Je mange

Quand ma belle mère, qui vient une fois par an chez nous, m’appelle pour me dire qu’elle a calé son planning de visite… »Est ce que ça te va ? ». Comment te dire…

Quand l’enfance me revient comme un boomerang dans la gueule et que la petite fille saigne de ce qui n’est pas cicatrisé.

Quand l’injustice est tellement grande et criante mais que personne ne bouge (pas même moi).

Quand je constate que pour avoir des nouvelles, c’est à moi d’appeler. Tout le temps, invariablement.

Quand je n’ai pas de solution pour moi, quand je tourne en rond, quand je me sens « improductive ».

Quand je suis en période down. Fatiguée, le cheveu plat, l’œil de qui se défrise, la bouche en banane inversée (down quoi).

Quand j’entends les infos (pourtant à dose hyper homéopathique) et qu’elles me flinguent (où va l’humanité bordel de marde ????)

Quand je ne pense qu’à manger et surtout du sucré….

Je mange l’absence, je mange les doutes, je mange les peurs, je mange le vide.

(Sinon, tout va bien t’inquiète 😉

Not yet

Je suis rentrée, j’ai descendu tout le chocolat, jeté les derniers médicaments et rangé les ordonnances.

J’ai pensé à ma grand-mère maternelle qui a eu 10 enfants et n’en désirait pas la moitié, à ma grand-mère paternelle qui a 19 ans, a tout fait pour se « faire passer » son fils unique. J’ai pensé à ma marraine, aujourd’hui décédée, qui il y a 50 ans a eu sa fille adorée à l’âge de 39 ans.

Je me suis sentie vide. Aussi vide que le sont mes cellules.

Vide et lasse. Une semaine que je ne dors presque pas. Tiraillée entre cette décision professionnelle à prendre et l’angoisse des résultats.

J’ai pensé à mon corps, mis à rude épreuve, à l’anesthésie dont je me remets difficilement.

J’ai pensé à ces 3 couples qui comme nous ce jour là entraient pour la première ou pour la énième fois dans l’aventure.

J’ai pleuré. Fort. Comme je le fais dans ces moments de terrible angoisse où tout semble flou et nébuleux. Infiniment douloureux.

Je n’ai accusé personne. Ni la vie, ni un Dieu, ni nous.

Et puis j’ai respiré un grand coup. Parce que la vie, malgré tout, est partout et qu’il faut composer avec. Continuer.

Ce ne sera pas pour cette fois.

Nous ne serons pas parents.

C’est comme une punition, une maltraitance, un droit qu’on nous retire.

C’est comme un rendez vous manqué avec la vie, avec notre famille. C’est comme une impression de quelque chose qui se dérobe sous mes pieds mais qui me laisse tenir debout, chancelante, meurtrie, aphone.

Et pourtant, si, la vie est partout…