Se prendre un bus (dans la gueule)

Je crois aux signes. Bien plus qu’en tout autre chose. Ils me parlent et me montrent la voie.

Ces derniers temps certains d’entre eux se sont multipliés. Les reportages sur les femmes enceintes et les accouchements, les livres et magasines sur la questions, des affiches de bébé, des femmes enceintes par paquets inhabituels. Je les ai interprétés positivement, j’y ai vu une réponse à nos questionnements et angoisses actuels.

Les signes m’ont trompée (à moins que je ne sache plus les lire).

Ce matin, nouvel entretien dans la clinique de la fertilité. Que ce mot est horrible. D’ailleurs, on devrait passer les uns après les autres : les fertiles et les infertiles pour éviter de nous croiser. Les ventres ronds, les bébés, les couples tristes. Le mélange ne donne rien de bon. On évite de se regarder, on est presque gênés.

Puis vient mon tour.

Analyses de sang, échographies, radiographies… Depuis un an, le dossier s’épaissit.

Elle regarde, lit à haute voix, prend des notes.

« Taux trop bas, protocole de soins, FIV ?, pendant un mois, puis on voit, on commence par, votre âge… ».

J’ai décroché, je n’écoute plus. Je regarde les montagnes par la fenêtre, je voudrais être là haut, respirer à m’en faire éclater les poumons.

Et voilà que les larmes coulent à torrent, que le ventre se tord. Uppercut.

Elle en a vu d’autres. Silence. « Séchez vos larmes, ça va aller ». Elle me laisse le temps de me reprendre, me tend de la documentation et m’accompagne vers la secrétaire pour régler.

En fait, non ça ne va pas.

Mes jambes flagellent, mon corps peine à me porter et mes larmes ne cessent de couler, un flot interminable.

Je hoquette.

Rien de grave. Pas encore. Non mais ma nature est celle d’une anxieuse compulsive.

Est ce que je vais tenir physiquement, est ce que je vais souffrir physiquement et Namoureux, restera-t-il si le Sunnybaby ne pointe pas le bout de son nez ?

Trop de questions pour ce soir, trop d’émotions… Je vais me coucher…