In the mood

Je me demande toujours quand je sortirai de cet état.

La lancinante douleur au fond, celle qui m’étreint si fort lorsque je suis seule. A m’étouffer.

Je donne si bien le change.

Je ne suis même pas certaine de savoir. Ou plutôt si, les pistes sont multiples.

Toujours identiques, récurrentes griffures du quotidien.

J’ai pourtant des moments de bonheurs fulgurants. Souvent liés à la nature.

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Pas trop près s’il te plait

Sa passion pour la photo l’amène à me photographier trop souvent à mon goût. De trop près.  « Pour les souvenirs » dit-il.

Je me demande si c’est ça l’amour. Voir l’autre à travers un prisme déformant, le voir sans défaut, beau malgré tout.

Tandis que je m’étais fixé un objectif (plusieurs en fait) : me traiter avec bienveillance et sans violence, voilà que mon image actuelle me griffe.

Plus violente qu’elle ne l’a jamais été. En même temps, je n’ai jamais été aussi grosse.

Pour être précise et juste, je me dégoûte. Et je me déteste de le penser.

Comment fait-il, avec ses yeux de Namoureux, pour me supporter alors que je m’insupporte…

Sur les photos, je vois mes joues. Énormes, rouges, qui prennent toute la place (genre poupées russes, pour te faciliter la représentation). Je ne parle pas du cou, des seins (mais il adoooore mes seins, qui effectivement valent le détour), de mes mains potelées, de mes cuisses et de mon cul.

Je ne me reconnais plus. Cette fille là, qui déborde de tous les côtés, qui prend toute la place sur la photo, ce ne peut être moi.

A chaque grande secousse, les démons se réveillent. Incontrôlables.

J’ai ressorti le cuit vapeur, le wok, les épices qui relèvent  les viandes maigres, je me suis remise au poisson à l’eau. Mais cela ne change pas grand chose.

J’erre dans ce corps difforme, je dois le porter, le supporter, composer avec lui.

Dans la douleur.

Il y a de la douleur à se voir dans le regard des autres (à commencer par celui de ma mère), des regards qui jugent. Toutes ces personnes qui se demandent (je les entends se le dire), comment on peut avoir si peu de volonté, comment on peut se laisser aller…

Je sais pourquoi je mange aujourd’hui. Je te donne deux ou trois mots clés pour ne pas m’étaler sur le sujet : » manque de confiance, place à prendre, besoin de reconnaissance et d’amour ». Mais savoir ne guérit pas.

J’ai « une carrière » dans le régime. Plus de 20 ans à tous les essayer (ou presque). Je peux citer un nombre incroyable de noms de spécialistes et de charlatans. Les kilos, je les ai perdus, puis repris puis perdus, puis re-repris. J’ai obligé mon corps, je l’ai affamé, maltraité. Jusqu’au plus complet dénigrement.

Dans ces circonstances, chacun-e y va de son avis, de sa petite phrase, de son expérience.

Mais personne ne sait.

Pour manger, j’ai volé, je me suis relevée la nuit, je me suis rendue malade, je me suis exclue, j’ai voulu disparaitre. Non personne ne sait la douleur du corps, la douleur de l’âme, après s’être rendue malade d’avoir trop manger, à se considérer comme un être de peu de chose.

J’ai mangé pour combler, pour oublier, pour adoucir.

L’hyperphagie me dévore. Du dedans, comme du dehors.

J’ai écrit maintes fois sur le sujet mais je ne l’ai pas encore épuisé.

Ce combat là, infime au fond au regard de bien d’autres, est pourtant le mien.