Quand le mardi ressemble au lundi…

Elle fait des lettres, des tas, mais les employeurs « ne veulent pas d’elle ».

Je tente d’être factuelle, de la ramener à la réalité.

Combien de lettres, une quarantaine ? Non moins que ça.

Une trentaine ? Non moins que ça.

Alors entre 10 et 20 ou entre 5 et 10 ?

5.

Alors 5 serait des tas et TOUS les employeurs ne voudraient pas d’elle ?

Je prends ma voix la plus douce possible, je me recule sur ma chaise. En fait, à l’intérieur, j’ai envie de l’atomiser. 5 ans que je la porte (j’allais dire à bout de bras…). Tous ses emplois, ces dernières années, c’est par mon intermédiaire qu’elle les a trouvé.

Je dis que c’est terminé, soit elle y met du sien, soit j’arrête.

Elle ne comprend pas.

Forcément…

Elle pleure à chacun de nos entretiens. C’est « mon Caliméro ».

Elle se tord les mains, ferme les yeux pour expulser sa colère, grimace. Il n’y a pas d’emploi pour elle dans ce drôle de pays qui fonctionne à coup de CV longs comme le bras, qui ne reconnait pas les diplômes étrangers, qui demande de la paperasse pour tout et rien. Personne ne peut rien faire pour elle.

Des mois qu’elle pleure, des mois qu’avec plusieurs autres professionnels nous tentons de faire avancer sa situation.

Et aujourd’hui, j’ai réussi à lui dire que je ne supportais plus ni sa colère, ni ses larmes. Personne c’est moins que ça.

Ça la surprise, cet affront qui vient de moi, son indéfectible soutien, qui lui renvoie (tardivement) sa responsabilité.

Certains jours, comme aujourd’hui, ils et elles m’épuisent