Faire son métier

Pour accompagner. Pas un numéro, pas un dossier anonyme. Une personne dont je connais  l’histoire professionnelle et dont il m’arrive de bien connaitre l’histoire personnelle.

Pour créer du lien. Faire des rencontres, découvrir des personnalités, des représentations du monde, des réalités.

Pour révéler. Des compétences, des savoirs faire, des qualités, des lumières, des freins, des ombres.

Pour aller vers l’emploi. Accompagner à faire une lettre, un CV, décrocher un téléphone, chercher des offres, aller à un RDV, passer un entretien, suivre une formation.

Pour prendre le temps. De créer de la confiance, pour me mettre à l’écoute et sonder.

Pour être dans le monde. Un maillon actif au service de l’autre. Pour donner tout son sens aux notions de solidarité et d’insertion (bien que j’exècre le mot).

Pour combattre le chômage et les inégalités.

Pas pour faire du chiffres, pas pour vendre des prestations, pas pour gagner du temps, pas pour être noyée sous de l’administratif, pas pour appliquer des lois vides de sens qui broient…

Faire mon métier pour l’humain et rien que pour lui.

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Sortir les mots

Je les bouscule.

Quand je les questionne.

Avec mes réponses, avec mes propositions, dans les actions que je leur présente.

Quand je les reconnecte au réel.

A la question « Parlez moi de vous », ils ne savent que répondre tant ils ont une image dépréciée d’eux même.

A l’énoncé (un brin raidissant) « Décrivez moi votre parcours professionnel », ils se tassent, bafouillent, se rembrunissent.

Lorsque je demande « Quelles sont vos compétences », ils hésitent car ils sont intimement persuadés qu’ils ne savent plus faire.

Au piégeur, « Vous pouvez me donner quelques unes de vos qualités » : blanc, silence gêné.

Quand enfin j’arrive au « Décrivez moi une journée de travail ». Certains s’animent dans cette replongée de ce qui a été et qui n’est plus : un statut social, une utilité, la fierté du travail accompli, le sentiment d’appartenance à un groupe, la culture d’entreprise. D’autres au contraire s’écroulent. Il faut faire le deuil d’un emploi apprécié qu’on ne pratiquera plus.

Je les bouscule, avec mes exigences, mes attentes, mon regard parfois sans concession.

L’essentiel de mon travail consiste en cela aujourd’hui : revaloriser, redonner confiance, réinjecter sans cesse du positif, rassurer.

Il arrive (la plupart du temps) que le meilleur en sorte : un emploi retrouvé, une formation à suivre, des avancées personnelles.

Et de temps en temps, la perche que j’ai lancée se brise…

L’air du temps

Mon métier a ceci de merveilleux qu’il me propulse tous les jours au cœur de la vie. J’entends par là, que je suis sensibilisée à toutes les questions dites de société : la santé, le logement, la sécurité, parfois l’éducation et par la force des choses l’emploi-formation.

Depuis 8 ans j’accompagne des personnes dont le profil a peu changé finalement : majoritairement des femmes, peu qualifiées. Globalement des personnes aux conditions sociales dégradées, au regard de la maitrise de la langue française, de la mobilité, de la santé.

Aussi, je suis ébranlée à chaque fois que j’entends un politique français s’exprimer, quelque soit son étiquette politique. Je suis ébranlée et plus encore en colère : Y A LE FEU !!!

La situation est grave et je suis étonnée de voir que l’opposition, qui a eu plus de 10 ans pour se préparer à revenir aux commandes du pouvoir soit aussi désorganisée et aussi peu inventive. Je ne suis pas journaliste et pourtant les termes « d’amateurs, d’apprentis » ne me semblent pas décalés.

Je suis assez soufflée de voir que la seule solution que l’on ait trouvé pour combattre durablement le chômage ce sont les « emplois d’avenir ». A quand une vraie évaluation des politiques de l’emploi, à quand une vraie concertation de terrain ? Encore une fois, on appose tranquillement pour se donner bonne conscience, un pansement sur une jambe de bois.

J’aimerais que Michel Sapin (avez vous entendu parlé de cet auguste personnage depuis le mois de mai dernier ?!!!) vienne passer non pas une semaine mais deux jours complets avec moi, qu’ensemble nous allions rencontrer des partenaires de l’emploi et de la formation qui se battent contre des mesures iniques pour amener les personnes qu’ils accompagnent à l’emploi. Non pas à l’emploi pérenne. Non, juste à l’emploi précaire. Combien sont-elles à réaliser 2-3 heures par jour en tant qu’agente de propreté ou hôtesse de caisse sur des horaires découpés ? Des milliers. Et elles ne comptent même pas dans les cohortes de Pôle emploi.

J’aimerais qu’il les entende toutes et tous avec les difficultés qu’ils viennent nous poser, parfois avec honte, dans l’intimité du bureau.

Chaque jour, je me sens plus démunie. On démantèle dans ma région le service social, les plateformes décisionnelles concernant l’allocation du Rsa fonctionnent mal, elles ont accumulé un retard considérable. L’argent qui autrefois était dépensé sans compter pour des formations fantasques, est aujourd’hui verrouillé à l’extrême.

Je suis une éponge qui absorbe, qui ne peut qu’écouter, à défaut d’autre chose. Car l’effet de la crise, les médias alarmistes,  ne font qu’accentuer à la morosité ambiante.

Je suis le bon soldat qui applique, à la lettre, les directives (à la con)  qui viennent d’en haut, je me mets en 4 pour faire toujours plus avec toujours moins de temps et je prends, colères et pleurs de personnes qui ne savent pas, la plupart du temps à qui s’adresser pour être entendues et considérées.

Et je suis toujours aussi étonnée qu’il n’y ait pas plus de monde qui mette le feu dans la rue…