Quand ton enfant parle à ton adulte et inversement

Il a suffi d’une petite parole prononcée en réunion, par ma supérieure hiérarchique, pour que le caillou s’immisce dans ma chaussure.

Une remarque adressée à tous les présents (et pas à ma seule attention) mais que j’ai pris pour moi (je t’ai déjà parlé de ma facilité désopilante à porter le malheur du monde sur mes épaules ? Non ? Ça pourrait faire l’objet d’un livre…).

J’ai pensé à cette remarque la nuit, puis les nuits suivantes et elle a envahi mon week end (oui tu peux me décerner la médaille d’or de l’auto-flagellation…). Le truc est donc limite anodin et se transforme en 4 jours en un Everest.

Pourquoi ? Flash back : ma précédente responsable avait le don de nous « recadrer » en collectif. Il fallait suivre sa ligne et rien que sa ligne. Lorsque le recadrage était fait en collectif, elle nous gratifiait ensuite d’un RDV en tête à tête. Et bien sûr, j’en ai gagné plusieurs qui ont laissé des traces. Elle avait le don d’appuyer là où ça fait mal. Face à elle, omnipotente maîtresse femme, je me sentais minuscule. Mon non verbal devait en dire long sur ce qui se passait à l’intérieur de moi. L’enfant était heurtée et a souffert de ce manque d’ouverture et d’écoute, de cette castration parfois. La professionnelle écoutait et baissait les yeux.

Rétrospectivement, je me dis qu’il y avait là une jolie manipulation psychologique. Comme nous sommes entre nous, je peux te l’écrire, c’était une forme habile de harcèlement. (Voilà, c’est fait !)

Bref, en un quart de seconde, je me suis reconnectée à ce passé pas si lointain. Sont remontés les sentiments d’insuffisance, de petitesse, d’incompétence. Et je me suis fait un film (d’horreur) qui m’a emmenée très loin.

Comme en ce moment, je m’accompagne de plusieurs lectures, cela m’a permis de faire le point sur les situations qui me mettent en difficulté et me font aller direct à l’état d’enfant plutôt qu’agir en adulte.

Alors, quand est arrivé le moment du RDV individuel, quelques jours après le collectif (bah voui, la vie te ressert bien les plats pour que tu les digères), malgré ma transe intérieure et mon insécurité, j’ai pu poser  mes émotions et être factuelle, c’est à dire prendre ma place d’adulte dans la conversation et me montrer professionnelle en posant mes arguments. Je me suis écoutée, dans une conversation et non pas jugée.

Tout cela bien sûr s’est assimilé merveilleusement : un herpès géant est venu éclabousser ma lèvre. Mon corps malmené a besoin de s’exprimer.

Prendre sa place, a parfois un prix…