L’heure du voyage

J’aime plus que tout mettre mon réveil en mode silencieux, ranger mes affaires d’hiver pour laisser place à celles d’été, faire une liste de « choses à emporter », et préparer mon sac.

Nous n’allons pas loin cette fois, dans le sud, dans la famille, au chaud (au propre et au figuré).

Nous sommes attendus par les enfants, par les parents sans doute aussi mais différemment….

Pour la première fois depuis de très nombreuses années, le travail ne me poursuit pas. Je n’en rêve pas, je ne le porte pas dans mon quotidien, ce qui est pour moi un vrai signe que les décisions prises ont été les meilleures possibles pour moi.

Enfin, je profite de chaque instant, de chaque chose que mon regard croise, sans avoir à me dire, « il faudra y retourner (j’ai pas envie) ».

J’ai hâte de mettre le sac dans la voiture et de partir. J’ai hâte de ces vacances en famille, que mes filleules me disent marraine avec le r qui roule et de chaque instant partagé avec elles qui grandissent trop vite.

Ce début de printemps est doux.

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Déflagration

Des mois que je n’étais pas allée sur son blog. Il faut dire qu’il poste peu, de ci de là des photos toujours belles, chaleureuses, douces, comme je les aime. Des photos comme lui. Papa aimant, homme charmant, ami fidèle.

Et puis le message. Terrible. L’annonce du cancer de son enfant de 8 ans, il y a exactement 10 jours. Avec des mots choisis, sourds, d’une violence inouïe.

Quand nous sommes vus pour la dernière fois ? Il y a un mois et demi. Nous évoquions l’achat de leur nouvelle maison, la nouvelle cuisine dans laquelle il pourrait s’adonner à sa passion, les chambres des filles, plus grandes, son rêve de jardin d’hiver.

Quelque chose s’abat sur mes épaules. L’incompréhension, la colère, l’infinie tristesse, l’impossibilité à trouver les mots.

Je l’imagine, petite V., pleine de vie, au rire doux. Une enfant, qui bascule dans la douleur quotidienne, dans la gravité, qui depuis peu a élu domicile, contraint et forcé, dans un univers hospitalier.

La vie. Étrange,implacable.

Dans un mail discret, j’ai assuré de mon amitié, de mon soutien, de ma présence. Je vais prier aussi, offrir des méditations, m’efforcer d’honorer la vie…

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Après l’été

Il ne s’est rien passé cet été.

Presque rien :

  • Les allers-retours dans les établissements hospitaliers de la grande ville pour mes parents.
  • Une engueulade monumentale avec le Népou et l’impression infantile que mon cœur allait se fendre en mille morceaux.
  • Une semaine de retard et ma machine intérieure qui s’est remise en marche : espoir, projections en tous genres et dégringolade.
  • Un RDV avec un nouveau nutritionniste qui m’a fait mordre la poussière, si je puis dire.
  • Une énième déception familiale (pas de mon côté cette fois).

Il m’est apparu que mes parents vieillissent. Je veux dire vraiment. Ces alertes de santé successives en ont été les révélateurs. Ils ne peuvent plus faire certaines choses, ils commencent à radoter, à s’inquiéter pour tout et de tout. Nos relations glissent, changent. Je deviens celle qui doit rassurer, faire à la place de, je rabroue aussi. J’ai gardé trop longtemps l’image de parents forts et protecteurs, qu’ils ne sont plus.

Je me remémore la personne que ma mère était « avant » et celle qu’elle est aujourd’hui. Toute petite, frêle, tassée, frileuse, vite fatiguée, angoissée aux moindres petits changements dans son quotidien. Lorsque je la serre contre moi, j’ai le sentiment qu’elle va se briser.  Et c’est mon cœur qui se brise. Je ne suis pas prête, je ne supporte pas l’idée que les choses se dégradent au point que je doive devenir le parent protecteur de mes parents. Je le supporte d’autant moins qu’étant fille unique je ne peux partager mes angoisses qu’avec moi-même.

Ces dernières années, les parents de certaines de mes amies ont disparu, parfois tragiquement et je remercie le ciel d’avoir toujours les miens. Néanmoins, cette réalité s’impose durement à moi : ils deviennent vieux, s’affaiblissent et moi je me prépare à l’idée qu’un jour, je devrais faire sans eux. Notre famille alors ne sera plus. Et c’est je crois le douloureux à imaginer, le fait que cette fois, je serai vraiment seule.

Comme il est difficile de vivre séparée de son Népou. Comme il est difficile de ne pas savoir quels sont les doutes, les craintes, les freins, qui traversent l’esprit de son mari… Il y a chez lui cette part de mystère, cet insondable dans lequel je n’ai pas (vraiment) de place.

Une semaine de retard, une toute petite. Chaque jour, l’espoir a grandi, chaque jour ma machine intérieure s’est un peu plus mise en marche. Comme la première fois, je me voyais avec un enfant dans les bras le jour de son baptême, je lisais déjà la joie sur le visage du papa. Et puis non. Évidemment allais-je dire. Je sais que je ne pourrais plus avoir d’enfant. Pourtant, inconsciemment, j’ai du continuer à nourrir ce fol espoir, tricoter. Ce nouvel épisode, en effet, m’a montré que rien n’était tout à fait réglé. Le deuil au fond, n’est pas totalement fait. Tout est bien là, présent, pesant.

Cette année, je me suis rapprochée de mes filleuls, tous grands désormais. Et j’ai mesuré, au delà de l’amour que je leur porte, à quel point il est bon et doux d’avoir des jeunes autour de soi. Nous avons passé quelques jours chez « notre grand » à Nancy, nous nous sommes laissés porter par lui. Il nous a fait découvrir sa ville d’adoption, ses passions. Je le découvre. Homme, professionnel… Puis « notre petite » nous a rejoint à Paris. Un vent frais a soufflé sur notre été grâce à eux. Lorsque je vois mon Népou soucieux de leur bien être, avec l’envie de partager ses connaissances, ce qu’il aime, la douleur de ne pas pouvoir avoir d’enfant se fait plus puissante. La dégringolade n’en a été que plus terrible.

Une énième tentative pour agir sur l’hyperphagie. La rencontre avec un nouveau nutritionniste, conseillé par l’amie d’une amie d’une amie. La rencontre est froide et je perçois que le M. méprise les gros qui le font vivre. Il me rentre dans le lard (mouhaha) et évidemment je rends l’uppercut (faut pas me prendre pour un jambon). Le problème, ce sont les chiffres qui s’affichent et qu’il me lance : poids, glycémie et tout le toutim. Le salaud. Puis viennent les mots qui appuient bien là où ça fait mal. Diabète, obésité, risques, déni, inconscience, maltraitance. Et voilà que je m’effondre. Il a bien réussit son coup (le salaud). Me voilà embarquée dans un énième « régime », avec une feuille de route drastique. Pour une fois, et à son crédit, le personnage connait l’hyperphagie. La partie technique seulement, car pour ce qui est de la partie psychologique, des crises, de la dépression, le M. ne les prend pas en compte… A suivre donc (ou pas).

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Moi et quelques autres…

Je leur demande d’apprendre à se connaître, de poser leurs compétences, leurs points forts. Je les entraîne à parler d’eux, en des mots précis et concis, pour attirer l’attention d’un employeur mais surtout pour eux. Pour apprendre à gagner en confiance, pour être convaincant.

Suis je seulement capable de faire cet exercice ? De dire qui je suis. Qui je suis vraiment.

Je peux dire que je suis une professionnelle de l’accompagnement. Une bonne professionnelle. Il m’aura fallu plusieurs années pour être en mesure d’écrire et penser vraiment cela. Plusieurs années de divan aussi pour comprendre quelles étaient mes motivations réelles, pour avoir plaisir  à exercer mon métier.  Je suis une conseillère emploi méthodique et à l’écoute. Les personnes que j’accompagne savent qu’elles peuvent compter sur mon écoute et ma bienveillance.  Je n’ai plus besoin de signes de reconnaissance, je ne fais plus ce métier pour me réparer, pour travailler dans le social comme ma mère avant moi. Je fais ce métier pour l’autre. Pour lui apporter mon expertise, ma technicité, mon humanité aussi mais sans complaisance ni misérabilisme.

Je suis une femme amoureuse de son mari. De son rire, de ses mots et de ses silences, de ses hésitations et de ses prises de décisions, de ses passions, de qui il est tout simplement. Il y a des choses dans ses manies qui m’énervent. Il est vrai mais ce n’est rien à côté du bonheur que j’ai de l’avoir près de moi (même lorsqu’il ronfle). Nous ne sommes pas un couple tout à fait comme les autres, si l’on se compare à notre entourage. Nous composons plus avec l’absence qu’avec la présence l’un à l’autre.  Mais c’est ainsi que nous nous sommes construits. Est-ce que j’ai peur  ? Oui, tous les jours. Est ce qu’il me manque ? A tous les instants. Est-ce que nous allons surmonter tout cela, tenir la distance sans nous lasser, sans nous trahir. C’est en cela que réside notre défi, celui que nous avons formulé dans nos vœux de mariage.

Je suis un être solitaire, avec peu d’amis. Cette réalité m’a longtemps laissée indifférente, tant j’avais besoin de solitude, de silence pour me retrouver. En réalité, je me suis cachée et me suis menti. Aujourd’hui, cette solitude me pèse. Comment fait-on pour se faire des amis à 40 ans ? Je ne sais pas. Je dois ajouter que mes plus grandes histoires d’amitié se sont toutes terminées dans des circonstances douloureuses. Me faisant douter de moi et par ricochet des autres. Mon besoin d’amour et de reconnaissance m’a longtemps poussée à entretenir des relations fusionnelles dans lesquelles je n’étais pas moi. Je me sens réparée, plus solide mais pas suffisamment armée pour faire le premier pas, dans une société de l’instantané.

Je suis une femme qui ne peux pas avoir d’enfant. Qu’est ce qu’apporte cette information ? Rien. C’est juste que je peux l’écrire et depuis peu le dire. Sans honte, sans avoir le ventre qui se serre, sans avoir envie de prendre la main de mon mari, sans éviter le regard de ma mère. Je suis une femme qui n’aura jamais d’enfant.

Je suis une contemplative de peu de passion. L’écriture, la nature, les voyages (forcés). Des tas d’envies et peu de réalisations, incapable que je suis de m’engager sur le long terme. Est-ce que c’est un problème ? Parfois oui…

Je suis la fille de mes parents. Ce serait la partie la plus complexe à expliquer. La plus douloureuse aussi. Cette histoire de famille chaotique, douloureuse et pourtant si riche.

Je suis athée et socialiste (mais plus pour très longtemps), je suis humaniste, républicaine et laïque, française (follement).

Je suis tout et son contraire. Sensible et forte, mélancolique et enjouée, dépressive et furieusement optimiste, drôle et plombante à mort, solide et fuyante, rebelle et soupe au lait, susceptible et capable de tout entendre, curieuse et blasée, réaliste et utopiste…

Pourtant, à l’intérieur, tout cela sonne un peu creux…

Dans ta face

Je n’aime pas Noël, je n’ai jamais aimé d’ailleurs.

J’ai fait avec et même enfant, cet instant ne m’a jamais fait rêvé.

J’attends que ça passe, comme une bourrasque.

Pour la troisième année consécutive, l’approche de Noël me fait sentir à quel point je suis infertile.

Je déteste ce mot, cette étiquette, cette case. Mais j’y suis, c’est ce que je suis.

Je n’ai pas d’enfant, nous n’en aurons pas.

Peut être que c’est à ce titre que ma belle-mère a oublié de nous associer aux préparatifs de la fête de Noël avec mon beau-frère et ma belle-sœur qui eux ont des enfants.

Noël, c’est pour les enfants nous a-t-elle dit.

Bien sûr.

Je sais que je vais devoir composer avec, notre couple doit faire avec. Les remarques, les conversations qui tournent autour des enfants, le regard sinon chargé de pitié au moins interrogateur.

Notre infertilité renvoie tant de choses à ceux qui « ont, peuvent », au premier rang desquels ma belle-mère qui ne sait trop comment faire et composer avec moi.

Paradoxalement, je suis peinée et incroyablement droite dans mes bottes. Tellement droite que cette année, nous fêtons Noël seuls, en amoureux.

Des affirmations ?

Je n’ai plus mal en regardant les ventres ronds des femmes enceintes. Je n’ai plus de pincements au cœur en regardant mes filleules virevolter autour de moi. Je ne suis plus tendue lorsque je dois répondre que je n’ai pas d’enfant, oui j’aimerais en avoir mais pour le moment je n’en ai pas (comprend qui veut). Je ne suis plus en colère contre moi et le reste de la terre.

Je continue à consulter les blogs traitants du sujet. Je prends de l’info, m’informe, apprends de l’expérience des autres. Nous nous soutenons, bien que nous ne nous connaissions pas. Cette communauté d’âmes me fait du bien. Elle seule sait vraiment.

Je n’en ai pas terminé avec les questionnements nombreux. Ceux qui viennent interroger le corps, l’âme, le couple, le désir, les projections multiples. Pour exemples : pourquoi nous ? si nous n’arrivons pas à avoir un enfant, cela signifie peut être que nous n’en voulons pas inconsciemment ? notre couple va-t-il tenir sans enfant ? qu’est ce qu’une famille sans enfant ? est-ce que je vais m’accomplir en tant que femme si je n’ai pas d’enfant ? que va-t-on me renvoyer et est-ce que je suis assez forte pour le supporter et le surmonter ?

Nous sommes confrontés, nous infertiles à de quotidiennes épreuves. Bien plus sans doute que les autres parents en devenir, pour lesquels faire un enfant ne se réfléchit pas, ne se planifie pas et surtout n’a besoin de nulle autre intervention que celle de deux corps qui se rencontrent.

J’ai mis mon corps à l’épreuve, j’ai eu mal. Je me suis plus d’une fois torturée. J’ai pleuré, juré, maudit. J’ai lu, rencontré des spécialistes et quelques charlatans aussi qui ont épongé mes larmes, fait quelques promesses et pris allègrement mon argent.

Plus d’une fois, j’ai revisité mon histoire, notre histoire. De ma première grossesse, à la première tentative de Fiv jusqu’au cuisant échec de la seconde.

Je ne sais pas si je suis tout à fait au clair…

Pour autant, de nouvelles forces vives m’habitent. Celle physique qui m’a permis de traverser tout cela (et j’en remercie mon corps), celles de mon couple toujours debout.

L’épreuve m’aura appris sur moi, sur nous.

 

Cher Père Noël

Moins d’un mois à l’avance, je le reconnais c’est un peu court, j’espère néanmoins que ce sera suffisant pour que tu puisses m’apporter tous les cadeaux qui me font rêver.

Tu vas penser que je suis une ingrate car je n’aime pas Noël MAIS que je veux des cadeaux. C’est vrai, tu me connais, je ne suis pas à une contradiction près…

A être francs et directs, on gagne du temps, aussi, tu trouveras ci après ma petite liste. Elle n’est pas classée, si tu as quelques petites difficultés à honorer l’ensemble de mes désirs, je ne t’en voudrais pas trop.

– je n’ai pas renouvelé mon abonnement à Marie Claire auquel je suis abonnée depuis plus de 15 ans… Si tu pouvais prendre cela en charge, ce serait top.

– Namoureux souhaiterait que je quitte mes pilous pour un pyj’ sexy, si tu vois ce que je veux dire 😉

– j’ai besoin de soins pour moi : esthéticienne, réflexologue, j’irais jusqu’à demander un massage…

– je n’ai pas les dernières BD de Voutch et Pénélope Bagieu… cela me ferait TRÈS plaisir de les lire.

– comme tu le sais, en 2013 ma famille proche a été mise à rude épreuve. Si pour 2014 tu pouvais nous apporter un peu de paix et de joie, évidemment, je prends.

– en 2013, j’ai avancé professionnellement… permets moi de prendre du recul, de continuer à apprendre pour que tout se passe au mieux.

– un bébé… fille, garçon, comme tu veux. On s’en fout. Il/Elle sera beau/belle, on l’aimera que ce soit une crevette ou un schtroumpf.

– avec Namoureux, on aimerait partir en longs week ends, Amsterdam, Florence… là aussi, n’hésites pas pour le coup de pouce

– pour 2014, j’ai besoin de pouvoir compter sur mon corps

Pour tout ça, merci

Ta Cloudy qui croit encore un peu en toi

Encore un peu quand même…

Quoi qu’il se passe à partir de ce moment, je retiens :

– la présence sans faille des mamans (et futures potentielles grands-mères). Je leur avais demandé de nous écrire comment s’étaient passées leur grossesse et elles se sont soumises de bonne grâce à l’exercice. Ces écrits nous ont accompagné et réconforté. Les papas et beau- papa se sont montrés plus en retrait mais néanmoins très anxieux.

– la présence discrètes des rares ami-es informé-es, nous avons apprécié les sms et mails tout au long du processus.

– votre présence bloggesque, touchante et rassurante car même si pour la plupart nous ne nous connaissons pas, vous êtes les plus informées. Vous avez su trouver les mots et je vous en suis extrêmement reconnaissante.

– une partie du personnel soignant m’a aussi beaucoup apporté. Les infirmières nous ont traité avec beaucoup de délicatesse l’un et l’autre, sans tomber dans le pathos ni dans la pitié, ce dont nous n’avons pas besoin. J’ai été surprise par cette infirmière qui a plusieurs reprises m’a pris la main et caressé la joue. J’ai aimé cette forme de proximité maternelle dont j’avais exactement besoin à ce moment précis. 

– le cheminement que j’ai pu faire. Par la lecture, l’écriture, par le temps que j’ai pris pour me poser sur mon projet et aussi sur la grossesse de ma mère et des femmes de mon entourage. Cela m’a permis de clarifier des choses pour moi, de savoir très exactement pourquoi je désire un enfant.  Serais- je assez forte pour accepter ce que la vie mettra sur notre chemin si cela ne marche pas ? Je ne sais pas mais je l’envisage. Ce temps de réflexion m’a permis aussi de remettre de la joie dans ma vie, de me projeter positivement. J’ai pratiqué intensément la méditation et la pensée créatrice, supports indispensables dans ce qui malgré tout a été une épreuve.

– enfin et pour terminer, j’ai aussi pu me reconnecter doucement à mon corps. Grâce à la méditation, grâce aux massages. Je me suis sentie bien, malgré les nombreux actes médicaux et étrangement en paix.

 

Je ne t’en parlerai plus

Se lever à 5 h 30 pour être à l’heure la Clinique qui fait des bébés.

Dans la salle d’attente, nous regarder toutes « par en dessous », chuchoter un bonjour, se plonger dans notre dossier, dans un magazine que nous ne lisons pas. C’est juste pour faire genre. A cette heure nous sommes toutes là pour la même chose, encore un peu endormies et anxieuses quant aux résultats.

Subir un défilé d’infirmières à heure fixe, écouter leurs théories sur le sujet : « A la première FIV ça ne marche jamais, il en faut au moins 3, je connais des « fiveurs » qui… » Sourire à toutes ces théories sans donner prise, encaisser la quantité non négligeable de piqûres. Regarder les bleus sur les bras, se masser le ventre hyper tendu, lui parler, le remettre au centre.

Attendre, être un peu coincés à la maison.

Jongler avec les nombreux effets secondaires, ne pas dormir, tenter de tenir au boulot, pleurer pour un oui ou pour un non.

Devoir poser des congés à la dernière minute et mentir sur les raisons.

Ne trouver aucun réconfort. Nulle part, auprès de personne.

Garder pour soi les doutes et les peurs, pour ne pas effrayer.

Détester les sigles, les taux, le vocabulaire médical.

Tenter de vivre l’expérience de  » l’extérieur », faire comme si.

Déplorer le manque de lien avec la gynécologue, le manque d’humanité mais croire malgré tout en sa compétence « technique ».

Remettre de la joie, se projeter positivement dans l’avenir sous peine de se laisser submerger par ce protocole hyper-médicalisé.

Prendre soin du corps tant bien que mal, dans son ensemble, car encore une fois, il est durement mis à l’épreuve.

Explorer finement son projet de vie, de famille, de femme. Savoir désormais très exactement pourquoi on en est là ensemble.

Que ça marche ou pas, je ne t’en parlerai plus.