Le Livre

J’ai lu le livre, pris des notes, mis en application certains « exercices », pour moi, pour les personnes que j’accompagne.

Au départ, je ne lui donnais pas vraiment de crédit. Je trouve que l’écriture n’est pas harmonieuse, elle n’a aucune musique à mes yeux. Certains conseils font partie de la boite à outils du formateur, du coach, de l’accompagnateur. Ils sont connus comme Hérode.

Et pourtant, il creuse son sillon.

Le sillon qui dit « tu te gâches, vas faire autre chose, la vie est courte ».

Car oui la vie est courte et une fois encore, je me suis engagée dans un mur professionnel. Un mur, que dis-je, la muraille de Chine.

Oui, j’ai ce don pour me foutre dans des murs professionnels. A la différence près que ce que je pouvais supporter il y a trois ans encore, me devient insupportable à ce jour.

Je veux autre chose. Je mérite autre chose.

Je ne veux plus éteindre des incendies, me faire incendier (je suis décidément trop drôle !) par des responsables de service hautains et méprisants (c’est un peu pareils au fond…), qui souvent ne savent pas ce qu’ils veulent. Je veux des relations saines et douces, constructives, professionnelles. Je veux apprendre, m’enrichir. Je n’en peux plus de ce temps de travail hyper tendu, en permanence du fait d’absents que l’on ne remplace jamais.

Je ne veux plus faire 40 heures par semaine, assister à des réunions sans ordre du jour qui ne commencent et ne se terminent jamais à l’heure, je veux des commandes claires et réalisables. Tout simplement.

Je mérite de me lever le matin en me disant que je vais surkiffer ma journée, que je vais transmettre, recevoir, construire positivement. Je veux me sentir vivante, juste ça.

Le livre invite à réfléchir et à construire. L’auteur pousse à la réflexion sur sa mission « qu’est ce que je veux pour moi ».

Je le sais tellement et j’en suis si loin….

ta-deuxieme-vie-commence-quand-tu-comprends-que-tu-n-en-as-qu-une

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Investir le temps

Le temps s’égrène peu à peu.

Plus que deux petites semaines.

Mon message de départ est écrit, le pot de départ pensé, les relais de mes candidats sont en cours. Je vide mon bureau un peu tous les jours, pas trop. Je suis attentive aux messages, aux gestes, adressés par mes collègues, en freinant mes élans d’émotions néanmoins.

Je pensais que tout se ferait en douceur mais non. Mon corps se rebelle, comme à chaque changement radical (si peu au final). Je ne tiens plus debout, je flanche. Enfin, lui plutôt. Il me signifie…quoi ? je ne sais même pas.

Chaque jour, je me répète que j’ai été choisie, « C.H.O.I.S.I.E. », que ça va bien se passer. Mais ces affirmations positives, ne sont pas suffisantes. La peur est là. Et le sentiment qu’encore une fois, je vais vivre cette grande étape loin de mon Népou…

R-entrée

Re-préparer le repas la veille pour le lendemain

Re-penser aux vêtements à mettre la veille pour le lendemain

Re-prendre le chemin des bouchons

Re-chercher une activité physique

Re-trouver les collègues

Re-plonger dans le bain du stress

Re-prendre la formation, les réunions, les projets à mener

Re-nouer avec l’harassante actualité

Se re-réveiller à 6 h 30 le matin

Re-plonger dans la routine

Re-vivre en solo

Vivement les prochaines vacances…

 

La joie d’oublier

Le réveil à 6 h 30

L’ouverture de la boutique à 8 h

L’enchainement des RDV

Le déjeuner pris dans le brouhaha et la difficulté, souvent, de ne pas décrocher du boulot

Les collègues, celles rares, que je ne peux plus voir en peinture

La paperasse énergivore et chronophage

Le quotidien

Pour la première fois en 10 ans, je me suis glissée sans difficulté et sans douleur dans les vacances.

J’en ai savouré chaque seconde

Mais demain, j’y retourne…

Revue de semaine

♠ Lundi

Vénérable Directrice n’est pas là. En son absence, nous prenons certaines libertés que nous ne pourrions pas nous autoriser en temps normal. La réunion d’équipe vire à la sérieuse récréation. Il faut traiter les sujets mais nous le faisons dans un certain brouhaha. Ils sont drôles ces adultes quand la figure de l’autorité n’est pas là. Nous nous transformons, nous redevenons des enfants qui cherchent à se placer, à prendre le dessus sur les autres.

Cela montre aussi à quel point nous avons besoin de nous dire, dans notre quotidien de travail, d’être entendus.

Mardi

Je suis en récup. ce qui me permets de déjeuner avec ancienne collègue de travail bien aimée. Elle est retournée dans son ancienne machine à broyer… Malgré nos 12 années d’écart nous nous ressemblons de manière déconcertante. Physiquement, dans notre histoire, dans nos colères, dans les sujets qui nous animent, dans la place que nous cherchons désespérément à prendre auprès de nos pères. Coup de foudre personnel puis professionnel. Elle est drôle notre histoire. Elle a fait, par sa lumineuse présence, tomber les barrières. Elle a osé dire tandis que je n’avais plus de mots, elle m’a forcée à la douceur en me prenant maintes fois dans ses bras lorsque j’étais sur le fil. Elle a remis de l’humanité. Pour tout cela, je lui suis d’une infinie reconnaissance.

J’ai RDV chez une photographe professionnelle. J’ai envie de faire un cadeau à Namoureux. Quelle douleur que de se soumettre ainsi à l’objectif… Quand on aime…

Mercredi

Mon après midi est faite de « RDV Messieurs ». Accompagnant majoritairement des femmes, ces RDV sont rares, pas exceptionnels mais rares.

Je retiens le premier RDV. Un jeune homme que je vois régulièrement depuis plusieurs mois, au gré de ses missions. Un garçon attachant, qui se donne du mal, qui se bat à la fois contre la solitude et contre quelques patrons qui n’ont pas eu peur d’abuser de son statut d’étranger maitrisant mal la langue et les rouages de l’administration française. Il me parle de son découragement, de sa rancœur. Touchant dans les mots, dans la colère, dans l’envie de s’en sortir, de faire mieux que ceux restés « là bas ». Touchant dans sa confidence : sa confiance en moi. « Tu sais, il n’y a que toi qui sais me parler vrai ».

Je retiens le dernier RDV. Un homme d’âge mûr. Qui semble avoir traversé toutes les tempêtes : la guerre, le déracinement, le mariage forcé, le couple qui se déglingue, le chômage, la famille qui renie tout. Il faut tout recommencer de zéro. Il a besoin que je comprenne. La souffrance, l’errance, son état intérieur, avant de commencer le travail ensemble. Nous parlons pendant une heure. Nous parlons de tout sauf d’emploi, nous parlons essentiellement de lui. Il ponctue ses phrases de longs silences puis parfois de « vous comprenez ? ».

Oui.

Jeudi

Soirée collègues. Nos soirées deviennent de plus en plus rares et à la fois de plus en plus intenses. A quoi cela tient il ? Le métier plus difficile, plus éreintant ? Est ce parce que nous avons vieilli ? Est ce parce qu’après tant d’années, nous nous connaissons sur le bout des doigts. Nous partageons les mêmes valeurs, fortes. Celles de l’égalité de traitement, la laïcité, un accompagnement centré sur la personne. Au fond et sans doute, plus que tout autre chose, c’est cela qui nous guide et qui a fait qu’après bien des turbulences nous nous entendons encore si bien.

Vendredi

Pour quelques semaines je mène avec une de mes collègues un collectif axé sur la recherche de la compétence. C’est mon atelier préféré, celui qui me donne une pêche de fous. On découvre, à travers des exercices et des mises en situation, l’autre. Au fur et à mesure des semaines, on les sent renouer avec la confiance, mettre des mots sur ce qu’ils savent faire, prendre conscience de leurs compétences et savoirs faire. Rien de magique, juste le révélateur de ce qu’ils sont vraiment. Avoir le temps de mener ce type d’atelier, c’est juste un vrai luxe. Un luxe d’autant plus appréciable quand il est mené avec une personne dont on se sent proche et qui pratique en complémentarité.

Samedi

Cousine préférée, ma sœur de cœur, m’apprend que cousin préféré (son mari) lutte depuis plusieurs semaines contre une dépression sévère et que par deux fois, il a fait un tour aux urgences psychiatriques. Cousin préféré est un joyeux luron, une « personne soleil » comme j’aime à les appeler. Toujours un bon mot, une bonne blague, un farceur notoire, le sourire et le rire éclatants. Nous nous connaissons depuis plus de 20 ans. Je sais de lui ses doutes, ses colères noires parfois, son manque de confiance. Mais jamais, vraiment jamais, je n’aurais pu soupçonner son envie d’en finir, son désespoir intérieur. Ces deux là ont tout traversé, les pires des tempêtes. Je le voyais solide comme un roc. Le roc s’est fissuré et avec lui mes certitudes et croyances. Cette joie, ce rire si flamboyants n’étaient peut être qu’un rempart.

Ne pas oublier d’investir chaque seconde de vie…