Dépendances

Mes dépendances sont nombreuses.

Longtemps, elles ont été affectives. Mes relations, toutes fusionnelles, me laissaient en lambeaux, dès lors qu’elles se terminaient. Le travail m’a endurcie, je crois, les épreuves de la vie aussi. La perte de meilleure amie d’abord, mon parcours en PMA ensuite.

D’aussi loin que je me souvienne, je suis dépendante à la nourriture. Je me remémore des dimanches après midis, seule sur le divan, angoissée à l’idée d’aller à l’école, mangeant tout ce qui me tombait sous la main. Angoisses, stress, solitude me poussent à manger déraisonnablement. La nourriture est liée à tout mon parcours de vie. Père cuisinier et boulimique, famille d’accueil très portée sur la nourriture. Enfant, j’ai été gavée, puis je me suis gavée seule. A 40 ans passés et malgré les déprogrammations, je suis toujours et plus que jamais dépendante. Les dégâts nombreux de l’hyperphagie, sont irréversibles. Peau, souffle, cœur… Je le sais pour autant, je suis incapable de m’arrêter. Il y a  bien longtemps que la souffrance n’a pas été aussi lancinante qu’en ce moment.

Depuis deux ans, les anti dépresseurs sont entrés dans ma vie. Ils sont arrivés après un craquage nerveux dû à un surmenage professionnel, après des FIV infructueuses, après…. Les anti dépresseurs m’ont anesthésiée, m’ont permis de retrouver le sommeil, mes crises d’angoisse se sont espacées, mes crises de larmes aussi. Je n’ai plus la sensation d’être submergée en permanence, bien que je me sente encore fragile dans certaines circonstances. J’ai traversé les évènements dans une sorte de nuage. Le mariage, le décès soudain de mon beau-père, mon changement d’emploi.  Comme dans la peau de quelqu’un d’autre.

Il arrivera un jour, certainement, où j’arriverai à vivre en cohabitation avec moi, sans douleurs…

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