Rétro # 16

En 2106

Après 13 années de bons et loyaux services au service de l’insertion, je suis allée voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Concrètement et pour faire court, elle ne l’est pas.

J’ai passé du temps dans les services d’urgences, dans les hôpitaux et les cliniques. Je suis incollable sur l’AVC, le malaise vagal, l’ictus amnésique.

J’ai désespéré de la vie politique française, j’ai décidé de ne plus jamais voter puis me suis ravisée, puis…

Je suis tombée en amour de l’Islande et peux mettre une émotion ferme et définitive sur le terme communion.

J’ai passé des moments revigorants avec des djeuns d’une rare beauté intérieure.

La SNCF était en retard. Encore et toujours et pas arrangeante avec ça (comment ça je suis intolérante ?!!!).

J’ai eu chaud, très très chaud puis j’ai toussé beaucoup. J’ai eu mal, infiniment mal à ma planète et cela ne semble pas s’arranger.

J’ai mis mon livret A à sac pour acheter une fantastique cuisine qui déchire sa race.

Nous avons fêté nos un an (faites que cet amour dure toujours…).

Je n’ai presque pas été malade (!).

Je me suis éloignée définitivement de mes cousins bienaimés et en conçoit une certaine tristesse.

J’ai bu beaucoup de bières (mais alors vraiment beaucoup).

J’ai poursuivi ma découverte des jardins parisiens et de navarre.

J’ai photographié, instagramé en quantité (pas toujours en qualité, je l’avoue) mais avec un bonheur gourmand.

Je suis devenue amie avec mon dentiste et mon orthodontiste, des hommes merveilleux…mais vénaux.

J’ai recruté, beaucoup recruté de professionnels consciencieux, pour lesquels le service public a un sens, est une valeur forte.

Je suis devenue bronde puis blune.

J’ai découvert le distributeur de vernis (THE découverte !!!!).

J’ai pleuré et prié pour la Syrie, pour Nice, pour Berlin…

J’ai rêvé piétiner la Loi El Khomri.

J’ai regardé TOUTES les soirées politiques relatives aux primaires de la droite (et j’ai eu envie de me pendre).

J’ai eu mal à mon statut (de fonctionnaire).

Il a été question de place (toujours et encore), de famille, de légitimité professionnelle, de valeurs, d’aspiration, de temps perdu jamais rattrapé, du temps pour les autres et trop peu pour moi.

Il y a eu des retrouvailles et des rendez-vous manqués, des pleurs, des absences prolongées, la conscientisation (s’il en était besoin) de ma finitude et de celle de mes aimés, des rires doux et salvateurs ; il y a eu des colères, des renoncements, des moments fugaces de grand bonheur, de la fatigue, le sentiment d’avoir toujours la tête sous l’eau, de l’amour doux et fort, bien peu d’amitiés…

Bref, la page d’une année que je suis très heureuse de tourner…