Corps défendant

Toute une vie à cohabiter.

A naitre, grandir, souffrir, aimer, rire ensemble.

Toute une vie à le porter, à devoir l’assumer, à l’afficher, qu’on le veuille ou non.

Parfois, il nous « ressemble » et c’est une chance folle et parfois, il ne nous ressemble pas.

Alors, la vie ensemble devient un calvaire.

La vie avec mon corps a été difficile pendant près de 35 ans. Les prises de poids, les pertes de poids drastiques, le corps déformé, endolori, semblant évoluer à côté de mon esprit, mon âme, ma tête…

A 40 ans, nous commençons à mieux nous entendre, à discuter, à parlementer, à vivre tranquillement l’un avec l’autre. Pas en paix non, juste tranquillement.

A 40 ans, j’ai renoncé. A avoir un beau corps, à bouger avec aisance, à attirer de beaux hommes, à avoir une histoire avec eux, à avoir des enfants, à mettre de jolies robes au dessus du genou, à m’affamer.

Je n’ai pas choisi d’assumer, j’ai décidé de me regarder et de faire avec. Avec les bourrelets, avec les fesses rebondies, avec …tout le reste.

Ça se remet un peu à bouger à l’intérieur, ça revit et ça refleurit.

Et puis BAM. La pré-ménopause.

Ce qui semblait loin, comme un lointain et mauvais souvenir, revient devant et prend toute la place.

Ce sentiment diffus, de n’avoir jamais vraiment été une femme et de ne plus l’être tout à fait. Déjà, si jeune. Perdre définitivement l’illusion ancrée au fond de mon cœur que je pourrais être mère.

C’est comme si tout le chemin était à refaire. Encore et encore…

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Les choses arrivent quand elles veulent…

Chaque année, en début d’année, je remplis la liste de mes envies, pour qu’elles s’inscrivent, pour qu’elles prennent corps, pour qu’elles s’envisagent en tant que projet à réaliser.

Cette année, à la fois je n’en ai pas eu le temps et surtout et surtout ma liste n’avait pas de « corps ».

Mes intentions printanières commencent à pousser :

– bouger mon corps, le remettre tranquillement en mouvement et surtout le reconnecter à la nature,

– m’éloigner de la TV et des réseaux sociaux (je suis accro à instagram, c’est hyper moche) et me replonger dans mes livres, ils me manquent,

– trouver ABSOLUMENT une activité pour la rentrée. Du doux, du pas prise de tête, du flexible,

– me consacrer cette année, me recentrer, faute de m’épanouir professionnellement,

– étudier de plus près l’alimentation intégrative (si ça te parle, on s’en parle en mp),

– « étudier » la ménopause et ses effets, lesquels me rendent bien plus sensible que je n’étais déjà…

– aménager mon bureau qui ressemble à un vaste chantier et non plus à un lieu de lecture et de réflexion (je ne comprends pas pourquoi je peux organiser et ranger TOUTE la maison, sauf le bureau…),

– choisir le sens que je dois donner à ma vie…

La vie choisira ce qu’elle réalisera en 1er.

 

 

Entre 4 yeux

Le jeu du questionnaire. Again.
1- Quand êtes vous déjà morte ?
Je crois pouvoir dire que mon parcours FIV a tué quelque chose en moi… et fait naitre autre chose. Je suis autre me semble-t-il depuis ce parcours.
2- Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le besoin d’aller travailler pour vivre, me nourrir, m’habiller, me soigner… Et le sentiment profond, ancré, que le métier que j’exerce a du sens, que mes actions au quotidien peuvent aider des personnes qui en ont besoin.
3- Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

Ils se sont envolés et aucun ne s’est réalisé, sinon mes rêves de voyage au Canada et en Islande.

4- Qu’est-ce qui vous distingue des autres ?

Mon unicité, ma singularité.

5- Vous manque-t-il quelque chose ?

Il ne me manque pas des « choses ». Il me manque une famille plus grande, plus unie, il me manque la foi, la confiance en moi, il me manque de vivre avec mon mari…

6- Pensez-vous que tout le monde puisse être artiste ?

Je pense que nous avons chacun.e une part d’artiste en nous. Aboutie ou non. En cela, je pense que tout le monde ne peut pas être un.e artiste.

7- D’où venez-vous ?

« De chez les moches » comme l’écrit Despentes.

8- Jugez-vous votre sort enviable ?

Le sort. Je déteste ce mot. Tout dépend d’où on me regarde. Je sais que certaines personnes m’envient, car elles me l’ont dit. Je pense, oui, que j’ai une chance folle d’avoir ce.ux que j’ai.

9- À quoi avez vous renoncé ?

A la maternité, à avoir une famille unie, à être svelte, à faire science po…

10- Que faites-vous de votre argent ?

Je place ce que je peux, le reste me sert à vivre et à payer mes factures…

11- Quelle tâche ménagère vous rebute le plus ?

Strictement aucune . Le ménage est cathartique pour moi. Il me fait bouger, me vide un cerveau parfois trop occupé.

12- Quels sont vos plaisirs favoris ?

J’en ai une multitude. Lire, me balader, prendre un verre en terrasse, visiter une exposition, passer du bon temps en famille, un bon resto, un ciel traversé par des oiseaux….

13- Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Un bon pour un tour du monde.

14- Citez trois artistes vivants que vous détestez ?

Je ne déteste aucun artiste. Ceux que je n’aime pas, je ne les écoute ou ne les lit pas, je ne m’y intéresse pas.

15- Que défendez-vous ?

La Laïcité, la Paix, La Liberté, L’Égalité

16- Qu’êtes-vous capable de refuser ?

Une action avec laquelle je ne serai pas en accord, qui serait opposée à mes valeurs.

17- Quelle est la partie de votre corps la plus fragile ?

Oulà attention longue liste : ma peau, mes cervicales, ma voix et bien sûr ma mâchoire, que je soigne depuis 2 ans.

18- Qu’avez-vous été capable de faire par amour ?

Attendre…

19- Que vous reproche-t-on ?

D’être trop gentille, trop lente, trop barrée parfois.

20- À quoi vous sert l’art ?

A m’éveiller, à m’émouvoir, à m’adoucir, à m’ouvrir au monde, à rêver, à m’élever.

21- Rédigez votre épitaphe.

Je suis incapable de faire cela.

22- Sous quelle forme aimeriez-vous revenir ?

Une autre moi…

(Les Inrocks n°416. Questionnaire Sophie Calle)

Débusquer la lumière

Se lever tard et se laisser réveiller par le chant entêtant des oiseaux ;

Fermer les radiateurs et laisser entrer en grand la lumière, le soleil, la fraicheur du petit matin ;

La lumière, ce bien si précieux, me fait me sentir incroyablement vivante, en parfaite harmonie avec cette nature éclatante et piaillante ;

Recevoir des mots d’amour et me dire que décidément, je ne dis que trop peu que j’aime ;

Baigner mon corps trop sec au son de la voix douce de Thierry Marx, chez Eva Bester. J’aime follement ces deux êtres que je ne connais pas mais qui m’inspirent. J’éprouve une grande admiration pour Thierry Marx qui évoque tant de choses chères à mon cœur.

Le temps de la méditation. Celle de l’amour bienveillant, hyper puissante !

Lire sous le plaid, en écoutant tomber la pluie.

Manger tranquillement, sans TV (ouiiiii je sais) et respirer.

 

 

 

Conversation intérieure

J’ai besoin de beaucoup dormir = la faute à la grippe dont je peine à me remettre.

J’ai des valoches, la peau qui tire, tout le temps soif, froid, puis chaud. Je suis capable de pleurer devant une pâquerette et d’avoir envie la seconde suivante de dégommer tout ce qui passe = la faute à la pré-ménopause.

Je ne sais pas pourquoi tout cela me fait penser au printemps, qui peine à sortir. Des bourgeons, quelques fleurs puis le froid, puis la pluie.

La pluie me rassure. Elle me donne des excuses. Celle de ne pas sortir, celle de n’avoir pas à partager que je reste chez moi, car ma vie sociale est un innommable désert, je ne parle même pas de ma vie culturelle. Je ne peux pas faire l’aveu que tout me coûte, tout me pèse. Parfois, je déplore ce quotidien dépeuplé de visages, d’amitiés et parfois la solitude est un confort que j’apprécie…

J’aime mon nouveau travail. J’accompagne des personnes qui en l’occurrence sont mes collègues. Nous portons, pour la plupart, les mêmes valeurs fortes de service public. Je peux dire que je fais de vraies rencontres qui me font réfléchir et avancer, autant que je leur donne de grains à moudre. C’est fluide. Fluide et tellement difficile à côté. Quand aurais-je le plaisir absolu et plein de me lever pour aller bosser, pour faire ce que j’ai à faire en sérénité. J’ai peu connu cela dans toute ma carrière professionnelle. Le domaine du social est finalement très auto-centré. Il me semble que nous avons des années lumière de retard. En matière de management, d’anticipation, de projection.

Combien de temps vais-je rester ? La question est plutôt, combien de temps peut-on tenir en équipe réduite, à 40 heures de travail par semaine, sans feuille de route, sans reconnaissance, avec la bride serrée, sans pouvoir se former sur l’année à venir. Fondamentalement, je n’apprends rien. Je fais des rencontres, je me nourris mais c’est tout.

Je n’ai pas l’énergie de chercher ailleurs et pourtant, chaque jour, je pèse le pour et le contre. Pourquoi j’aime certaines choses, fortes, qui font sens pour moi. Comment je fais pour transiger avec d’autres choses qui me paraissent totalement iniques… Je ne sais pas. Je me lève, j’y vais et le lendemain j’y retourne.

Hyper dur d’avoir plus de 40 ans et la peau sèche…