Animale

Il m’oriente vers la clinique de la fertilité, pour nous ôter tous les doutes et pour un suivi encadré et sérieux.

Me voilà donc dans la place. Flambant neuve. Il y là des femmes enceintes, des femmes seules, des femmes avec leur mère, des couples tristes qui ne se parlent pas.

Et moi.

J’attends patiemment mon tour, car je suis en avance. La prochaine fois ne pas oublier d’arriver pile à l’heure… Les regarder tous me tord le ventre, j’ai les larmes au bord des yeux et le cœur au bord des lèvres. Curieuse sensation.

Mon tour arrive. Je dois répondre à une batterie de questions, sur ma vie intime et sexuelle. Une chose dont je ne suis décidément pas habituée. Oui c’est pour la bonne cause, j’ai bien cet élément en tête et je ne le perds pas de vue.

Vient le moment du premier examen. Il faut se déshabiller, s’allonger, mettre les pieds dans les étriers, écarter les jambes. Un peu plus, « détendez-vous, allez, allez ».  Je suis fouillée de l’intérieur, inspectée. Je respire, fort et je me répète qu’il faut que je mette de côté mes réticences. Puis le deuxième, dans une position un peu plus confortable mais c’est tout… Il me reste encore trois examens à faire dans le mois qui vient. J’aurais montré trompes et ovaires à un bon paquet de personnes.

J’ai le sentiment que mon corps est ouvert aux 4 vents, béant. C’est comme si un air glacial venait le balayer, comme si des rapaces venaient se servir dans mes entrailles, je me sens déchiquetée de l’intérieur.

Dans cette posture, avec ce matériel, je me sens traitée comme une animale. Ça résonne dans tout mon corps, comme un écho.  Je sais déjà à partir de maintenant que si je n’arrive plus à avoir d’enfant, je ne me lancerai dans aucune course médicamenteuse. Il me faudra accepter cette drôle d’épreuve imposée par la vie et passer définitivement à autre chose.