Un père et passe

Chaque année, aux abords de Noël, notre famille se crispe, pour des raisons diverses et variées.

Cette année, pour une raison qui m’échappe mon père nous fait des crises d’autorité, dénuées de sens.

Plus le temps passe, et malgré mes années de thérapie, et plus  le fossé entre nous se creuse. Une incompréhension mutuelle abyssale nous oppose.

Ce qui ne faisait que m’égratigner il y a quelques années, voire même me frôler  le cuir ; m’irrite et me blesse aujourd’hui.

A cause de l’âge sans doute, à cause de cette famille que nous n’agrandirons pas avec le Népou, à cause de l’urgence que je ressens de plus en plus, de manière prégnante.

Nous avons raté le coche, nous ne nous sommes jamais rencontrés, j’ai pourtant fait des efforts mais rien n’y fait, il y a toujours quelque chose qui grince, qui accroche. Ces choses que je ne sais pas faire (le jardin, les confitures, la cuisine de manière générale), le goût que je n’ai pas (pour les antiquités), le vrai travail que je ne réalise pas (je suis fonctionnaire et ne travaille que 37, 30 heures / semaine) et coup de grâce suprême, cet enfant que je ne ferai jamais.

A quand cela peut-il remonter ? Au commencement je crois, à son besoin d’être un fils parfait (pour des parents qui ne l’ont jamais aimé) mais un père absent. A sa manière de toujours prendre parti pour môman lorsque celle ci dénigrait avec plaisir et perversité sa fille à lui (trop grosse, trop grande, pas assez gracieuse, pas assez gentille….). A sa façon de toujours se taire, toujours botter en touche pour toutes les grandes décisions. Voir petit, penser petit, faire petit ; tel a toujours été son credo. Ne pas se faire remarquer, ne pas attirer l’attention sur soi. Surtout pas de vague.

De vagues, il n’y a en a jamais eu et il n’y en aura jamais.

Je crois que je peux mettre des mots sur cette colère sourde. C’est celle de voir cet homme de 70 ans, dénigré autant d’années par sa mère, qui ne supporte pas de la voir en maison de retraite, qui ne se fait pas à son absence, qui n’a pas coupé le cordon et qui dès lors nous le fait payer, à sa manière.

Je me demande, si ce qui sort en ce moment, c’est la jalousie, la tristesse ou l’absence. Il me semble que je pleure la place béante du père, les re-pères qu’il ne m’a jamais donnés.