Encore un peu quand même…

Quoi qu’il se passe à partir de ce moment, je retiens :

– la présence sans faille des mamans (et futures potentielles grands-mères). Je leur avais demandé de nous écrire comment s’étaient passées leur grossesse et elles se sont soumises de bonne grâce à l’exercice. Ces écrits nous ont accompagné et réconforté. Les papas et beau- papa se sont montrés plus en retrait mais néanmoins très anxieux.

– la présence discrètes des rares ami-es informé-es, nous avons apprécié les sms et mails tout au long du processus.

– votre présence bloggesque, touchante et rassurante car même si pour la plupart nous ne nous connaissons pas, vous êtes les plus informées. Vous avez su trouver les mots et je vous en suis extrêmement reconnaissante.

– une partie du personnel soignant m’a aussi beaucoup apporté. Les infirmières nous ont traité avec beaucoup de délicatesse l’un et l’autre, sans tomber dans le pathos ni dans la pitié, ce dont nous n’avons pas besoin. J’ai été surprise par cette infirmière qui a plusieurs reprises m’a pris la main et caressé la joue. J’ai aimé cette forme de proximité maternelle dont j’avais exactement besoin à ce moment précis. 

– le cheminement que j’ai pu faire. Par la lecture, l’écriture, par le temps que j’ai pris pour me poser sur mon projet et aussi sur la grossesse de ma mère et des femmes de mon entourage. Cela m’a permis de clarifier des choses pour moi, de savoir très exactement pourquoi je désire un enfant.  Serais- je assez forte pour accepter ce que la vie mettra sur notre chemin si cela ne marche pas ? Je ne sais pas mais je l’envisage. Ce temps de réflexion m’a permis aussi de remettre de la joie dans ma vie, de me projeter positivement. J’ai pratiqué intensément la méditation et la pensée créatrice, supports indispensables dans ce qui malgré tout a été une épreuve.

– enfin et pour terminer, j’ai aussi pu me reconnecter doucement à mon corps. Grâce à la méditation, grâce aux massages. Je me suis sentie bien, malgré les nombreux actes médicaux et étrangement en paix.

 

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Je ne t’en parlerai plus

Se lever à 5 h 30 pour être à l’heure la Clinique qui fait des bébés.

Dans la salle d’attente, nous regarder toutes « par en dessous », chuchoter un bonjour, se plonger dans notre dossier, dans un magazine que nous ne lisons pas. C’est juste pour faire genre. A cette heure nous sommes toutes là pour la même chose, encore un peu endormies et anxieuses quant aux résultats.

Subir un défilé d’infirmières à heure fixe, écouter leurs théories sur le sujet : « A la première FIV ça ne marche jamais, il en faut au moins 3, je connais des « fiveurs » qui… » Sourire à toutes ces théories sans donner prise, encaisser la quantité non négligeable de piqûres. Regarder les bleus sur les bras, se masser le ventre hyper tendu, lui parler, le remettre au centre.

Attendre, être un peu coincés à la maison.

Jongler avec les nombreux effets secondaires, ne pas dormir, tenter de tenir au boulot, pleurer pour un oui ou pour un non.

Devoir poser des congés à la dernière minute et mentir sur les raisons.

Ne trouver aucun réconfort. Nulle part, auprès de personne.

Garder pour soi les doutes et les peurs, pour ne pas effrayer.

Détester les sigles, les taux, le vocabulaire médical.

Tenter de vivre l’expérience de  » l’extérieur », faire comme si.

Déplorer le manque de lien avec la gynécologue, le manque d’humanité mais croire malgré tout en sa compétence « technique ».

Remettre de la joie, se projeter positivement dans l’avenir sous peine de se laisser submerger par ce protocole hyper-médicalisé.

Prendre soin du corps tant bien que mal, dans son ensemble, car encore une fois, il est durement mis à l’épreuve.

Explorer finement son projet de vie, de famille, de femme. Savoir désormais très exactement pourquoi on en est là ensemble.

Que ça marche ou pas, je ne t’en parlerai plus.

Very bad trip

Notre médecin ressemble à Bradley Cooper. Ce qui donne à l’aventure un petit caractère « léger ».

En apparence tout au moins, car à ce stade, plus rien ne l’est vraiment. Léger.

Tout a son importance, doit être considéré, pris en compte. Tout est sérieux.

Je tente de ne pas me laisser envahir par les émotions, les questionnements, les craintes.

Je ne me projette pas.

Pas plus sur nos chances de réussites que d’échecs.

Je vis les choses au fur et à mesure, dans ma bulle.

Je mets loin les nombreux RDV, les quantités de médicaments à prendre. Que pour certains je trouve inutiles.

Car, certains RDV font plus  l’objet de bavardages que de réelles prises de décision, quant aux vitamines qu’il faut ingurgiter, nous ne sommes pas assurés qu’elles peuvent agir positivement sur le processus.

DOC Cooper est un homme charmant, il manie l’humour avec habilité, est doté d’une ENOOOORME confiance en son potentiel (ce qui est plutôt rassurant). Il parle vite, ne lésine pas sur les termes techniques et nous gratifie de petits films vidéos qui nous permettent de mieux appréhender le processus dans lequel nous sommes engagés.

Tout est si évident pour lui.

Et si peu pour nous.

Nous sommes Madame Cloudy et Monsieur Namoureux,  un couple avec une histoire, des blessures, un rêve qui peine à prendre corps. Il nous faut parfois reformuler, insister pour avoir des clarifications. Le technicien qu’il est doit alors se connecter à notre réalité d’humains, de couple, de futurs parents que nous deviendrons ou pas. Alors seulement il se radoucit un peu lorsque nous tentons de le ramener à nous, non pas à des courbes, des statistiques, des taux, juste nous.

Je ne pense à rien, je n’ai pas peur. Je n’ignore tout ce que cela va supposer, je sais que je vais devoir prendre sur moi et vivre, de fait, la plupart des étapes seule. Je mets à distance.

Pourtant, mon corps me préoccupe, je ne peux pas le nier. Je me demande comment il va réagir. Ce drôle de compagnon qui ne cesse de me jouer des tours, de me mettre à l’épreuve. Cette entité que je ne cesse de torturer (à moins que ce ne soit l’inverse).

Dans cette drôle d’histoire,  il y a aussi les « autres ». Cette nébuleuse (famille, ami-es), majorité silencieuse qui est au courant mais ne demande rien. Par peur de nous blesser, de nous bousculer peut être, voire peut être de nous culpabiliser. Une petite minorité quant à elle, y va de ses conseils à gogo, parce qu’une amie d’une amie…

Notre enfant ne naitra pas du plaisir, de la joie, de la communion de nos corps. Il va être conçu en dehors de nous, après une intervention qui aura générer quelques souffrances, avec du matériel froid et dans une boite. Nous nous sommes fait à cette idée, totalement dépourvue de poésie.

Et mine de rien, la date approche…

Se prendre un bus (dans la gueule)

Je crois aux signes. Bien plus qu’en tout autre chose. Ils me parlent et me montrent la voie.

Ces derniers temps certains d’entre eux se sont multipliés. Les reportages sur les femmes enceintes et les accouchements, les livres et magasines sur la questions, des affiches de bébé, des femmes enceintes par paquets inhabituels. Je les ai interprétés positivement, j’y ai vu une réponse à nos questionnements et angoisses actuels.

Les signes m’ont trompée (à moins que je ne sache plus les lire).

Ce matin, nouvel entretien dans la clinique de la fertilité. Que ce mot est horrible. D’ailleurs, on devrait passer les uns après les autres : les fertiles et les infertiles pour éviter de nous croiser. Les ventres ronds, les bébés, les couples tristes. Le mélange ne donne rien de bon. On évite de se regarder, on est presque gênés.

Puis vient mon tour.

Analyses de sang, échographies, radiographies… Depuis un an, le dossier s’épaissit.

Elle regarde, lit à haute voix, prend des notes.

« Taux trop bas, protocole de soins, FIV ?, pendant un mois, puis on voit, on commence par, votre âge… ».

J’ai décroché, je n’écoute plus. Je regarde les montagnes par la fenêtre, je voudrais être là haut, respirer à m’en faire éclater les poumons.

Et voilà que les larmes coulent à torrent, que le ventre se tord. Uppercut.

Elle en a vu d’autres. Silence. « Séchez vos larmes, ça va aller ». Elle me laisse le temps de me reprendre, me tend de la documentation et m’accompagne vers la secrétaire pour régler.

En fait, non ça ne va pas.

Mes jambes flagellent, mon corps peine à me porter et mes larmes ne cessent de couler, un flot interminable.

Je hoquette.

Rien de grave. Pas encore. Non mais ma nature est celle d’une anxieuse compulsive.

Est ce que je vais tenir physiquement, est ce que je vais souffrir physiquement et Namoureux, restera-t-il si le Sunnybaby ne pointe pas le bout de son nez ?

Trop de questions pour ce soir, trop d’émotions… Je vais me coucher…