Crash test

C’est ma première réunion d’équipe depuis ma prise de fonction.

Je la mène seule car Vénérable Directrice est en vacances. Et moi j’aime bien quand Vénérable Directrice est là. D’abord parce qu’elle a un regard encourageant et ensuite parce qu’elle a une manière de poser le cadre, bien à elle, du genre qui ne se conteste pas.

Il y a un peu de stress. Le regard de l’autre, l’appréciation de l’autre… Ces considérations anodines mais pas tant que cela finalement.

Je me suis autorisée à changer la configuration de la salle de réunion, j’ai rapproché toutes les tables afin de créer un ilot central et non plus des tables disposées en U.

Je déroule mon petit programme, déroule les sujets, distribue la parole, prends des notes.

Tout se passe bien, jusqu’à ce que l’on évoque LE sujet, celui qui crispe tout le monde, celui qui cristallise. Il n’est pas amené par moi. J’avoue que je l’aurais pas présenté tel que cela a été fait mais c’est ainsi, par ailleurs, je n’ai pas eu le temps de me caler avec la porteuse de projet.

Et là c’est le bouzou complet. Je tente de reprendre les commandes mais impossible. On s’énerve, on s’excite et moi aussi.

Je me sens attaquée, je ne sais pas pourquoi. Je monte le ton (et le son qui va avec).

C’est drôle la vie d’une équipe, c’est curieux de voir un processus monter, atteindre son paroxysme puis redescendre. Nous sommes des professionnels, adultes, nous nous respectons professionnellement mais il y a des moments de décrochage où la colère s’exprime et ressortent des tensions irrésolues, des contentieux jamais vraiment réglés.

Et cette histoire, qui n’est finalement pas grave, prend des proportions qui me dépassent et que je n’arrive pas à gérer. Professionnellement, émotionnellement. Il me faut « relire » la scène pour prendre le recul nécessaire, une amie m’y aide. Mais ce n’est pas suffisant.

Le poids est présent, récurrent et pour tous. Je ne comprends pas que l’on s’emporte pour quelque chose qui me semble non pas anodin mais pas si grave.

Le grave, je le sais, n’est pas là.

Je commençais à me sentir bien, voire très bien dans mon poste, à me reconnecter à cette part de moi, qui s’était un peu diluée dans la fonction que j’occupais jusque là.

Il m’a manqué la confiance, le calme intérieur, le soutien, la prise de recul.

Il me manque une « supervision » en dehors de ma structure, avec une personne « extérieure ».

A vouloir être partout, on ne produit à mon sens que du superficiel.

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News from the world : october

Une prise de poste et des angoisses /

Un RDV chez un magnétiseur qui ressemble étrangement à Daniel Craig /

La pratique du Taï chi /

La prévision de nouveaux achats pour la maison avec Namoureux /

La révision du concours et le sentiment qu’il n’y a plus de place dans mon cerveau /

Assister à des réunions où je m’ennuie ferme (c’est moi ou bien ?!!!) /

Reprendre des RDV réguliers avec ma PsyFée /

Des nuits blanches faites d’angoisse et de cauchemars /

Mon père que je vois pleurer pour la seconde de ma vie à l’annonce de notre FIV qui a raté, ses confidences qui viennent me percuter droit dans le cœur. Serions nous en train de nous rencontrer ? /

Le temps qui passe à une folle allure /

Les mots de belle-maman, forts, durs, en l’absence de Namoureux, dont je ne sais pas trop quoi faire… /

Beau papa qui me choisit, moi, pour crier sa solitude et déplorer l’absence de liens avec ses fils /

L’organisation de Noël, qui déjà me tracasse et me met en rogne (mais pourquoi est ce toujours aussi difficile à organiser ?!!!)/

Delon et le FN, Marine et le FN, Marion et le FN, les chiffres du FN : au secours !!! /

Les primaires à Marseille et les cadors du PS qui se tirent dans les pattes : risible et pathétique /

François toujours aussi décevant, à la politique inefficace et clivante /

Les joueurs de foot qui insultent gratuitement, comme de vulgaires racailles, qui évidemment ne sont pas punis : remboursez ! /

Droit du sol, droit d’asile : Vals, Copé, Marine : jusqu’à l’écœurement /

La grève dans le foot : ils n’ont pas honte de leur indécence et tout le monde trouve ça normal, les pauvres chéris. Ce « sport » décidément est une insulte perpétuelle.

Back to…

Je suis retournée la voir, comme on renoue avec une vieille connaissance.

Elle est si éloignée de moi et connait paradoxalement dans les moindres détails mon intime.

Depuis nos premiers RDV, je sais qu’elle ne gère pas l’émotionnel. Il l’encombre, la gêne. Aussi, je lui ai épargné tout ce qui touche de près ou de loin au ressenti, à mes sentiments.

Nous avons parlé technique, calendrier, médocs. Histoire de bien rester en superficialité.

J’ai quand même balancé sur l’incompétence de l’anesthésiste qui m’a littéralement massacré le bras.  Elle a écouté distraite et m’a donné le nom d’un autre praticien.

Un nouveau RDV est donc pris entre nous et nos cellules.

Je crois que je m’y ferai jamais.

J’ai du mal à regarder ces couples, dont nous faisons partie, embarrassés dans la salle d’attente et d’autres fiers, parce que le ventre de Madame est très arrondi. Certains ont l’attitude frondeuse. Ils sont de ceux qui ont franchi brillamment les étapes et ont atteint le graal. Je ne peux être qu’heureuse pour eux. Je sais par quoi ils sont passés, je le suppose. Pour autant, enceinte ou pas, je ne pourrais jamais oublier la douleur, les questionnements, les nuits sans sommeil, la peur, la solitude.

Encore une fois, je me prépare psychologiquement. Je reste loin de tous les termes auxquels je ne comprends rien et ne veux rien comprendre, Namoureux s’en charge.  Je refuse, je me protège. Pour la seconde fois, je vais devoir chercher loin l’énergie, investir le quotidien autrement et tenter de traverser cette nouvelle épreuve sans trop de heurts.

Pesanteur

J’ai pris mon poste avec une semaine d’avance. Sans pouvoir « tuiler » avec celle que j’allais remplacer, car moi-même je ne l’étais pas sur mon poste. Ma remplaçante vient d’arriver mais je n’aurai pas plus de temps avec elle, tant il y a à faire sur mon nouveau poste.

Les cordonniers sont définitivement les plus mal chaussés.

Nous qui sommes « spécialistes » de l’emploi et accordons une attention toute particulièrement à la manière dont nos candidats sont accueillis et prennent leur poste en entreprise, nous sommes incapables de nous l’appliquer.

Je cours dans tous les sens, je découvre, je déchante ou m’enchante, c’est selon.

Cette nouvelle place qui est la mienne est inconfortable. Je ne suis plus tout à fait conseillère emploi. Mon poste de chargée de mission m’éloigne de mes collègues, me permet de prendre une certaine distance, m’oblige à analyser ce que je ne voyais pas jusque là, à devoir trouver des solutions harmonieuses tant la résistance au changement est prégnante. Cette transition est particulière, difficile par bien des aspects, je prends ce poste dans une relative solitude, avec des compétences nombreuses à construire.

Dans le même temps, je prépare un « concours », que je présente début novembre.

Aussi, j’ai le sentiment de ne plus toucher terre. Mes journées filent à la vitesse de l’éclair, sans que j’ai le temps de me poser.

Elle est curieuse cette sensation d’avoir toujours eu à me battre pour monter les échelons. Et puis, il y a cette récurrente question qui vient s’abattre sur moi : celle de la légitimité.

Ma direction a pensé à moi pour ce poste, ce n’est pas tout à fait anodin. Mes collègues ont pris la nouvelle avec sérénité, ce devrait être un signe aussi. Mais non, c’est contre moi que je me bats et cette légitimité que je ne me donne pas.

La légitimité de l’être et la légitimité de la professionnelle. En écrivant cela, il me semble que je boucle la boucle et que tout s’éclaire…

Not yet

Je suis rentrée, j’ai descendu tout le chocolat, jeté les derniers médicaments et rangé les ordonnances.

J’ai pensé à ma grand-mère maternelle qui a eu 10 enfants et n’en désirait pas la moitié, à ma grand-mère paternelle qui a 19 ans, a tout fait pour se « faire passer » son fils unique. J’ai pensé à ma marraine, aujourd’hui décédée, qui il y a 50 ans a eu sa fille adorée à l’âge de 39 ans.

Je me suis sentie vide. Aussi vide que le sont mes cellules.

Vide et lasse. Une semaine que je ne dors presque pas. Tiraillée entre cette décision professionnelle à prendre et l’angoisse des résultats.

J’ai pensé à mon corps, mis à rude épreuve, à l’anesthésie dont je me remets difficilement.

J’ai pensé à ces 3 couples qui comme nous ce jour là entraient pour la première ou pour la énième fois dans l’aventure.

J’ai pleuré. Fort. Comme je le fais dans ces moments de terrible angoisse où tout semble flou et nébuleux. Infiniment douloureux.

Je n’ai accusé personne. Ni la vie, ni un Dieu, ni nous.

Et puis j’ai respiré un grand coup. Parce que la vie, malgré tout, est partout et qu’il faut composer avec. Continuer.

Ce ne sera pas pour cette fois.

Nous ne serons pas parents.

C’est comme une punition, une maltraitance, un droit qu’on nous retire.

C’est comme un rendez vous manqué avec la vie, avec notre famille. C’est comme une impression de quelque chose qui se dérobe sous mes pieds mais qui me laisse tenir debout, chancelante, meurtrie, aphone.

Et pourtant, si, la vie est partout…

Sauter le pas

J’ai dit oui, la boule au ventre et je l’ai regretté immédiatement après, comme je le fais pour toute chose.

J’avais pourtant le sentiment d’avoir suffisamment réfléchi, d’avoir pris la mesure des choses : le poste, ses avantages, ses inconvénients et tous les enjeux autour.
En amont, j’ai pris l’avis de plusieurs personnes de mon entourage et de Namoureux. Tous m’ont encouragée, Namoureux lui a attiré mon attention sur ma fragilité actuelle.

Ce qui m’a décidée, c’est le rêve que je nourris depuis longtemps d’accéder à ce type de poste. M’éloigner un peu de l’accompagnement pour aller sur du projet, de la coordination.

Je sais très exactement pourquoi c’est moi que l’on a choisit. Ma rigueur et ma personnalité des plus consensuelle. Je suis faite de ce bois qui ne fait pas de vague…

Après avoir dit oui, j’ai paniqué et j’ai failli faire marche arrière. La tâche est immense et moi je me sens toute petite. Petite comme la petite fille planquée tout au fond qui a grand besoin d’être rassurée, qui n’a pas confiance.

Mais un employeur, qui vous connait depuis dix ans ne vous prend pas dans ses bras pour vous rassurer.

J’ai beaucoup pleuré, parce que sauter un grand pas, demande beaucoup d’énergie et vient toucher l’émotionnel.

D’ailleurs, sauter le pas, c’est devenir grande. Je serai plus exposée (je vais courir, déjà, pas moins de 5 réunions d’ici à la fin novembre), je vais devoir aussi « gérer » une équipe que je connais sur le bout des doigts depuis 10 ans. Le challenge est là. Écouter, respecter les personnalités de chacun-chacune (et leurs susceptibilités), insuffler une dynamique.

En faisant le bilan de ces dix années, j’ai mesuré à quel point tous les changements se sont produits dans la douleur. Le plus positif pour moi dans ce métier, c’est l’autre. Celui que j’accompagne, que je dois rencontrer, décrypter à chaque nouveau RDV. Mais au bout de 10 ans, il y a une misère, des difficultés récurrentes éreintantes, que je n’ai plus vraiment envie d’affronter aujourd’hui.

J’ai dit oui comme on dit oui à la glace au chocolat alors qu’on aime tout autant la glace à la vanille (hasardeuse cette comparaison, je le reconnais…).

Ca l’énerve…

Mon côté cracra : les mouchoirs en papier que je laisse trainer dans la chambre, la salle de bains, dans les poches de sa robe de chambre (que j’utilise évidemment)

Mon côté fille : les crèmes, vernis, masques, sérums, parfums qui ne lui laissent que peu de place dans la salle de bains

Mon côté fille bis : mon besoin impérieux de faire TOUS les magasins de chaussures de sa rue lorsque je viens à Paris (et il y en a un paquet !)

Mon côté rebelle : je ne suis jamais une recette de cuisine à la lettre, je l’adapte, je compose, pas plus que je m’attache aux durées de cuisson. Pour lui, la cuisine, c’est de la précision, de la chimie, du sérieux

Mon côté rebelle, bis : les injures que j’aligne au volant de mon carrosse

Mon côté je suis à l’ouest : je n’ai aucun sens de l’orientation, j’arrive à me perdre MÊME avec Jacques le GPS

Mon côté littéraire : il suit environ 6 séries TV à la fois… que je n’aime pas regarder avec lui

Mon côté fleur bleue :  il ne comprend pas mon amour immodéré pour Yann Barthès (bah quoi ?!)

Mon côté planificatrice : prévoir les vacances 4 à 5 mois à l’avance, pour lui, c’est BEAUCOUP TROP