intérieure s’est un peu plus mise en marche. Comme la première fois, je me voyais avec un enfant dans les bras le jour de son baptême, je lisais déjà la joie sur le visage du papa. Et puis non. Évidemment allais-je dire. Je sais que je ne pourrais plus avoir d’enfant. Pourtant, inconsciemment, j’ai du continuer à nourrir ce fol espoir, tricoter. Ce nouvel épisode, en effet, m’a montré que rien n’était tout à fait réglé. Le deuil au fond, n’est pas totalement fait. Tout est bien là, présent, pesant.

Cette année, je me suis rapprochée de mes filleuls, tous grands désormais. Et j’ai mesuré, au delà de l’amour que je leur porte, à quel point il est bon et doux d’avoir des jeunes autour de soi. Nous avons passé quelques jours chez « notre grand » à Nancy, nous nous sommes laissés porter par lui. Il nous a fait découvrir sa ville d’adoption, ses passions. Je le découvre. Homme, professionnel… Puis « notre petite » nous a rejoint à Paris. Un vent frais a soufflé sur notre été grâce à eux. Lorsque je vois mon Népou soucieux de leur bien être, avec l’envie de partager ses connaissances, ce qu’il aime, la douleur de ne pas pouvoir avoir d’enfant se fait plus puissante. La dégringolade n’en a été que plus terrible.

Une énième tentative pour agir sur l’hyperphagie. La rencontre avec un nouveau nutritionniste, conseillé par l’amie d’une amie d’une amie. La rencontre est froide et je perçois que le M. méprise les gros qui le font vivre. Il me rentre dans le lard (mouhaha) et évidemment je rends l’uppercut (faut pas me prendre pour un jambon). Le problème, ce sont les chiffres qui s’affichent et qu’il me lance : poids, glycémie et tout le toutim. Le salaud. Puis viennent les mots qui appuient bien là où ça fait mal. Diabète, obésité, risques, déni, inconscience, maltraitance. Et voilà que je m’effondre. Il a bien réussit son coup (le salaud). Me voilà embarquée dans un énième « régime », avec une feuille de route drastique. Pour une fois, et à son crédit, le personnage connait l’hyperphagie. La partie technique seulement, car pour ce qui est de la partie psychologique, des crises, de la dépression, le M. ne les prend pas en compte… A suivre donc (ou pas).

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Aout !

En aout,

La vie est passée à la vitesse de l’éclair, comme pour me rappeler que chaque seconde est  follement précieuse.

J’ai recruté, négocié, parlementé puis renégocié et re-parlementé.

J’ai bu des bières, encore, en (trop) grande quantité (encore).

Professionnellement et à l’image de ces derniers mois, j’ai passé l’été la tête sous l’eau.

De la fraicheur adolescente est venue secouer notre quotidien pour quelques petits jours et pour notre plus grand bonheur.

Des déceptions familiales, comme une pluie acide sur le cœur.

Alice Cooper présente sa candidature aux élections aux States. Nous on a Nico… On a les candidats qu’on mérite !

J’ai pleuré avec les handballeuses françaises pendant les J.O. et sur les commentaires sexistes des commentateurs sportifs, à la désarmante crasse intellectuelle.

J’ai pris la mesure de l’urgence : à dire, à vivre, à construire, à aimer et à s’en foutre.

J’ai appris ce qu’est le Kairos et  je crois pouvoir dire que je suis en plein dedans.

J’ai stoppé net ma came quotidienne, dans la douleur.

J’ai vu passé par la fenêtre de mon bureau tous les objets suivants : bouteilles de bière (vides et pleines), vêtements déchirés, basket orpheline, moitié de pastèque, pain, eau, pâtes et MEUBLE ; jeté par la fenêtre de mes voisins. Voui parfaitement (on vit dans un monde merveilleux).

J’ai eu chaud, hyper-super-trop chaud et j’ai rêvé chaque jour de la terre de mes ancêtres (Gnnnnnniiiiiii).

Je me suis demandée (et me le demande encore) comment on peut chasser des bestioles virtuelles.

J’ai survécu au chien du voisin, à la moto du voisin et à la voix de poissonnière de la mère du voisin (un magnifique été disais-je).

Je me suis étranglée sur une polémique, liée à un maillot de bain qui n’en n’est pas un, devenue grande cause sarkozienne. Vivement l’hiver qu’on cause anorakini….

J’ai attendu mes vacances comme on attend le messie, d’ailleurs c’est maintenant : HIHA !!!!!!

 

 

Dépendances

Mes dépendances sont nombreuses.

Longtemps, elles ont été affectives. Mes relations, toutes fusionnelles, me laissaient en lambeaux, dès lors qu’elles se terminaient. Le travail m’a endurcie, je crois, les épreuves de la vie aussi. La perte de meilleure amie d’abord, mon parcours en PMA ensuite.

D’aussi loin que je me souvienne, je suis dépendante à la nourriture. Je me remémore des dimanches après midis, seule sur le divan, angoissée à l’idée d’aller à l’école, mangeant tout ce qui me tombait sous la main. Angoisses, stress, solitude me poussent à manger déraisonnablement. La nourriture est liée à tout mon parcours de vie. Père cuisinier et boulimique, famille d’accueil très portée sur la nourriture. Enfant, j’ai été gavée, puis je me suis gavée seule. A 40 ans passés et malgré les déprogrammations, je suis toujours et plus que jamais dépendante. Les dégâts nombreux de l’hyperphagie, sont irréversibles. Peau, souffle, cœur… Je le sais pour autant, je suis incapable de m’arrêter. Il y a  bien longtemps que la souffrance n’a pas été aussi lancinante qu’en ce moment.

Depuis deux ans, les anti dépresseurs sont entrés dans ma vie. Ils sont arrivés après un craquage nerveux dû à un surmenage professionnel, après des FIV infructueuses, après…. Les anti dépresseurs m’ont anesthésiée, m’ont permis de retrouver le sommeil, mes crises d’angoisse se sont espacées, mes crises de larmes aussi. Je n’ai plus la sensation d’être submergée en permanence, bien que je me sente encore fragile dans certaines circonstances. J’ai traversé les évènements dans une sorte de nuage. Le mariage, le décès soudain de mon beau-père, mon changement d’emploi.  Comme dans la peau de quelqu’un d’autre.

Il arrivera un jour, certainement, où j’arriverai à vivre en cohabitation avec moi, sans douleurs…

L’inénarrable

Je n’en aurais jamais fini.

Avec mon corps.

C’est mon inépuisable sujet.

Les cheveux blancs sur les tempes, les joues bien remplies, le dos légèrement courbé, les seins lourds, une ceinture abdominale fournie, des ailes de chauve-souris qui pendouillent de plus en plus, des cuisses qui n’en finissent pas de se tendre. Bref un corps charnu, gros, gras.

Des tocs alimentaires qui viennent frapper le corps et l’âme.

Il y a des jours (des mois), où je me fais l’effet d’être une camée. Où rien ne calme la vague, la déferlante intérieure. Pas les tranches de jambon, pas les amandes, pas les galettes de riz ou de maïs avalés en quantités astronomiques.

Il n’y a rien de grave.

J’ai une famille un peu unie, un mari, un emploi, un toit, j’ai de quoi m’offrir quelques loisirs et quelques vacances, je peux me soigner convenablement. D’ailleurs, j’ai fréquenté pendant 10 ans quelques psys, des spécialistes du gras, des gourous en tout genre. Mais rien. Il y a toujours cette putain d’hyperphagie qui trace son sillon, qui envahit tout.

La faim tout le temps, impossible à calmer.

Pas la respiration, pas la lecture, pas les exercices physiques, pas la marche. Rien.

Le corps gavé est gras, douloureux.

Difficile de s’accroupir, se vêtir (je veux dire avec des fringues qui ne font pas ressembler à un sac), marcher vite, se montrer dans l’intimité.

Si tous les enfants qui ont manqué de présence parentale, de confiance, d’un peu de considération familiale sombraient dans l’hyperphagie ça se saurait….

Alors quoi ? Je n’ai pas de réponse.

Juste des faits. Ceux d’un corps fatigué, qui se dégrade, qui est bien plus vieux qu’il ne devrait…

 

Pleine

Des émotions qui débordent chaque jour.

De nourriture, de tocs alimentaires, d’hyperphagie synonyme de kilos émotionnels qui remplissent mes jours et mes nuits.

Des déceptions qui jalonnent mon parcours. Familiales, amicales, professionnelles.

De vide. Le vide affectif, que l’on ne remplit jamais malgré les thérapies, malgré les prises de conscience , malgré l’expérience…

Je ne sais pas si le déterminisme est à ce point chien que je doive revivre la vie de mes parents comme un cercle vicieux.

Je me demande s’il faut se contenter de ce que l’on a. Parce que la vie, parce que la société, parce que les temps sont durs….

Je suis une perpétuelle insatisfaite, j’ai besoin de me lever le matin avec la rage. Celle d’avancer, apporter, partager, faire mieux.

Actuellement ce n’est pas le cas. J’assure le quotidien et c’est tout.

Et ça me crève de l’écrire.

 

Food Junkie

Qu’est ce qui fait que je pourrais me mettre à table, à 18 h en rentrant du travail et m’enfiler à peu près tout ce que contiennent mes placards

Qu’est ce qui fait que lorsque j’ai fini de manger, j’ai encore faim et que je pense à la bouffe une grande partie de la journée

L’exigence, l’image dépréciée de moi, le manque (de mon mari, d’amis, d’amour, de reconnaissance ?)

Je me fais l’effet d’être une junkie. Qui a besoin de sa dose de sucre pour supporter un quotidien exécrable.

C’est vrai, j’ai un toit, de quoi manger justement, je suis en relative bonne santé, j’ai de quoi me vêtir et j’ai un foyer. Bien sûr que c’est vrai et parfois j’ai presque honte de cette opulence lorsque je croise, chaque jour, le dénuement des autres

Mais il n’empêche, le besoin coupable de me remplir, coûte que coûte est revenu comme un oiseau de mauvaise augure

Je sais ce que ça me dit, mon corps le sait aussi, victime discrète de ce cerveau qui ordonne les prises de poids puis les mises à l’épreuve drastique

Un adage dit « qui a bu, boira » en est il de même pour ce cercle infernal dans lequel je suis depuis des dizaine d’année

J’ai tout essayé. Mise à part la lobotomie je ne vois pas.

Comment fait on pour se remettre de ce qui a été enfant, de ce qui n’est plus adulte mais qui a creusé son sillon si profondément que chaque secousse revient remuer la boue encore et encore

Parfois, je surprends le regard des autres sur moi. Sur ce que je mange et je lis parfaitement ce qui s’imprime dans ces regards compatissants ou accusateurs, à la marge interrogateurs et je n’en mange que plus

Je suis ma victime et mon bourreau, ma sauveuse parfois mais une sauveuse qui encore une fois n’ai pas capable de se battre à armes égales.

 

 

Today

Être réveillée à 5 h 30

Décider de me lever à 6 h et petit-déjeuner

Ronchouiller contre la température, 27° à l’intérieur

Déjà, je n’ai envie de rien alors que j’ai tant à faire à la maison

Me recoucher à 7 h et  être réveillée par l’affreux animal du voisin

Décider de ne rien faire aujourd’hui

Lire sous la tonnelle sans arriver à me plonger dans le livre qu’elle m’a offert, sur l’adoption

Penser toute la matinée aux mots que j’ai besoin de poser, envahissants, tonitruants

Déjeuner avec mes parents. Se désoler ensemble que les couples des cousins, qui se sont aimés au sortir de l’adolescence se soient tous fracassés à la grande barrière de la quarantaine

Penser à ma jolie, embarrassée par son papa bipolaire

Grignoter toute l’après midi, penser qu’il me faudrait une lobotomie pour m’extraire de ça

Larver devant des conneries à la TV puis devant facebook (demain j’arrête)

Attendre les sms de mon Népou qui lutte depuis une semaine jour et nuit contre un virus asiatique avec sa cellule de crise

Contempler mon antre, horrible fouillis, débordant d’inutilités exacte image de ce qui bouillonne dans ma tête

Puis la pluie enfin et l’apaisement…

 

Les listes de Christie

 Pompé chez Christie l’inspiratrice sur son lovely blog !

« Choses pour lesquelles j’aurais bien besoin d’être aidée ». Écrivez 10 choses.

– Je suis hyper forte en rangement mais pas en rangement de placard (inutile de me demander pourquoi). Alors j’aurais besoin de l’aide d’une rangeuse ès placards.

– Pour faire la cuisine parfois. Une idée, une manière d’associer aliments et épices. Je mange toujours la même chose…

– Pour mettre du rouge à lèvres rouge. C’est nul ce petit truc qui dépasse toujours au coin de la lèvre, alors que je m’applique comme une folle. Mais rien à faire. Une manière de me renvoyer à cette féminité qui peine à prendre toute sa mesure.

– Pour la méditation. Seule c’est assez difficile.

– J’aimerais jardiner. Ouaip. Commencer par des aromates et finir par un jardin zen. Je rêve d’un jardin zen.

– La prise de recul n’est pas mon fort. Deux ou trois trucs pour éviter d’être branchée en permanence sur du 10000 volts, ça serait pas mal.

– Pour évacuer la colère qui m’habite depuis tant d’années…

*  « Choses que j’aimerais voir se manifester ». Écrivez 20 choses.

Un nouveau travail pour moi

Un nouveau travail pour mon Népou

Un miracle qui me permettrait de tomber enceinte cette année

Le déclic qui me donnerait le courage d’aller seule à la piscine, de faire du djembé…

La force de dire non sans culpabiliser

Le courage de poser les mots, sans colère et en me traitant en bienveillance

Un changement du corps, qui s’affermirait, s’affinerait

Des relations nouvelles, plus fluides et apaisantes

Un panache retrouvé car je traine ma fatigue

La disparition total de mon hyperphagie

Des cours de gym douce pas loin de chez moi

Une vie plus douce…

 

*  « Choses que j’aimerais posséder ». Écrivez 15 choses.

La confiance et l’amour… de moi, parce que c’est pas gagné cette histoire

Une jolie maison, petite, avec un jardinet et un petit portail, un rosier qui fleure et embaume jusque dans la maison

Du courage, il m’en manque souvent

Du talent pour écrire et photographier

Le sens de l’humour, j’en manque pas mal

Du style, un vrai style affirmé qui me colle à la peau

Une meilleure amie

De longs cheveux très noirs et une peau de bébé

Une hygiène de vie plus saine

Sagesse, patience et spiritualité

Clairement, on va pas se mentir, du pognon, parce que je vis gravement au dessus de mes moyens…

Un mégaQi

 

Pas facile d’aller au bout de la liste

 

Ici et maintenant

Tous les jours, recommencer l’aventure du repas : cuisiner, choisir des couleurs différentes, mâcher longuement, poser les couverts le plus souvent possible, prendre les repas dans un cadre paisible, se rendre chez le primeur plutôt qu’en grande surface pour choisir des produits plus gouteux (et donc onéreux). Respirer longuement dès que le besoin de manger se fait sentir en dehors des repas. Lutter mais paisiblement (l’hyperphagie n’est pas une fatalité m’a t on répété !)

Un signe d’amitié, d’une personne inattendue. Je prends ce cadeau et savoure.

Une visite chez l’acupresseuse et tout de suite après mes oreilles qui se bouchent, comme si certaines vérités ne pouvaient plus être entendues.

Les balades matutinales, devenues indispensables. J’aime cette connexion à ma nature (à mes montagnes Pierre ;). Mes racines, ce qui reste tangible quand tout tangue à l’intérieur. Je ressens un vrai bien être après ma marche rapide du matin, après avoir contemplé les couleurs, écouté les oiseaux, avoir ressenti ce que j’appellerai pompeusement une communion. Comment ferai-je lorsque j’aurais repris le travail….?

Un RDV avec le médecin du travail. Une femme merveilleuse, non pas parce qu’elle conforte mon ressenti mais parce qu’elle prend le temps, écoute, argumente, rassure, donne des pistes. Conflit éthique. C’est ainsi qu’elle qualifie ce que je ressens aujourd’hui par rapport à mon travail. Et elle a raison.

Nos faire parts sont commandés. Fidèles à ce que nous voulions : de l’onirisme, de l’enfance, de la douceur. Restent les vins, la décoration et last but not least, la cérémonie laïque.

Noël approche et avec cette fête ses traditionnelles irritations. Une fête que je n’aimais pas à la base et qui aujourd’hui me revient comme un boomerang dans la face…

Prendre chaque journée séparément et avancer. Un peu…

Last steps

Je suis partie pour 4 semaines, qui se sont transformées en 6 puis 8 et enfin je quitterai la clinique qui fait perdre des kilos, au bout de 11 semaines.

En venant ici, dans la ville où je suis née, je m’attendais à un nouveau départ. Une renaissance. Mais on ne repart jamais vraiment. On continue différemment.

J’ai perdu peu de poids mais pris du muscle, mon corps a changé. Je me suis aérée, j’ai fait du sport, mangé moins et mieux. Je me suis remise à dormir correctement, je n’ai plus eu de maux de ventre, plus de migraines, plus de stress, plus de crises d’angoisse, plus d’eczéma.

Il m’a semblé revivre au milieu d’autres que moi habités par la même maladie, les mêmes troubles. Car oui, je peux l’écrire l’hyperphagie est une maladie, la compulsion alimentaire une addiction qui balaie beaucoup de choses sur son passage : confiance, image de soi…

J’ai appris sur moi, grâce aux autres, grâce à de formidables professionnels, patients, parfois rentre dedans mais toujours à l’écoute. J’ai retrouvé du sens, une place que je ne m’accordais pas, on a pris soin de moi.

J’ai compris à quel point les autres avec un grand A peuplent ma vie. Au boulot, à la maison… Mais je m’étais désertée, à bout de force. Éreintée par les FIV, des préoccupations professionnelles, des bobos à répétition, des deuils.

J’ai compris à quel point j’aime mon métier, à quel point accompagner l’autre m’a fait grandir, donné une identité professionnelle et renforcé des qualités personnelles. Mais je ne peux plus l’exercer aujourd’hui.

J’ai compris le fonctionnement de ma famille, conscientisé des choix, mis des mots sur mon besoin de manger. Je me suis enfin avoué que je suis dépressive et que j’ai besoin d’aide.

Tous ensemble, nous avons ri, beaucoup pleuré, avancé d’une manière ou d’une autre, dans la douleur ou pas. Le groupe nous a permis de murir individuellement.

Pour toutes ces raisons, je ne regrette rien même si je sais que le plus dur reste à faire. A partir de la semaine prochaine, je reprends ma vie où je l’avais laissée.

A quelques petites choses près…