De l’humain

Une nuit écourtée. Merci la trachéite… Des valoches sous les yeux, l’humeur massacrante.

Pas l’envie d’y retourner, de faire des bises, de formuler des vœux, de voir du monde tout simplement, de m’installer dans ce bureau si vaste et doux, que je vais devoir quitter, à mon grand désespoir,  d’ici 15 jours…

Et puis et puis…. Elle.

Elle avec sa voix d’enfant, son parcours parsemé d’embûches, ses trois pas en avant et cinq en arrière, son regard fuyant, craintif.

La confiance qu’elle m’accorde, aveuglément.

Elle et sa peur de me décevoir.

Je souris toujours lorsque je les entends me demander si je suis déçue.

Je ne le suis jamais.

J’ai tellement tergiversé moi aussi, je me suis tellement cherchée, j’ai tellement reculé, si souvent.

Alors non, je ne suis jamais déçue. Je suis comme elle, comme les autres, tous les autres. Je ne suis au dessus de rien et elle, contrairement à ce qu’elle pense, inférieure à personne.

Au moment de nous quitter, elle sort de son sac deux paquets. Deux cadeaux.

L’humain est là.

Dans la larme qui coule, dans le cadeau donné, dans les remerciements murmurés, dans la gêne, le plaisir, dans l’au revoir.

L’humain, toujours. Celui qui donne sens à cette mission si difficile parfois. Écouter, accompagner, orienter, réconforter, revaloriser.

Je retrouve l’étincelle qui, la coquine, me quitte parfois… pour mieux revenir.

 

Faire son métier

Pour accompagner. Pas un numéro, pas un dossier anonyme. Une personne dont je connais  l’histoire professionnelle et dont il m’arrive de bien connaitre l’histoire personnelle.

Pour créer du lien. Faire des rencontres, découvrir des personnalités, des représentations du monde, des réalités.

Pour révéler. Des compétences, des savoirs faire, des qualités, des lumières, des freins, des ombres.

Pour aller vers l’emploi. Accompagner à faire une lettre, un CV, décrocher un téléphone, chercher des offres, aller à un RDV, passer un entretien, suivre une formation.

Pour prendre le temps. De créer de la confiance, pour me mettre à l’écoute et sonder.

Pour être dans le monde. Un maillon actif au service de l’autre. Pour donner tout son sens aux notions de solidarité et d’insertion (bien que j’exècre le mot).

Pour combattre le chômage et les inégalités.

Pas pour faire du chiffres, pas pour vendre des prestations, pas pour gagner du temps, pas pour être noyée sous de l’administratif, pas pour appliquer des lois vides de sens qui broient…

Faire mon métier pour l’humain et rien que pour lui.