Quand le mardi ressemble au lundi…

Elle fait des lettres, des tas, mais les employeurs « ne veulent pas d’elle ».

Je tente d’être factuelle, de la ramener à la réalité.

Combien de lettres, une quarantaine ? Non moins que ça.

Une trentaine ? Non moins que ça.

Alors entre 10 et 20 ou entre 5 et 10 ?

5.

Alors 5 serait des tas et TOUS les employeurs ne voudraient pas d’elle ?

Je prends ma voix la plus douce possible, je me recule sur ma chaise. En fait, à l’intérieur, j’ai envie de l’atomiser. 5 ans que je la porte (j’allais dire à bout de bras…). Tous ses emplois, ces dernières années, c’est par mon intermédiaire qu’elle les a trouvé.

Je dis que c’est terminé, soit elle y met du sien, soit j’arrête.

Elle ne comprend pas.

Forcément…

Elle pleure à chacun de nos entretiens. C’est « mon Caliméro ».

Elle se tord les mains, ferme les yeux pour expulser sa colère, grimace. Il n’y a pas d’emploi pour elle dans ce drôle de pays qui fonctionne à coup de CV longs comme le bras, qui ne reconnait pas les diplômes étrangers, qui demande de la paperasse pour tout et rien. Personne ne peut rien faire pour elle.

Des mois qu’elle pleure, des mois qu’avec plusieurs autres professionnels nous tentons de faire avancer sa situation.

Et aujourd’hui, j’ai réussi à lui dire que je ne supportais plus ni sa colère, ni ses larmes. Personne c’est moins que ça.

Ça la surprise, cet affront qui vient de moi, son indéfectible soutien, qui lui renvoie (tardivement) sa responsabilité.

Certains jours, comme aujourd’hui, ils et elles m’épuisent

 

 

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12 réflexions sur “Quand le mardi ressemble au lundi…

  1. Pierre dit :

    Un de nos salariés en insertion se plaint toujours de n’avoir pas autant que les autres en termes de formations rémunérées et clame son « droit » de faire toutes celles qui se présentent, sans se soucier de ses collègues, eux aussi demandeurs. Aujourd’hui, au sujet de la journée de solidarité envers les personnes âgées qui lui fait « perdre » un jour de congé, il nous balance, hargneux : « Moi je m’en fous des vieux ! ».
    Envie de lui rappeler ce qu’il doit à la solidarité nationale, à cet heureux, mais néanmoins ingrat bénéficiaire des subsides de l’état…

    • Cloudy dit :

      Rappeler à tous sa place dans la société, sa responsabilité vis à vis de l’autre, son rôle à jouer me parait essentiel.
      Mais tellement mal compris parfois…

  2. gballand dit :

    Une seule solution, le centre de soins psychologique pour cette demandeuse d’emploi 😉
    Bon courage, il vous en faut. Mais, il me semble que vous avez eu raison de lui inoculer ce petit « poison » 😉

    • Cloudy dit :

      Pour la seconde candidate oui, un suivi psy est préconisée. Elle est tellement dans l’émotionnel que la rencontre avec un employeur est impossible à ce jour.
      J’ai du courage ! Il baisse un peu parfois 😉

  3. maty dit :

    Ce n’est pas un affront c’est peut-être ce qui va l’aider le plus de savoir les limites des autres…

    • Cloudy dit :

      Ce n’est pas un affront de mon point de vue. Mais elle a été surprise, après ces années à faire beaucoup pour elle, que je lui renvoie ses responsabilités et me mette en retrait lui demandant d’agir plus.
      C’est ma responsabilité que d’avoir construit cela à tort avec elle.

  4. Pascale dit :

    certaines personnes agissent peu ou n’ont plus de ressort pour agir
    Notre société est dure, impitoyable, ne l’oublions pas
    de quelle autonomie parle t-on ?

    • Cloudy dit :

      Bonjour Pascale
      Oui vous avez raison, notre société est d’une implacable violence. Elle demande à des agents de propreté de se prêter à des entretiens collectifs, à des jobs dating, de prouver leur compétence, juste pour balayer des allées de centres commerciaux.
      Vous avez raison aussi en disant que certains personnes sont en bout de course, pas suffisamment armées pour affronter le monde du travail.
      Je connais aussi des candidats dotés d’une incroyable force d’inertie, qui aiment être choyés et portés et qui ont des difficultés à se rendre acteurs de leur recherche d’emploi.
      L’autonomie, c’est apprendre à se prendre en main avec les moyens qui sont les nôtres. Avec nos forces et faiblesses aussi.
      De mon point de vue

  5. Mi-chemin dit :

    Tu sais que je t’ai toujours admiré dans ta profession, aurais-je la patience, les mots ? Je ne sais pas mais pfff que tu dois être fatiguée et épuisée et que sans le vouloir, bien sûr, ces gens doivent te prendre toute ton énergie………..
    Bisous ma douce, je pense à toi

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