Introspections

Les thérapies, les rencontres, les coups durs m’ont poussé loin dans l’introspection. Ma nature aussi. Depuis toujours, j’ai cette tendance naturelle au questionnement, à l’analyse.

Mes dernières lectures aussi, notamment en matière de psychogénéalogie, me font poser certains constats, m’invitent à faire des rapprochements et aussi des oppositions  :

– être élevée en nourrice par une nourrice qui elle même a été élevée par une nourrice

– choisir un homme absent tandis que la présence de mon père m’a toujours manquée, vouloir faire un enfant avec un homme qui habite loin, lors que la présence de mon père m’a toujours manquée : merveilleuse façon de me faire travailler ma peur de l’abandon

– travailler dans le social, comme maman, qui a cessé son activité lors de sa rencontre avec mon père. Son plus grand regret.

– avoir une addiction à la nourriture, comme mon père, comme sa mère avant nous

– avoir des grands mères « fertiles » qui ne voulaient pas d’enfants, une mère qui souhaitait une grande famille et qui n’a pas eu d’autres enfants que moi et moi…

– choisir un métier d’aide, d’accompagnement, alors que je me suis si souvent sentie seule

– déplorer la trop grande proximité familiale et avoir des difficultés à m’en affranchir

– choisir un taiseux, comme papa

– être colérique, possessive, de mauvaise foi comme la grand mère détestée et détester lui ressembler par ces aspects

– porter et revendiquer toutes les valeurs de la famille d’accueil et très peu me reconnaitre dans celles de ma famille

– avoir tant de mal avec le corps, dans une famille où personne ne s’est jamais écouté, n’a pris soin de son corps

– des maux d’estomac, des migraines, des problèmes de circulation, comme toutes les femmes de la famille

Des coïncidences et d’autres pas…

 

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Un petit tour et puis…

Les levers à 6 h pour être au labo à 7 h et attendre avec d’autres compagnes d’infertilité d’infortune.

Les RDV avec la gynéco et la question lancinante : en me voyant, elle pense aux prochaines vacances que je vais contribuer à lui payer ou à mes ovaires ?

La succession d’infirmières à domicile, dont on ne se souvient pas du nom et pas exactement du prénom, il y a juste celles qui savent piquer et les autres.

Les mensonges, les réponses évasives, sur ces congés pris sur le fil, sur ces invitations refusées à la dernière minute.

Les marques sur les bras, sur le ventre. Une chance que cela se déroule l’hiver pour n’avoir pas à justifier des manches longues.

Les seins lourds et douloureux, le ventre ballonné et tendu, l’impression que si on appuie trop fort dessus, il va se briser en mille morceaux.

Les nuits sans sommeil, à se demander ça et puis ça et encore ça…

Certaines relations qui se ternissent un peu, parce que la fatigue, parce que la lassitude, parce que le doute, parce que la peur.

Les remarques : « L’infertile dans le couple, c’est qui ? » (réponse : le poisson rouge connard), « Tu sais, élever les enfants, c’est du boulot aussi » (nan ?!!!! sans déconner !!!).

Les questions lourdes « Ça fait mal, non ?? C’est fatigant ? Ça se passe comment ? Tu sais je me rends pas compte » (bah essayes pour voir).

Le regard embarrassé de la maman de la dame qui pense qu’elle ne sera jamais grand-mère, le réconfort maladroit de la maman du monsieur qui a déjà deux magnifiques petits enfants.

La réunion où il n’y a que des femmes et où pour clôturer le sujet du jour, on érige un « on est entre femmes, entre mères ici ». Avoir envie de prendre ses affaires et de les foutre à la gueule de cette pauvre naze et réprimer une profonde envie de pleurer.

Le silence des copines qui sont mamans et qui secrètement se bénissent de n’avoir pas à supporter tout ça, la distance respectueuse des autres, la distance gênée des dernières qui ne savent pas quoi faire de ce « malheur » .

La FIV, ce moment hors du temps, avec la salle d’attente au milieu de la maternité… avec des parents. Ceux prêts à avoir un enfant, ceux qui viennent d’en avoir un. Et nous.

La salle de repos commune, 5 couples qui attendent les résultats au réveil, un peu comme les résultats du Bac, qui aura l’excellence ? Pas nous. Les couples qui attendent dans le silence (nous), ceux qui se poilent, ceux qui bavassent à n’en plus finir et les derniers (pathétiques) qui s’engueulent.

L’attente, qui crée de la crispation entre nous, de la tension. Chacun gérant ses angoisses comme il peut, avec qui il est, avec ses armes, ses modestes outils.

L’attente, encore, des résultats sur internet puis pas, puis l’attente DU coup de fil.

LA réponse à encaisser.

La déception, la douleur sourde. Dans le ventre, dans le cœur, au plus profond de l’âme. Les larmes pour laver, pour purifier, pour éteindre les feux nombreux qui attrapent tout l’être.

Les deuils qu’il va falloir faire : celui de la maternité, celui de la famille, celui des rêves. On efface les prénoms choisis depuis plusieurs mois, le nom du parrain et de la marraine, les invités au baptême, la couleur de la chambre, les multiples projections (aura t il les yeux bleus de sa maman, l’humour de son papa, la ténacité de sa grand mère…).

Remercier ceux qui ont été là. Catherine, M et C. L’infirmière de la salle de réveil toujours aussi douce, aussi prévenante et charmante.

Effacer puis tenter d’oublier ou pas.