Les larmes, encore

Elles sont revenues cette semaine, de manière intempestive, incontrôlables, intarissables.

Elles ont des choses à me dire, sans nul doute.

D’abord le fait d’avoir dû travailler 6 mois  pour 2, en l’absence de ma collègue. Un vrai challenge alors que je venais tout juste d’arriver dans ce nouveau métier, ce nouvel environnement, cette nouvelle équipe. Ces 6 mois m’ont révélé que je pouvais y arriver, que j’ai en moi cette force de travail et finalement d’adaptation. Ces 6 mois, paradoxalement, ont aussi mis à jour que je me sens bien mieux sans cette collègue… Ils interrogent, encore, la place que je me donne, la confiance que je m’accorde.

Je renoue avec la fatigue du corps et de l’esprit suite à ce contexte particulier. Des situations déjà éprouvées dans le passé et dont je ne suis pas sortie indemne. C’est drôle comme la vie nous ressert (jusqu’à la lie) ce qu’on n’a pas su digérer.

Enfin, l’insatisfaction dans ce travail, celui de n’être pas employée pour mes compétences réelles, de ne plus évoluer dans une organisation apprenante. J’éprouve une grande frustration, de l’insatisfaction. Il est difficile de s’inscrire dans des organisations, de plus en plus fragiles, qui avancent  avec des plans non plus annuels mais mensuels. C’est usant et le sens s’en trouve dilué. Ma croyance est qu’on ne peut pas investir dans le court ou moyen terme, lorsque l’on s’occupe de « l’autre », de même qu’on ne peut pas faire des économies sur le dos des gens. Mes réflexes d’ex « travailleuse du social » sont bousculés.

Des larmes du temps qui passe et qui ne se rattrapera jamais. Des larmes de regret. Des larmes de renoncement.

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La part de lui

J’ai hésité longtemps, mis un temps fou (3 ans) à quitter mon travail.

Je ne supportais plus le poids de l’administratif dans mon quotidien, le regard inquisiteur de l’institution, le cadre étrangleur, les politiques iniques en matière d’emploi et certains de mes collègues aussi.

Je suis une personne d’habitudes. J’aime le ronron. Les mêmes horaires, les mêmes procédures, les mêmes repères. L’enfant en moi a besoin de cette musique rassurante.

J’ai fait le saut (que dis-je un pas dans le vide) pour casser ce qui devenait pesant, presque aliénant.

Et voilà que je regrette. Pas tout non, mais ce qui faisait que j’aimais envers et contre tout mon métier, l’image qu’il me renvoyait de moi. La maîtrise des process, une forme d’expertise.

Aujourd’hui, revenir au statut de débutante me fait trébucher. J’ai mis tant de temps à trouver ma place, j’ai travaillé dur pour l’obtenir et j’y ai laissé beaucoup de moi… Faire des erreurs, douter, ne pas savoir me renvoie au pied des marches. Un sentiment douloureux et déstabilisant.

Je ne m’attendais pas à cela.

C’est comme un retour en arrière. L’inconfiance qui vient me brûler de l’intérieur.

En cela, je reconnais mon père… Cette part de lui me gêne, tout autant que la situation je crois…

Je ne m’aime pas dans ce nouveau travail. Je n’aime pas le service que je rends, la place que j’occupe et la manière dont je le fais. Ce n’est pas moi, ce n’est pas non plus ce que je souhaitais faire.

Je ne recrute pas, je ne réfléchis pas à la compétence, je ne professionnalise pas dans les services, « j’administrative ».

Continuer, c’est renoncer. Continuer, c’est sécuriser…