Very bad trip

Notre médecin ressemble à Bradley Cooper. Ce qui donne à l’aventure un petit caractère « léger ».

En apparence tout au moins, car à ce stade, plus rien ne l’est vraiment. Léger.

Tout a son importance, doit être considéré, pris en compte. Tout est sérieux.

Je tente de ne pas me laisser envahir par les émotions, les questionnements, les craintes.

Je ne me projette pas.

Pas plus sur nos chances de réussites que d’échecs.

Je vis les choses au fur et à mesure, dans ma bulle.

Je mets loin les nombreux RDV, les quantités de médicaments à prendre. Que pour certains je trouve inutiles.

Car, certains RDV font plus  l’objet de bavardages que de réelles prises de décision, quant aux vitamines qu’il faut ingurgiter, nous ne sommes pas assurés qu’elles peuvent agir positivement sur le processus.

DOC Cooper est un homme charmant, il manie l’humour avec habilité, est doté d’une ENOOOORME confiance en son potentiel (ce qui est plutôt rassurant). Il parle vite, ne lésine pas sur les termes techniques et nous gratifie de petits films vidéos qui nous permettent de mieux appréhender le processus dans lequel nous sommes engagés.

Tout est si évident pour lui.

Et si peu pour nous.

Nous sommes Madame Cloudy et Monsieur Namoureux,  un couple avec une histoire, des blessures, un rêve qui peine à prendre corps. Il nous faut parfois reformuler, insister pour avoir des clarifications. Le technicien qu’il est doit alors se connecter à notre réalité d’humains, de couple, de futurs parents que nous deviendrons ou pas. Alors seulement il se radoucit un peu lorsque nous tentons de le ramener à nous, non pas à des courbes, des statistiques, des taux, juste nous.

Je ne pense à rien, je n’ai pas peur. Je n’ignore tout ce que cela va supposer, je sais que je vais devoir prendre sur moi et vivre, de fait, la plupart des étapes seule. Je mets à distance.

Pourtant, mon corps me préoccupe, je ne peux pas le nier. Je me demande comment il va réagir. Ce drôle de compagnon qui ne cesse de me jouer des tours, de me mettre à l’épreuve. Cette entité que je ne cesse de torturer (à moins que ce ne soit l’inverse).

Dans cette drôle d’histoire,  il y a aussi les « autres ». Cette nébuleuse (famille, ami-es), majorité silencieuse qui est au courant mais ne demande rien. Par peur de nous blesser, de nous bousculer peut être, voire peut être de nous culpabiliser. Une petite minorité quant à elle, y va de ses conseils à gogo, parce qu’une amie d’une amie…

Notre enfant ne naitra pas du plaisir, de la joie, de la communion de nos corps. Il va être conçu en dehors de nous, après une intervention qui aura générer quelques souffrances, avec du matériel froid et dans une boite. Nous nous sommes fait à cette idée, totalement dépourvue de poésie.

Et mine de rien, la date approche…

Publicités