Qui sommes nous « vraiment » ?

J’ai repris mon activité d’accompagnement.

Pas forcément comme je voudrais, pas forcément de manière sécurisante pour moi. Mais sans doute, dois-je renoncer à cette forme de perfection vers laquelle je tends toujours et qui, peut être, n’a pas lieu d’être.

J’accompagne des personnes en activité. Principalement des techniciens de terrain et des cadres, dans le domaine social et le médical. Et comme précédemment, essentiellement des femmes.

Depuis 15 ans que  j’accompagne et quelles que soient les personnes reçues (mère de famille, personnes en grande précarité, cadres…), je dresse le même constat alarmant : les femmes n’ont pas confiance en elles ; elles ne sont pas conscientes de leurs compétences, de leurs talents ; elles ne s’autorisent pas (à être encadrante, à prendre des décisions, à partir, à rester, à dire non). Elles cumulent les casquettes (professionnelle, mère, femme, encadrante, femme de, fille de ….) et se perdent.

Clairement, les personnes qui viennent jusqu’à moi ne vont pas bien. Le corps lâche, le psychisme est sur la corde, le travail n’est pas ou plus satisfaisant. On flirte avec le burn-out. Mais on tient, on avance contre vents et marées. A quel prix…

Il faut dire que le rythme du travail aujourd’hui (mais depuis hier déjà) ne correspond pas aux rythmes des êtres. Nous courrons toutes et tous. Après une réunion ; pour appliquer des décisions, le plus souvent iniques, prises plus haut ; pour mettre en place des projets (alors que les précédents n’ont pas été évalués) ; pour avoir des résultats ; pour économiser trois francs six sous.

Le marché du travail est implacable, il faut être irréprochable, entrer dans des cases, être l’employé PARFAIT.

Je suis toujours bluffée, et attristée surtout, par la manière dont ces femmes s’envisagent, par le peu d’intérêt qu’elles s’accordent, par la censure qu’elles s’imposent pour évoquer leurs savoirs, leurs savoir-faire, leurs compétences, le plus souvent très vastes.

Savent-elles seulement la densité qui est la leur ? Combien leur parcours est impressionnant, riche, beau. Pourquoi ne sont-elles pas fières d’elles, de tout ce qu’elles ont accompli ?

De qui ELLES SONT ?

Car elles sont : des mères, des femmes de, des professionnelles engagées, des responsables de service. Des personnes passionnantes, qui portent une histoire personnelle et professionnelle, des valeurs, des croyances fortes.

En parlant d’elles, je parle de moi bien sûr. Nous sommes toutes et si souvent dans l’excuse d’être qui nous sommes et surtout dans l’excuse de qui ne nous sommes pas : une femme parfaite, une professionnelle exemplaire.

L’année précédente m’a permis de progresser dans ce domaine et je mets toute mon énergie au service de celles que je reçois afin qu’elles acceptent (enfin) d’être qui elles sont vraiment. Avec des ombres, des incertitudes, des doutes. Mais elles sont tellement importantes ces aspérités qui nous rendent uniques. Ensemble, nous construisons un chemin qui doit leur permettre de conscientiser et revendiquer toutes les forces qu’elles déploient au quotidien. Afin qu’elles en soient fières, qu’elles se reposent sur elles pour construire un parcours professionnel qui leur correspond !

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15 réflexions sur “Qui sommes nous « vraiment » ?

  1. Célestine dit :

    Oh que j’aime ce billet, Cloudy.
    Tellement vrai, humain et respectueux, loin des déchaînements médiatiques occasionnés par la remise en cause d’un vieux monde patriarcal qui nous conditionne tous et toutes depuis des millénaires. Ça rue dans les brancards, alors ça gène, forcément. Alors la contre-réaction est violente, évidemment.
    Oui les femmes portent ce poids de la non-confiance en elle, parce que cela fait des millénaires qu’on leur dit qu’elles sont faibles, un peu bébêtes, juste faites pour le ménage ou le repos du guerrier…De beaux objets qui ne doivent pas trop penser. Ou des servantes pratiques. Cela fait des millénaires qu’elles se pensent coupables. Dominées par les hommes dans tous les compartiments de la société.
    (voir la lettre d’Eva Darlan)
    Et ça fait des dizaines d’années qu’elles revendiquent de pouvoir travailler, qu’on leur a accordé ce droit parce qu’elles sont allées le chercher avec les dents, mais qu’on le leur fait payer en les mettant constamment en face de leur condition : elles doivent être parfaites, mères, épouses, professionnelles, ménagères, alors bien sûr elles craquent.
    je travaille sur moi en ce moment Cloudy. Et surtout sur mes croyances ancrées, mes formatages, mes idées induites. Je décrasse…
    Ça fait un bien fou
    je t’embrasse, sister
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Cloudy dit :

      Merci pour ce puissant message Célestine, qui me touche infiniment.
      Sisters, nous le sommes toutes un peu je crois 🙂
      Nous avons toutes, comme tu l’écris si bien, à décrasser, un peu, beaucoup…
      Bizettes

  2. Christine dit :

    Alors moi ce que je retiens c’ est  » le rythme du travail ne respecte pas le rythme des êtres  » parce que depuis longtemps je pense que cette société irait bien mieux si on le respectait ce rythme , tant au niveau des femmes que celui des hommes et surtout celui des enfants ! j’ en profite pour te dire que je te lis régulièrement et avec beaucoup de plaisir 😉

    • Cloudy dit :

      Merci Christine de venir me visiter.
      Je te rejoins absolument sur cette notion de rythme qui fatigue, affaiblit, laisse parfois sur le bord de la route. Ce que je déplore, tout comme toi.
      Très belle journée

  3. Melle Bulle dit :

    J’aime beaucoup cette réflexion sur ton travail, ton accompagnement et sur nous les femmes. JE trouve que notre société impose beaucoup trop de choses aux femmes, et qu’il est difficile d’y trouver son équilibre. Mais depuis quelques mois, j’ai pris conscience également de beaucoup de choses et je fais le maximum pour me respecter. Car je me dis aussi que le respect des autres envers nous même passe avant tout par le propre respect que l’on se porte.

    • Cloudy dit :

      Ma chère Mlle Bulle, je te rejoins totalement.
      En effet, il me semble qu’à mettre la barre trop haut, on se perd…
      Il faut se considérer, se donner la place qui est la nôtre, se donner la légitimité, qui n’est pas usurpée !
      Des bizettes

  4. Dédé dit :

    Hello. Un texte qui me parle beaucoup. J’ai vécu l’année dernière une étape difficile au niveau professionnelle. La direction de la boîte dans laquelle je travaillais a décidé de faire le « ménage ». Mais comme c’est une boîte qui bosse dans le social, on ne peut pas invoquer des contraintes économiques alors ils ont inventé une sombre histoire bourrée de mensonges, ont fait témoigner des menteurs et hop, coup de pied dans le derrière. Je suis actuellement en procédure avec un avocat. Après plusieurs mois d’arrêt, je reprends peu à peu pied pour retrouver un autre travail, ailleurs. Dès la semaine prochaine, je vais rencontrer ma conseillère en personnel qui est censée m’aider. J’espère qu’elle le fera et qu’elle ne m’imposera pas des contraintes que je ne pourrai plus tenir. En effet, dans ma tête, j’ai décidé de ne plus accepter de faire tout et n’importe quoi, de m’abrutir de travail sans être reconnue parce que justement je suis une femme (ce que j’ai vécu pendant 7 ans dans cette boîte rempli de types imbus d’eux-mêmes) et de développer d’autres compétences. J’espère arriver au bout de cette démarche. Mais que c’est difficile. Merci pour ton texte. Et bises alpines.

    • Cloudy dit :

      Merci pour ce partage Dédé.
      Je te souhaite de trouver l’énergie pour continuer, autrement et ailleurs, ton chemin professionnel.
      Ne pas oublier que tu es, nous sommes, légitimes.
      Quoi qu’en pensent les menteurs, les manipulateurs, les conseillères 😉

  5. lobservatricepastoujourssilencieuse dit :

    Je connais mal le monde du travail mais tout ce que tu écris peut s’appliquer à la vie en général. Cela me fait penser à une cliente que nous visitons souvent et qui manque totalement de confiance en elle et cherche « l’appui » de mon mari sans cesse pour se redonner confiance… Mais ceci fera sans doute l’objet d’un post chez moi !
    J’espère que tu te sentiras mieux dans ce nouveau poste, que tu trouveras ta place.
    Je t’embrasse

    • Cloudy dit :

      Merci pour ton passage ici:)
      Oui tu as raison, cela peut s’appliquer à tous les domaines de la vie.
      J’espère que toutes mes semaines ne ressembleront pas à celle qui se termine : elle fût cauchemardesque !!!!

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