Food Junkie

Qu’est ce qui fait que je pourrais me mettre à table, à 18 h en rentrant du travail et m’enfiler à peu près tout ce que contiennent mes placards

Qu’est ce qui fait que lorsque j’ai fini de manger, j’ai encore faim et que je pense à la bouffe une grande partie de la journée

L’exigence, l’image dépréciée de moi, le manque (de mon mari, d’amis, d’amour, de reconnaissance ?)

Je me fais l’effet d’être une junkie. Qui a besoin de sa dose de sucre pour supporter un quotidien exécrable.

C’est vrai, j’ai un toit, de quoi manger justement, je suis en relative bonne santé, j’ai de quoi me vêtir et j’ai un foyer. Bien sûr que c’est vrai et parfois j’ai presque honte de cette opulence lorsque je croise, chaque jour, le dénuement des autres

Mais il n’empêche, le besoin coupable de me remplir, coûte que coûte est revenu comme un oiseau de mauvaise augure

Je sais ce que ça me dit, mon corps le sait aussi, victime discrète de ce cerveau qui ordonne les prises de poids puis les mises à l’épreuve drastique

Un adage dit « qui a bu, boira » en est il de même pour ce cercle infernal dans lequel je suis depuis des dizaine d’année

J’ai tout essayé. Mise à part la lobotomie je ne vois pas.

Comment fait on pour se remettre de ce qui a été enfant, de ce qui n’est plus adulte mais qui a creusé son sillon si profondément que chaque secousse revient remuer la boue encore et encore

Parfois, je surprends le regard des autres sur moi. Sur ce que je mange et je lis parfaitement ce qui s’imprime dans ces regards compatissants ou accusateurs, à la marge interrogateurs et je n’en mange que plus

Je suis ma victime et mon bourreau, ma sauveuse parfois mais une sauveuse qui encore une fois n’ai pas capable de se battre à armes égales.

 

 

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11 réflexions sur “Food Junkie

  1. moune95 dit :

    C’est si bien dit. Tes mots sont justes. Comme moi tu sais. Mais savoir et pouvoir se battre sont deux choses qui peuvent ne pas se rejoindre. Depuis mon opération les pulsions sont toujours là. Mais la boulimie s’arrête au deuxième carré de chocolat , impossible de manger plus. La satiété est là très vite. Et puis ma digestion étant courtcircuitee je ne prends plus de poids même si je suis loin d’être un modèle de diététique. Je reste persuadée que la mutilation digestive est notre seule chance. C’est con mais c’est comme ça.

  2. sylvie dit :

    et si, au lieu de le voir en termes de dépendances ,tu le vois en termes de plaisir, ça peut changer la vie car ça génère de la joie et moins de culpabilité…..j’aime manger c’est plus sympa que je suis coupable de manger
    bisous affectueux

  3. La Noiraude dit :

    Je rejoins Moune. Ce que tu décris, c’est mon moi avant l’opération. Même si cette opération n’est pas une solution miracle et demande une surveillance constante de soi, c’est aussi la seule solution efficace que j’ai trouvé. Après avoir aussi tenté tous les régimes et cures possibles, sans succès. Bien sur, cela n’empêche pas les pulsions, mais la taille de ce nouvel estomac en facilite grandement la gestion. J’ai fini par choisir « la facilité », et finalement, je ne regrette rien. Je pense fort à toi, je sais à quel tout cela est difficile à vivre. Plein de bises.

    • Cloudy dit :

      Ma Noiraude
      Ce que tu as choisi, une opération, est ce vraiment la facilité après tant de souffrances. Je n’en suis pas certaine. Tu as choisi la solution possible pour toi, après un chemin difficile.
      J’ai tellement malmené mon corps, que la solution de l’intervention m’effraie et ne peut être la mienne aujourd’hui. J’ai eu trop de souffrances médicales ces trois dernières années pour envisager une opération. Cela même si je vous sens libérées Moune et toi.
      Tu étais une belle femme avant l’opération, tu es aujourd’hui une femme plus resplendissante encore.
      Je ne peux pas dire que cela ne me fait pas envie. Mais malheureusement, je n’en suis pas là.
      Bizettes

  4. Laetitia dit :

    Bonsoir,

    Je vous ai écrit au moment du déjeuner mais mon commentaire a disparu dans les limbes informatiques … Votre texte m’a profondément émue et presque affligée tant votre détresse est palpable, vos larmes, votre haine de vous-même … La nourriture a toujours été quelque chose de compliqué pour moi et je me sors peu à peu de cette relation bien tordue et bien néfaste.
    En anglais on dirait « food junkie » pour qualifier une personne drogué(e) de la bouffe, « Junk » signifiant ordures, déchets … Mais n’est-on pas tous drogués de la bouffe, nous avons tous besoin de manger pour vivre … Je comprends votre souffrance quand vous écrivez que vous n’arrêtez pas d’y penser à certains moments, à cette putain de nourriture … Honte, culpabilité … Je m’en suis sortie en faisant du sport, en éprouvant un sentiment de gratitude absolue quand j’ai repris la course à pied après mon deuxième bébé, il avait six mois, je faisais de nouveau l’amour, je nourrissais complètement un adorable poupon tout rond, j’ai alors ressenti un tel sentiment de puissance en dépit des kilos supplémentaires dont j’étais encore lestée … Je ne l’ai jamais oublié. Peu m’importe si mon corps était alors celui d’une femme qui avait eu deux enfants à 20 mois d’intervalle … Plus tard, c’est la passion physique qui m’a fait mincir sans même y penser, l’exaltation des sens …
    Je ne sais pas si vous êtes ronde ou grosse, mince, maigre, replète, gironde, je ne le sais pas, mais ne peut-on pas être une belle femme grosse? Je crois que si. A vous lire, je vous devine sensible et intelligente, une belle femme. Vous.
    Peut-être que l’amitié, des échanges entre femmes toujours plus nourris et construits pourraient vous aider alors que vous êtes au milieu du gué?
    Le pseudonyme que vous vous êtes choisi me fait sourire … A cloud … sans contours définis …
    Je vous embrasse.

    • Cloudy dit :

      Bonjour Lætitia
      Je vous remercie pour vos mots, pour décrire votre chemin à vous, des mots doux remplis d’espoir.
      Merci pour votre bienveillance qui me touche infiniment… et me fait beaucoup de bien en ce matin.
      Douces pensées à vous Lætitia

  5. Laurence_J dit :

    Bonjour,
    j’ai trouvé votre texte bien triste et pourtant vrai.
    Il me fait penser à une bd coréenne, Junk Love, qui parle d’estime de soi et d’un couple dysfonctionnel qui ne se retrouve qu’autour de la nourriture. Il m’avait mis une claque à l’époque…

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