Je ne t’en parlerai plus

Se lever à 5 h 30 pour être à l’heure la Clinique qui fait des bébés.

Dans la salle d’attente, nous regarder toutes « par en dessous », chuchoter un bonjour, se plonger dans notre dossier, dans un magazine que nous ne lisons pas. C’est juste pour faire genre. A cette heure nous sommes toutes là pour la même chose, encore un peu endormies et anxieuses quant aux résultats.

Subir un défilé d’infirmières à heure fixe, écouter leurs théories sur le sujet : « A la première FIV ça ne marche jamais, il en faut au moins 3, je connais des « fiveurs » qui… » Sourire à toutes ces théories sans donner prise, encaisser la quantité non négligeable de piqûres. Regarder les bleus sur les bras, se masser le ventre hyper tendu, lui parler, le remettre au centre.

Attendre, être un peu coincés à la maison.

Jongler avec les nombreux effets secondaires, ne pas dormir, tenter de tenir au boulot, pleurer pour un oui ou pour un non.

Devoir poser des congés à la dernière minute et mentir sur les raisons.

Ne trouver aucun réconfort. Nulle part, auprès de personne.

Garder pour soi les doutes et les peurs, pour ne pas effrayer.

Détester les sigles, les taux, le vocabulaire médical.

Tenter de vivre l’expérience de  » l’extérieur », faire comme si.

Déplorer le manque de lien avec la gynécologue, le manque d’humanité mais croire malgré tout en sa compétence « technique ».

Remettre de la joie, se projeter positivement dans l’avenir sous peine de se laisser submerger par ce protocole hyper-médicalisé.

Prendre soin du corps tant bien que mal, dans son ensemble, car encore une fois, il est durement mis à l’épreuve.

Explorer finement son projet de vie, de famille, de femme. Savoir désormais très exactement pourquoi on en est là ensemble.

Que ça marche ou pas, je ne t’en parlerai plus.