Not yet

Je suis rentrée, j’ai descendu tout le chocolat, jeté les derniers médicaments et rangé les ordonnances.

J’ai pensé à ma grand-mère maternelle qui a eu 10 enfants et n’en désirait pas la moitié, à ma grand-mère paternelle qui a 19 ans, a tout fait pour se « faire passer » son fils unique. J’ai pensé à ma marraine, aujourd’hui décédée, qui il y a 50 ans a eu sa fille adorée à l’âge de 39 ans.

Je me suis sentie vide. Aussi vide que le sont mes cellules.

Vide et lasse. Une semaine que je ne dors presque pas. Tiraillée entre cette décision professionnelle à prendre et l’angoisse des résultats.

J’ai pensé à mon corps, mis à rude épreuve, à l’anesthésie dont je me remets difficilement.

J’ai pensé à ces 3 couples qui comme nous ce jour là entraient pour la première ou pour la énième fois dans l’aventure.

J’ai pleuré. Fort. Comme je le fais dans ces moments de terrible angoisse où tout semble flou et nébuleux. Infiniment douloureux.

Je n’ai accusé personne. Ni la vie, ni un Dieu, ni nous.

Et puis j’ai respiré un grand coup. Parce que la vie, malgré tout, est partout et qu’il faut composer avec. Continuer.

Ce ne sera pas pour cette fois.

Nous ne serons pas parents.

C’est comme une punition, une maltraitance, un droit qu’on nous retire.

C’est comme un rendez vous manqué avec la vie, avec notre famille. C’est comme une impression de quelque chose qui se dérobe sous mes pieds mais qui me laisse tenir debout, chancelante, meurtrie, aphone.

Et pourtant, si, la vie est partout…

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