Vous parler de vous

J’ai besoin de vous parler de vous.

Qui rendez ce blog vivant, qui me répondez en bienveillance, qui venez me bousculer et me faire réfléchir, qui au fil des échanges devenez proches, confidentes à la fois lointaines et néanmoins intimes des mots que je viens déposer ici.

Le déclic vient des mots échangés avec Anouchka, ma grande sœur du blog, celle qui me suit depuis mes presque débuts. Je sais que tu ne m’en voudras pas de te mettre en lumière ici, sans ton autorisation préalable.  A travers nos échanges « off », je me rends compte de la relation qui se noue. Voilà que ce que je m’étais promis, (ne jamais dévoiler mes prénom et nom de la vraie vie, ne jamais franchir certaines barrières), s’effrite au fur et à mesure. Parce qu’ici (plus qu’ailleurs ?), il me semble avoir fait de belles rencontres, de ces rencontres riches qui viennent nourrir tant le cœur que l’esprit. Il y a de la curiosité, de l’intérêt, de l’envie à aller plus loin car l’humain est là (ça ne vous parlera pas cette expression mais c’est ma favorite, pour moi elle veut TOUT dire).

J’ai donc envie de vous parler de vous, vous par rapport à moi, vous ici, vous maintenant et peut être encore demain.

Les belles rencontres

Rouge, la Rouge des mots, la Rouge des photos, la Rouge des moments partagés et des visites culturelles, la Rouge coup de cœur, la Rouge malheureusement trop lointaine, la Rouge au rire frais et doux, la Rouge qui donne la pêche, la Rouge qui donne à lire et à réfléchir…

Sarah. Je crois pouvoir dire que nous partageons le même « Innerworld », tes mots viennent toujours résonner, chatouiller, émouvoir, embellir, fleurir. Ton blog est beau et précieux, une lecture dans laquelle je me retrouve presque toujours.

Delphine la fée. Dans ce monde que je vois souvent comme « requinesque », ta proposition de partage d’une journée de travail m’a particulièrement touchée. Je l’ai vécu comme un cadeau, un cadeau rare lorsqu’au final on ne se connait pas tant que ça. Une journée mêlée de stress (se montrer à la hauteur !) et de gourmandise à découvrir ton cadre de travail.

Les bloggeuses « voisines »

Anne-So ton chemin, me plait et m’inspire souvent, il me donne à réfléchir, me permet de me poser. Il m’accompagne en quelque sorte sur les petites pistes que j’ai envie d’emprunter mais tant de mal à investir.

Folène. La maman douce et créative, rêveuse et combative. La présence discrète dans mon grand moment de douleur… Un infini merci pour ce message qui est venu me réchauffer l’âme le jour où…

Les bloggeuses « mêmes combats »

Julie, au delà de tes colères et de tes engagements dans lesquels je me reconnais très souvent, il y a la touchante artiste (que j’espère bien croiser un jour !).

Moune car notre travail au fond est très similaire même si nous l’exerçons dans des cadres et philosophies très différentes. Je te rejoins dans tes nombreux cris de colères et dans tes combats personnels.

Les garçons qui inspirent et font réfléchir

Alain et Pierre

Celles qui impressionnent un peu

Christie, Caroline, Camille, Coumarine,  Gicerilla, GBalland

Les nécessaires visites

Hermione, Julie, Muriel, Maryline, MaPomme

Et les autres nombreux-ses, que je n’oublie pas…

Publicités

Le truc à la noix qui m’énerve

Vénérable Directrice me demande de passer dans son bureau.

Un nœud se forme à la vitesse de l’éclair dans mon estomac. Quand elle me demande de passer, c’est rarement une bonne nouvelle…

Vénérable Directrice est embêtée, elle souhaite que je quitte mon grand bureau pour y installer le pôle administratif et que de mon côté, j’intègre le plus petit bureau de Maison Company (lequel n’a pas de clim, est mal agencé, est trop exposé à la lumière à mon goût).

Rapide concertation avec moi même… je dis oui.

MONSTRUEUSE, MONUMENTALE, erreur.

Me voilà reléguée loin de mes collègues, isolée et surtout exposée aux bruits, aux passages et à l’inconfort.

Pourquoi ai-je accepté ? Parce que j’ai un petit fond de bêtise, je dois bien le dire. J’ai toujours envie d’arranger, apaiser les conflits et au final, c’est moi qui trinque. Car, ce que je pensais être une formalité, un changement sans conséquence, vient me perturber et me déstabiliser.

Mon ancien bureau, j’y tenais. Une pièce fraîche avec une petite fenêtre, un grand espace d’accueil, à côté de super collègue (pour débriefer les entretiens et aussi rire un peu entre les RDV, nous préparer des tisanes après le repas).

Je mesure (et pense à toi Moune) combien il m’est important d’évoluer dans un cadre serein, adapté tant à mes besoins qu’à mes petites habitudes.Voilà que mon quotidien déjà difficile est venu s’assombrir d’un coup.

News from the World : march

J’ai eu 38 ans, un jour de fête internationale des femmes. J’aurais aimé que cet instant, cette journée ne s’arrête jamais. Non pas parce que je tire une fierté à avoir 38 ans (car au fond cet âge me semble de splus irréels). Mais juste parce que pour la première fois, j’ai touché du doigt un sentiment de paix intérieure. Une plénitude impossible à qualifier. Un repas avec tous les aimés, tout le long de la journée des signes d’affection, d’amitié, d’amour et des cadeaux, comme je n’en n’ai jamais eu. Juste du bonheur.

Voilà que la « colère professionnelle », revient m’habiter avec violence. Notre cadre de travail ne cesse de changer, d’être bousculé au détriment de l’accompagnement des personnes, des contraintes institutionnelles imposées en dépit du bon sens. Je m’oppose et je souffre. Le chiffre au détriment de l’humain, du lien social, de la qualité de l’accompagnement. Les techniciens que nous sommes sont méprisés. Pourtant nous sommes présents tandis que ministres et mesures à la noix se sont succédé jusqu’ici, infatigables pansements sur une jambe de bois tandis que l’autre se gangrène. Plus j’avance et plus ces pratiques me deviennent intolérables. Je trouve les gens gentils. Gentils de ne pas se rebeller, gentils de ne pas tout faire péter, tant ils sont malmenés. Je me contente de petites victoires, il y a bien longtemps que j’ai renoncé à faire des étincelles. Je souhaitais être une professionnelle incontournable, la « meilleure ». Je ne le serai jamais. J’écoute, je considère, je suis un miroir, je tiens la main…

Un nouveau Pape. Le temps m’a rendue agnostique et pourtant ce Pape, dont je ne sais rien au fond, a fait naitre en moi un certain espoir. J’ai aimé les mots simples, les bains de foule, les objectifs sans doute irréalisables mais sincères. J’ai regardé la cérémonie comme plongée dans un autre siècle, mi amusée, mi impressionnée. Francesco, une promesse.

François. Que de déceptions depuis le jour de ton élection. Que de promesses que tu foules un peu plus aux pieds chaque jour. Je suis malade à mon pays, malade de voir ce que tu en fait, aidé par une bande de ministres risibles. Je suis si déçue et tellement en colère que j’en viendrai à rallier le propos de notre Gérard national. Ne vois tu donc rien, n’entends tu pas les difficultés énoncées par les Français ? Il me semble que non. Tant d’amateurisme, de manque de créativité et de bon sens me laissent dubitative et sceptique. Il me semble que ce n’est ici que le début d’une longue dégringolade.

En mars, on a encore bafoué la laïcité. Débattre ici sur la question est impossible et un peu casse gueule, j’ai toujours peur que mes mes propos soient  mal interprétés et sources de confusion. Je vous  renvoie sur « l’affaire » de la crèche Baby-Loup. Il n’est nullement question pour moi de stigmatiser une religion. A mon sens, les signes religieux quels qu’ils soient n’ont pas leur place à l’école et encore moins à la crèche. Je suis et demeurerai une défenseure acharnée du principe de laïcité, pour peu que ceux qui nous gouvernent ne légifèrent pas à tout va, pour créer encore plus de troubles et d’opacité.

Ayrault nous dit qu’il sait où il va. Il est bien le seul à le savoir, d’ailleurs, s’il pouvait nous indiquer une quelconque direction, ça pourrait nous aider à comprendre sa politique…

J’ai renoué avec mes repas de filles. Quand on parle chiffon et pas que, quand on se sent relié par cet indescriptible fil, celui qui fait se sentir dans ce qui me plait d’appeler une communauté d’âmes. J’en avais besoin, ça m’a manqué. J’ai savouré avec plaisir cette douce « fraternité ».

Des hommes…

Aux mains abîmées, aux visages burinés, aux dos courbés, aux yeux fatigués de ne plus dormir

Des cadres, avec des CV sur 3 pages, des « primo-arrivants » sans CV

Qui veulent  faire « n’importe quoi »

Qui ne souhaitent pas brader leurs compétences

Qui viennent accompagnés par la femme nouvellement épousée qui traduit la conversation ou qui ne peut rester seule à la maison, par un ami qui héberge, par la mère qui a besoin de savoir ce que l’on conseille « à son enfant »

Qui vivent seuls ici et envoient de l’argent là bas

Qui sont célibataires et qui en crèvent

Qui ont composé une puis deux familles et qui doivent payer les pensions alimentaires

Qui sont seuls avec leurs enfants et qui doivent composer

Qui sont venus pour se marier

Qui sont hébergés ou habitent en camping et qui ont honte

Qui ont besoin d’aide pour un CV, pour une lettre, pour trouver une formation, pour travailler immédiatement car il y a urgence, qui sont indemnisés et qui peuvent attendre (un peu)

Qui ne lâchent rien de leur souffrance parce qu’ils ont leur fierté, qui se répandent dans le bureau car il faut être « fort » devant les enfants, devant Madame qui met la pression, qui craquent et osent laisser couler leurs larmes car tout devient insurmontable

Qui ont besoin qu’on leur tienne la main dans chacune de leurs démarches, qui courent dans tous les sens, connaissent toutes les administrations, font la queue des heures à l’accueil de la Préfecture sans décrocher le précieux sésame, sans jamais se décourager, ni renoncer

Qui ont besoin de tester leur potentiel de séduction sur leur conseillère emploi…

Qui ont oublié de s’habiller correctement, de se peigner, de se laver, se désodoriser, se parfumer

Qui viennent un brin alcoolisés, qui ont trop fumé (du truc qui fait rire ou qui assomme grave)

Qui ont préparé le rendez-vous comme des malades, comme s’il y avait un enjeu

Qui ont une énergie folle, débordante, dont on sait qu’elle sera un formidable moteur

Qui ont une image tellement dépréciée d’eux mêmes qu’on sait que le travail de reprise de confiance sera long

Qui pensent qu’ils ne valent rien, que personne ne voudra d’eux, qu’ils sont « finis »

Qui ont un ego tellement surdimensionné que ça frise le risible

Qui travaillent d’arrache-pied, reprennent des études, se lèvent aux aurores, se rendent au boulot à vélo par tous les temps

Pendant que la femme se tue à la tâche, ou bien glande devant la TV, ou bien achète des fringues de marques aux enfants alors qu’ils ne peuvent pas se le permettre

Ils cherchent auprès de moi une méthode, du cadre, une écoute attentive et bienveillante, que je les booste ou que je les « porte »

Certains voient en moi une accompagnatrice, une représentante de (l’injuste) Institution, parfois à la marge une grande sœur

Mais tous, et chacun à sa manière, terriblement attachants…

Ecran de fumée

Est ce l’hiver qui insidieusement m’étreins dans ces griffes, à un point tel que tout me devient pesant et insupportable.

Je lutte contre des nuits sans sommeil, des crises d’angoisse.

Mon corps se traine, quant à mon esprit il ne tourne plus très rond.

Comme cette société d’ailleurs que je ne comprends plus.

Est ce mon travail qui de jour en jour et de plus en plus me fait côtoyer la misère, qui me rend fragile, en colère.

Il me semble que tout, lentement se délite, s’effrite dans un assourdissant silence…