Sisyphe

Je regarde ma vie et tout se mélange.

Ce lieu  devenu assez chiant et loin de ce que je souhaitais en faire.

Mes mains qui commencent à se friper, mes cheveux blancs sur les tempes et la pétasse de ride du lion qui me barre le front

Mon « petit malheur » que je me traine douloureusement

Ma situation professionnelle, triste à mourir, à mille lieux de ce que je pouvais imaginer

Je n’aime pas ma vie, je n’aime pas la manière dont elle se transforme depuis 3 ans. Les douleurs, les griffures, les pertes, les mensonges, la souffrance physique, psychologique.

Je me raccroche à tout ce que j’ai.

Un Namoureux, une famille aimante, un nid douillet, un salaire qui me permet de manger à ma faim, de me soigner, de partir en vacances et de m’offrir de menus plaisirs, des montagnes magnifiques qui chaque jour me font m’émerveiller du cadre de vie qui est le mien, quelques amis.

Je me raccroche mais ce n’est plus suffisant.

Je veux plus, mieux, plus fort, plus grand, plus doux, plus joli.

Plus de vie.

Je ne sais pas si je le vaux bien, je ne sais pas si je suis une chic fille, celle que je voulais être lorsque j’étais jeune, celle que je projetais.

Je ne sais pas et je m’en fiche finalement.

Je réclame juste ma part… histoire de remonter un peu la pente.

 

 

Le dernier jour…

Des primes que l’on n’accorde pas

Des dossiers que l’on retire

Des projets auxquels on n’est pas associé

Des dates de RDV qui ne sont pas communiquées

Des demandes de formation sans cesse repoussées

Des avancements « ralentis »

Des changements d’horaires intempestifs

Des réunions qui tournent à l’aigre

Des décisions imposées sans échanges préalables

Des professionnels que l’on met au placard, jusqu’à ce qu’ils partent, jusqu’à ce qu’ils soient retraités

Des femmes qui ne retrouvent pas leurs postes à leur retour de congé maternité…

Accompagner des salariés et des agents de collectivités m’a permis à plusieurs reprises d’effleurer la question de la souffrance au travail.

Des personnes démotivées, parfois brisées.

A mon tour de la toucher du doigt cette violence.

De celle incompréhensible qui nous tombe dessus sans que l’on sache pourquoi.

Ou plutôt si…

Un besoin d’exercer le pouvoir, au mépris du travail engagé depuis 10 ans.

Par des individus, par un collectif, par des professionnels qui ne sont pas forcément des amis dans la vie mais qui se connaissent très bien et savent parfaitement fonctionner ensemble.

Voilà un épisode que je ne suis pas prête d’oublier. A titre personnel et professionnel.

C’est la claque que je prends, en plein dans la face, qui m’ouvre grand les yeux sur le monde de l’emploi (s’il en était besoin) et plus précisément sur mon nouveau cadre d’emploi.

C’est une leçon de vie.

Point de sentiments, juste de la rationalisation, juste des résultats, des indicateurs, des preuves.

Longtemps, j’ai eu besoin de faire mes preuves. Pour moi, pour les autres. Ma supérieure, mon équipe, mes accompagnés. Ce travail, j’ai tout fait pour l’avoir, le tenir, avancer toujours. Je me suis oubliée parfois, me suis ramassée quelques murs, ai passé quelques nuits sans sommeil. Si ce travail m’a apporté beaucoup de joie et satisfaction, il m’a souvent aussi mise à terre.

Cela en valait-il la peine ?

Aujourd’hui je sais que non.

Aujourd’hui, c’est le dernier jour de ma vie où mon travail prenait toute la place.