Des lassitudes

Professionnelles pour commencer.

Nous sommes tous, à des niveaux différents, fatigués, irritables, sur la brèche. La fin d’année est loin d’être notre période préférée. Nous devons préparer nos bilans d’activité, nous projeter sur l’année à venir, accueillir des personnes qui vivent la période des fêtes de fin d’année dans la difficulté, voire un grand dénuement. Avec les années, j’ai le sentiment de ne plus accompagner mais d’être pressée par des impératifs financiers et des contraintes administratives toujours plus lourdes.

Alors que les écarts ne cessent de se creuser, je vis violemment le fait d’accompagner non plus des personnes en tant qu’individualité, en fonction d’un projet, mais en fonction d’un dispositif. Autant de critères ineptes et enfermants, si peu connectés à la notion d’humanité. Nous n’avons pas les moyens suffisants aujourd’hui pour faire face aux multiples crises auxquelles nous sommes confrontées et je m’en désole.

Familiales aussi.

Pour la troisième fois cette année, la mort est venue nous visiter. Nous nous y attendions, nous étions « préparés » (peut on l’être seulement ?), car selon l’expression consacrée, la maladie avait creusé son sillon.

Pour autant et à chaque fois, je suis ébranlée. Questionnée dans mes fondements, dans ma relation à la vie et à la mort, dans ma relation à l’autre. Comment j’investis mes relations, le chemin que je prends est-il le bon, est ce que je profite de chaque instant à sa juste valeur, où est le vrai… ? Des questions finalement très « judéo-chretiennes »… mais ce sont celles qui me taraudent aujourd’hui.

Et puis, tandis que cette épreuve devrait nous réunir, les antagonismes se révèlent, les anciennes querelles se ravivent. Chacun joue sa partition, à sa manière, comme on sait si bien le faire dans ma famille… C’est un spectacle que j’observe de l’extérieur, incrédule et avec une pointe de dégoût.

Individuelles enfin.

Mon corps ne peut plus avancer. Je suis épuisée, tous mes membres sont tendus à l’extrême.

Le nouvel ostéo m’a avertie, « votre corps n’est pas prêt pour une autre FIV »… Je suis prise en tenailles entre ce corps que je me dois d’écouter enfin et de respecter, et le temps qui file et qui de plus en plus nous éloigne de la perspective de pouvoir avoir un enfant. Je ne sais plus. Où j’en suis, ce que je veux. La saturation est partout. Je ne peux plus écouter, entendre, me lever, aller travailler.

Je ne rêve que d’une chose : m’extraire du quotidien, m’exiler pour deux ou trois semaines, ne plus rien entendre, ne plus être sollicitée. Un chalet, de la forêt, de la neige et la nature, quelques bouquins, un peu de ravitaillement (faut pas déconner) et un bon lit, voilà un cadre idéal. Pour me reconnecter, me retrouver, prendre du recul et prendre le temps. Prendre GRAND soin de moi finalement.

Encore quelques jours jusqu’à la fin d’année. J’espère que les mauvaises nouvelles s’arrêtent ici.

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