Fille d’automne

La fraicheur est revenue et avec elle la « liste de mes envies ».

J’ai le sentiment de revivre. Pouvoir profiter à nouveau des extérieurs, me balader dans ma campagne et surtout m’occuper de ma maison que j’ai laissé en friche tout l’été.

Cet été, j’ai le sentiment d’avoir vécu dans une grotte. Enfermée, les fenêtres ouvertes en soirée seulement, peu de sorties, peu de loisirs, beaucoup de retranchements et de renoncements aussi.

J’ai retrouvé une énergie.

Celle de redonner « visage humain » à mon antre. J’ai rangé, frotté, fait brillé et j’en ai ressenti une immense satisfaction intérieure, un soulagement. Rendre belle ma maison, me permet de ranger mon propre intérieur, prendre de la distance, me sentir soulagée.

Et puis, plus je vieillis je crois et plus je ressens le besoin physique de nature. Toucher les arbres, être en forêt, me retrouver dans une végétation verdoyante et luxuriante sont des essentiels à mon équilibre. Sortir le matin tôt ou en revenant du travail sont des SAS indispensables à un quotidien qui me devient de plus en plus pesant.

Me projeter, notamment par rapport à ma maison, réfléchir à ce que je vais faire de cette horrible cuisine, embellir mon cadre de vie, me réveille un peu.

Au fond, je suis de l’automne et du printemps aussi…

Ici et maintenant

Tous les jours, recommencer l’aventure du repas : cuisiner, choisir des couleurs différentes, mâcher longuement, poser les couverts le plus souvent possible, prendre les repas dans un cadre paisible, se rendre chez le primeur plutôt qu’en grande surface pour choisir des produits plus gouteux (et donc onéreux). Respirer longuement dès que le besoin de manger se fait sentir en dehors des repas. Lutter mais paisiblement (l’hyperphagie n’est pas une fatalité m’a t on répété !)

Un signe d’amitié, d’une personne inattendue. Je prends ce cadeau et savoure.

Une visite chez l’acupresseuse et tout de suite après mes oreilles qui se bouchent, comme si certaines vérités ne pouvaient plus être entendues.

Les balades matutinales, devenues indispensables. J’aime cette connexion à ma nature (à mes montagnes Pierre ;). Mes racines, ce qui reste tangible quand tout tangue à l’intérieur. Je ressens un vrai bien être après ma marche rapide du matin, après avoir contemplé les couleurs, écouté les oiseaux, avoir ressenti ce que j’appellerai pompeusement une communion. Comment ferai-je lorsque j’aurais repris le travail….?

Un RDV avec le médecin du travail. Une femme merveilleuse, non pas parce qu’elle conforte mon ressenti mais parce qu’elle prend le temps, écoute, argumente, rassure, donne des pistes. Conflit éthique. C’est ainsi qu’elle qualifie ce que je ressens aujourd’hui par rapport à mon travail. Et elle a raison.

Nos faire parts sont commandés. Fidèles à ce que nous voulions : de l’onirisme, de l’enfance, de la douceur. Restent les vins, la décoration et last but not least, la cérémonie laïque.

Noël approche et avec cette fête ses traditionnelles irritations. Une fête que je n’aimais pas à la base et qui aujourd’hui me revient comme un boomerang dans la face…

Prendre chaque journée séparément et avancer. Un peu…

Care

J’ai ressorti mes livres bien aimés : professionnel, « bien être », pour me ressourcer  et pour ne pas perdre le sens

Je me suis replongée dans mes mantras, rangés jusque là confortablement dans mon portefeuille. Ils sont désormais sur la table nuit et dans l’agenda. Histoire de me gorger de positivisme.

Je me suis mis à cuisiner, c’était plutôt réussit…

Je suis allée chez l’esthéticienne  me faire papouiller. J’ai rencontré une personne délicieuse aux doigts de fée, qui pendant une heure à fait de moi la personne la plus belle et importante de la terre. Un moment d’absolu douceur.

J’ai déjeuné avec des cops et fait une soirées de collègues : rafraichissant !

J’anime un collectif avec super collègue de travail et je me régale. Je prends enfin le temps de prendre le temps et d’accompagner « autrement ».

J’ai demandé et obtenu un renouvellement de mon 80 %.

Pour me mettre au centre, prendre soin de moi et tenter de m’apaiser…

Le piano de mon père

Mon père avait un immense piano auquel il consacrait tout son temps. Il y faisait ses gammes le jour, travaillait de nouvelles partitions la nuit. Inlassablement.

J’ai toujours été jalouse de cet objet, qui avait pour lui une immense importance. Bien plus que je ne pouvais en avoir, me semblait-il.

Mon père a toujours dit de son métier qu’il était pour lui une passion. Son indispensable.

Une passion que je n’ai jamais comprise, une passion dévorante, douloureuse souvent. Je ne m’y suis jamais intéressée et lorsque, par de rares fois, je m’en suis approchée, voulant tenter moi aussi de jouer, il n’était jamais loin, disant que je n’avais pas les gestes, pas la bonne lecture, que pour réussir, il fallait faire plus de gammes…

Nous n’avons jamais réussi à nous accorder.

Mon père était un cuisiner absorbé. Un homme de création qui donnait tout par sa cuisine. Une cuisine riche, généreuse, rassurante.

Est ce pour cela, que j’ai depuis toujours la cuisine en horreur, que manger est plus une douleur plus qu’un plaisir. Il y a des raccourcis faciles… Mon père et moi ne nous sommes jamais rencontrés. Ce n’est pas une douleur mais un renoncement. Un parmi d’autres.

Cette semaine, tandis que nous visitions sa tante malade, j’ai découvert mon père. Attentionné, à l’écoute, doux, inquiet même. Comme je ne l’avais jamais vu. Comme pour toutes choses de la vie,pour les petits et les grands évènements, mon père avait préparé le repas. Pour elle, qui ne cuisine presque plus.

Elle a aimé et lui était aux anges. Sa musique, encore une fois avait atteint sa cible. Au cœur.