Trip Blues

Rentrée hier.

Heureuse de retrouver ma maison, calme, rangée, embellie par mon papa qui a peint en mon absence.

Heureuse de trouver mes parents. Je leur ai manqué et j’avoue j’aime bien ça. Qu’on se dise l’amour et le manque.

J’ai toujours du mal avec le décalage horaire. Impossible de trouver le sommeil à 2h du matin. C’est la seconde fois en 40 ans que je pars aussi longtemps et je goûte cela. Il me semble que quelque chose est resté au Québec. Je ne sais pas quoi exactement, le sentiment est diffus mais rarement j’ai eu autant de plaisir à me retrouver là, simplement, dans le silence de la maison.

Pourtant, ce voyage, dont je reparlerai ici a été fort et magnifique.

J’ai réalisé un de mes rêves, me rendre sur ce continent, au Québec, me perdre dans les grands espaces. Quelle chance, quel bonheur que de vivre ces 3 semaines avec mon Népoux.

Rentrer, c’est reprendre pied dans une actualité dont j’avais presque tout oublié. C’est renouer avec un quotidien parfois oppressant, c’est aussi faire face à des difficultés professionnelles, encore et dont je ne parviens pas à m’extraire. Des soucis donc et pourtant, la certitude qu’un ailleurs est possible…

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Mon Îl

Je n’envisageais pas que mon Népou devienne un jour mon ami, mon meilleur ami.

Un Népou pour moi est un compagnon, un charmant, un amant.

En ce moment, le mien joue un peu tous les rôles… malgré la distance

 

Les manques

Elle a 30 ans et en fait dix de moins.

Ses grands cheveux barrent son visage et pour nous parler, elle ne prend pas toujours la peine de les relever. Dommage, car ils cachent ses grands yeux.

Elle s’habille avec des vêtements très amples, baggy, toujours des baskets, toujours des tee shirts longs pour faire taire les nombreux tatouages qui peuplent ses bras et crient sa vie, ses croyances, ses attaches .

Son expérience est mince, des boulots par ci par là, trouvés par sa propre mère. Il y a près de 10 ans.

Une semaine après l’avoir rencontrée, elle était au boulot, une aubaine, un miracle. Certes, un contrat aidé, mais un CDD malgré tout.

Un bonheur pour elle. Celui de pouvoir dire à son enfant que Maman va gagner sa vie, Maman travaille comme les autres Mamans de l’école, Maman existe (enfin).

Car c’est une maman, c’est la première chose qu’elle dit d’elle. Son enfant est sa fierté, sa raison de vivre, son tout. Il y a bien eu le géniteur, un bref passage, puis un papa de cœur qui est parti. C’est cela qui l’a poussée à chercher du travail.

Les premières semaines se passent bien. Très bien. Les compétences sont là, elle tient les cadences, elle est précise, autonome sur son poste de travail. Les cheveux sont rangés dans une grande queue de cheval.

Un mois plus tard, l’employeur note de nombreuses absences, non justifiées, des frottements avec des membres de l’équipe. Elle s’énerve, s’irrite, pleure. On lui donne sa chance malgré tout, on passe l’éponge, car elle est moteur dans l’équipe.

Cinq mois plus tard, c’est la dégringolade, il faut la changer de poste, l’équipe ne la supporte plus, pas plus que son encadrant technique. On repart comme en 14, tout se passe pour le mieux. Elle est contente, plus apaisée, elle envisage l’avenir.

Puis rebelote. Elle n’arrive plus à l’heure, n’honore pas les RDV, ne va pas en formation, s’accroche avec ses collègues.

Aujourd’hui c’était le bilan final de ces quelques mois chaotiques, des mois où nous n’avons jamais cessé d’être présents et d’y croire. D’y croire plus qu’elle.

Alors que je dressais le tableau des constats, que je renvoyais à sa responsabilité, que je questionnais sur ce qui l’animait et  sur ces multiples sabordages, elle a pleuré.

Elle a pleuré en silence, de grosses larmes qui perlaient sur ses joues rebondies d’enfant, son regard implorait. Et finalement les mots sont sortis. Comme des plaintes, un lointain cri.

Le manque de reconnaissance, d’amour de soi, de confiance. La peur. De se lancer, de changer de vie, de réussir.

Elle m’a touchée bien sûr. Car ses mots, douloureux, pénétrants auraient pu être les miens. Je suis du bon côté de la barrière, j’ai un emploi, c’est vrai mais le doute est perpétuel chez moi, la confiance s’effrite souvent. J’ai malgré moi un réel besoin de reconnaissance, de la part de mes pairs (et de mes impairs…), de ma hiérarchie. Enfin, le besoin d’amour ne m’a jamais quittée. Aujourd’hui encore, il y a en moi cette enfant qui lutte pour panser ses plaies.

Mon job, c’est de poser le cadre, les règles, de ramener à la réalité. Pour autant, mon enfant intérieur a rencontré le sien…

 

Moi et quelques autres…

Je leur demande d’apprendre à se connaître, de poser leurs compétences, leurs points forts. Je les entraîne à parler d’eux, en des mots précis et concis, pour attirer l’attention d’un employeur mais surtout pour eux. Pour apprendre à gagner en confiance, pour être convaincant.

Suis je seulement capable de faire cet exercice ? De dire qui je suis. Qui je suis vraiment.

Je peux dire que je suis une professionnelle de l’accompagnement. Une bonne professionnelle. Il m’aura fallu plusieurs années pour être en mesure d’écrire et penser vraiment cela. Plusieurs années de divan aussi pour comprendre quelles étaient mes motivations réelles, pour avoir plaisir  à exercer mon métier.  Je suis une conseillère emploi méthodique et à l’écoute. Les personnes que j’accompagne savent qu’elles peuvent compter sur mon écoute et ma bienveillance.  Je n’ai plus besoin de signes de reconnaissance, je ne fais plus ce métier pour me réparer, pour travailler dans le social comme ma mère avant moi. Je fais ce métier pour l’autre. Pour lui apporter mon expertise, ma technicité, mon humanité aussi mais sans complaisance ni misérabilisme.

Je suis une femme amoureuse de son mari. De son rire, de ses mots et de ses silences, de ses hésitations et de ses prises de décisions, de ses passions, de qui il est tout simplement. Il y a des choses dans ses manies qui m’énervent. Il est vrai mais ce n’est rien à côté du bonheur que j’ai de l’avoir près de moi (même lorsqu’il ronfle). Nous ne sommes pas un couple tout à fait comme les autres, si l’on se compare à notre entourage. Nous composons plus avec l’absence qu’avec la présence l’un à l’autre.  Mais c’est ainsi que nous nous sommes construits. Est-ce que j’ai peur  ? Oui, tous les jours. Est ce qu’il me manque ? A tous les instants. Est-ce que nous allons surmonter tout cela, tenir la distance sans nous lasser, sans nous trahir. C’est en cela que réside notre défi, celui que nous avons formulé dans nos vœux de mariage.

Je suis un être solitaire, avec peu d’amis. Cette réalité m’a longtemps laissée indifférente, tant j’avais besoin de solitude, de silence pour me retrouver. En réalité, je me suis cachée et me suis menti. Aujourd’hui, cette solitude me pèse. Comment fait-on pour se faire des amis à 40 ans ? Je ne sais pas. Je dois ajouter que mes plus grandes histoires d’amitié se sont toutes terminées dans des circonstances douloureuses. Me faisant douter de moi et par ricochet des autres. Mon besoin d’amour et de reconnaissance m’a longtemps poussée à entretenir des relations fusionnelles dans lesquelles je n’étais pas moi. Je me sens réparée, plus solide mais pas suffisamment armée pour faire le premier pas, dans une société de l’instantané.

Je suis une femme qui ne peux pas avoir d’enfant. Qu’est ce qu’apporte cette information ? Rien. C’est juste que je peux l’écrire et depuis peu le dire. Sans honte, sans avoir le ventre qui se serre, sans avoir envie de prendre la main de mon mari, sans éviter le regard de ma mère. Je suis une femme qui n’aura jamais d’enfant.

Je suis une contemplative de peu de passion. L’écriture, la nature, les voyages (forcés). Des tas d’envies et peu de réalisations, incapable que je suis de m’engager sur le long terme. Est-ce que c’est un problème ? Parfois oui…

Je suis la fille de mes parents. Ce serait la partie la plus complexe à expliquer. La plus douloureuse aussi. Cette histoire de famille chaotique, douloureuse et pourtant si riche.

Je suis athée et socialiste (mais plus pour très longtemps), je suis humaniste, républicaine et laïque, française (follement).

Je suis tout et son contraire. Sensible et forte, mélancolique et enjouée, dépressive et furieusement optimiste, drôle et plombante à mort, solide et fuyante, rebelle et soupe au lait, susceptible et capable de tout entendre, curieuse et blasée, réaliste et utopiste…

Pourtant, à l’intérieur, tout cela sonne un peu creux…

Se confronter

Se marier, c’est se confronter un peu

A soi

A nos rêves, qui furent et ne seront jamais

A nos réalités, à nos possibilités, à nos envies et à nos besoins qui ne concordent pas toujours

A un demain dont on aimerait qu’il soit aussi joli que les espoirs que l’on porte

A l’autre

A ses rêves, ses réalités, ses possibilités, ses craintes et ses représentations

Le mariage pour lui et pour moi ne revêt pas tout à fait la même chose

Namoureux est enfant de divorcés, je suis la fille unique de parents qui ne m’ont pas élevé

Pour nous deux le mariage n’a pas la même symbolique.

A nos familles enfin

Il faut dire que pour eux la chose est complexe…

Reste que pour moi aujourd’hui, le mariage est l’engagement ultime, un défi à relever, d’autant plus grand que je ne vis pas avec mon compagnon. Le mariage est un acte d’amour, une de plus belle manière de célébrer la vie et le chemin que nous construisons ensemble.

 

Des déchirures

Cousine  préférée a décidé de quitter le papa de ses deux petites filles, son compagnon depuis 20 ans.

Cousin préféré divorce après 20 années de vie commune, dont 5 années de mariage.

Comme il est douloureux de voir ceux que l’on aime se déchirer, se faire du mal, souffrir. Cela d’autant plus lorsqu’on a été associé de près ou de loin à tous les petits et grands évènements de leur vie.

Nous devons respecter la parole de chacun, ne pas prendre parti et protéger les enfants. Être présent, sans être oppressant. J’ai à l’esprit que ma famille change et que nos relations ne seront jamais plus les mêmes. Il y aura un avant et un après.

Au fil du temps, nous découvrons des choses que nous ne soupçonnions pas, des êtres qui se révèlent dans l’épreuve qu’ils traversent. Et nous devons composer, avec la situation, avec la déception aussi.

Quels sont les secrets d’une vie de couple réussie, comment faire pour garder toujours vivace la flamme, comment font ces couples qui semblent avoir tout surmonté ensemble ?

Je me demande.

Dans mon couple, je suis toujours en alerte. Pour tenter de ne pas plomber le quotidien, pour ne pas me laisser happer par les habitudes, pour créer des moments festifs. Je fais de mon mieux pour communiquer, même si c’est loin d’être mon point fort. D’ailleurs,  je n’y parviens pas toujours. Reconquérir, réinventer le quotidien, se surprendre, voilà qui n’est pas chose aisée.

Que faire alors que l’on pensait avoir tant en commun avec un homme-une femme, lorsque l’on a construit sa vie et ses projets avec lui-elle mais qu’avec les années, on ne se reconnait plus, on s’éloigne par la force des choses, sans forcément s’en rendre compte, que l’on ne se supporte plus ?

Construire autrement et ailleurs ?

Peut être…

* Lecture du moment : Intimité de Kureishi

Les mentor-es

Un post inspiré par Christie

♥ Ma mère… Forte, douce, intransigeante, légère, engagée, fusionnelle, battante, volontaire. Un roc. Une relation sans concession, pleine d’amour, de mots forts et de silences.

♥ Ma nourrice, la seconde mère. Mon tuteur, ma bouée de sauvetage, la femme de ma vie. La compréhension au delà des mots, le regard bienveillant, l’amour inconditionnel. Elle m’a appris à accueillir, à ne pas juger, à cultiver l’amitié et le sens de la famille.

♥ La cousine. 15 ans de différence. Une inspiratrice. Elle aimait les voyages, parlait plusieurs langues, avait un sens de l’humour fou, une plume, elle plaisait aux hommes. J’avais 15 ans et voulais lui ressembler. Je n’ai fait que suivre mon chemin. Il y a 10 ans que nous ne nous parlons plus.

♥La prof de français. Je ne me souviens plus de son nom. C’est drôle… Les portes de la littérature se sont ouvertes grand à moi : Sartre, Duras, Hemingway… Des révélations. Un amour pour la littérature qui ne s’est jamais tari.

♥ La psy. Rencontré sur mon lieu de travail. Brigitte. Magnifique blonde, bretonne comme maman, très fashion. Elle m’a aidée à passer le cap difficile du grand chagrin d’amour et de quelques autres égratignures.

♥ Meilleure amie de lycée. Céline. Dix années d’amitié, puis l’éloignement dans le silence. Une admiration pour sa culture, sa beauté, son esprit et son cynisme aussi. Une femme à la liberté revendiquée. Une force intérieure que je lui ai envié.

♥ Meilleure Amie tout court. Petit oiseau sur la branche. J’ai aimé son écoute, sa bienveillance, son amitié sans faille jusqu’à la « rupture ». Elle n’a jamais voulu entrer dans les cases, toujours en dehors de tout, parfois même  de la vie. Elle m’a appris à m’habiller, me coiffer, prendre soin de moi, devenir femme tout simplement. Elle m’a appris à aimer les belles choses, à être exigeante. Elle m’a donné le gout de la musique, toutes les musiques. Et elle a tenté de me réconcilier avec mon corps. Peine perdue… Mes plus beaux et grands souvenirs sont avec elle. Meilleure Amie, mon âme sœur perdue.

♥ Collègue de travail. Fabienne. Une juste distance, un sens de l’organisation sans faille, une connaissance de tous les dispositifs publics, de tous les partenaires, un art de communiquer avec l’entreprise, tout en délicatesse mais avec fermeté. Une meneuse éclairée, car juste et consciente des valeurs et faiblesses de chacun.

♥ Meilleure Amie de travail. Une femme qui s’est faite seule, qui a traversé des tempêtes et s’est relevée de tout, avec plus de force et de détermination encore. Nous avons la même manière de voir notre métier, d’appréhender l’accompagnement. Nous sommes animées par la même envie de faire « autrement ». Indéniablement des valeurs qui nous lient.

♥ Vénérable Directrice. Une femme à poigne, déterminée. Sans doute pas le manager idéal mais une femme inspirante par la manière de voir l’accompagnement, d’appréhender l’autre, de le reconnaitre dans sa différence. La seule à tenir tête aux institutionnels, à vouloir secouer le cocotier, à imposer ses idées aux élus et à les faire passer. Une écoute sans faille. Des techniques de travail très maitrisées, un charisme indéfinissable.

A bien y réfléchir, il n’y a pas d’hommes dans cette liste…