Gérard

Dans toute ta filmographie, je n’ai vu que 3 films : Jean de Florette, Germinal, Trop Belle Pour toi. J’ai apprécié ton jeu d’acteur dans chacun de ces films et j’avoue avoir été touchée parfois, par ce que je nomme la grâce.

La grâce de l’acteur, pour moi, c’est lorsque l’on perçoit à quel point l’acteur fait corps avec son personnage, qu’il est incarné, que l’histoire qu’il joue le transcende.

Un acteur, fusse-t-il talentueux, n’en demeure pas moins humain avec sa part d’ombres et de lumières. Tes écarts, tes gueules de bois, tes excès de vitesse, les pipis dans les avions m’ont laissée indifférente.

Puis, je t’ai écouté un soir évoquer ton fils (dont j’ai vu presque tous les films). Il y avait en toi l’acteur qui rendait hommage à son acteur de fils et le père. Le papa, désemparé par la disparition de son fils dans des circonstances d’extrêmes douleur. J’ai pleuré car sous la carapace qui se fendillait alors, j’ai entendu l’homme blessé, à terre. Qui ne sort pas transformé d’un tel choc.

Pourtant Gérard, entendre parler de toi, chaque jour frise l’insupportable. Que tu décides de t’installer en Belgique, au Groenland ou à Pétaouchnock les oies, franchement, je m’en fiche. Je m’en fiche car tu n’es pas le premier, tu ne seras pas le dernier, à fuir pour planquer ton blé. L’argent appelle l’argent, il semble que plus on en ait, plus on a besoin d’en avoir. Je n’accuse pas, je ne jette pas la pierre. C’est ainsi.

Ce qui me gêne Gérard, c’est ta désinvolture, ton propos qui est une injure à l’humanité. L’humanité, ce sont tous ces journalistes, ces opposants pourchassés, arrêtés, emprisonnés, assassinés par Poutine et sa clique, ce sont les  Tchétchènes menacés et exterminés. Par respect pour eux, il y a des choses que tu ne peux pas dire, ni clamer.

Certes, tu as gagné ton argent honnêtement, il représente le fruit de ton travail mais Gérard payer des impôts lorsque l’on gagne beaucoup d’argent, c’est participer à l’effort collectif. Ton père communiste ne te l’a-t-il pas appris ? Fille de prolos, moi aussi, je n’ai pas la possibilité de me barrer dans un paradis fiscal. Je n’en ai tout simplement pas les moyens et pas  l’envie non plus je dois dire. Les gens comme moi pas riches mais pas pauvres non plus ne peuvent faire qu’une chose : faire face ! Nos salaires n’augmentent pas tandis que tout dans notre société en crise monte en flèche : essence, santé, biens de consommation, loisirs… Une société à deux, voire à trois vitesses.

Le sais tu seulement Gérard, t’en rends tu compte ?

Gérard, n’oublies pas d’où tu viens !

A l’avenir s’il te plait fermes ta gueule, par respect pour nous. Même chose pour tes amis, les Deneuve et autre Lucchini me font mourir de rire, ils n’ont aucun sens de la mesure, c’est à la limite du vomitif. Fermes la et arrête donc de te donner en spectacle en exhibant le passeport d’un pays d’oppression. Peut être que les médias qui n’ont rien à se mettre sous la dent suivront ton exemple.

Je t’embrasse pas, j’aime pas les potes de dictateurs.

Sweet lullaby

J’ai eu une forte envie d’enfant à la sortie d’adolescence. Sans doute parce que mes cousines, plus âgées que moi devenaient mères et que cela me paraissait génial. Dans le fait d’avoir un compagnon, d’accéder à un nouveau statut, d’avoir comme une légitimité au sein de la famille.

Peu d’hommes ont traversé ma vie et à aucun moment ne m’est venue l’envie ou le besoin d’enfant. Aussi, cette idée m’est totalement sortie de l’esprit, au point que j’ai pensé que je n’aurai pas d’enfant, que ça n’était pas fait pour moi. Par ailleurs, j’étais habitée par la crainte d’être une vieille maman, la mienne m’ayant eu à plus de 30 ans et par le fait  de n’avoir pas les qualités nécessaires pour le job. Le temps passant, j’ai définitivement fait une croix sur la perspective de fonder une famille.

Et un Charming Namoureux a fait son apparition. Malgré notre situation « pas simple », l’idée a germé. J’avoue qu’au début, ce qui m’a portée, c’est l’envie de lui faire ce cadeau, son envie étant plus forte que la mienne. J’ai eu l’occasion de le voir évoluer avec les enfants de nos amis ou de nos familles respectives et à aucun moment je n’ai douté de l’amour qu’il pourrait apporter à notre enfant.

Nous nous sommes jetés dans l’aventure et je n’y croyais qu’à moitié. Je suis passé par des moments très contradictoires, tiraillée entre l’envie et la croyance désormais ancrée que je n’aurais pas d’enfant.

La vie a fait ce qu’elle avait à faire en nous donnant ce bonheur et nous le retirant immédiatement. C’est arrivé et puis je suis retournée travailler deux jours plus tard. Comme si de rien n’était. J’ai pleuré, nous avons pleuré, j’ai eu mal et nous sommes tous passés à autre chose. Le gynéco, fin psychologue, m’a donné le nom d’une psy, « au cas où ». On s’est revus un mois plus tard, il s’est assuré que tout était bien en ordre et m’a invitée à « m’y remettre rapidement » (amis de la poésie…).

Nous étions confiants. Néanmoins les jours, les mois passent…

Arrive Noël, les fêtes de famille, les remarques anodines ou pas mais qui viennent me transpercer de part en part. Lancinante douleur. Les conversations, forcément, tournent autour des enfants et cela me parait naturel.  Ça craque à l’intérieur, ça se fendille en mille morceaux. Il m’apparait clairement que nous n’avons pas eu le temps du deuil. Je ne l’ai pas fait. A chaque instant, j’ai envie de hurler.

De plus, j’ai le sentiment avéré ou non, de ne pas pas être dans l’instant, de ne pas pouvoir partager puisque je ne suis pas mère, nous ne sommes pas parents.

Notre filleule virevolte autour de nous, elle est tout sauf avare de bisous et de mots calinoux avec nous. C’est sans doute cela qui me fait le plus mal, pourtant j’aime cette enfant tendrement.

Je prends ce qui nous arrive pour une punition, l’acte d’un divin supérieur qui souhaite nous affliger. Comme une profonde injustice.

Mon corps est abîmé, je suis fatiguée, d’une nature si peu patiente, avec actuellement un besoin immense de tranquillité, singulièrement de vide. Néanmoins, je vais avoir 38 ans et il me semble que c’est l’année où jamais… Celle du renouveau, du bonheur enfin retrouvé, celle de l’histoire de notre couple enrichie et réinventée.

Cette année, oui, si seulement…

No resolutions

L’année dernière à la même époque,  je franchissais la porte de Maison Company la fleur au fusil, pétrie de bonnes intentions. C’était sûr, j’allais quitter ce lieu étouffant et me construire une nouvelle vie ailleurs. J’allais prendre de l’info pour suivre une formation, j’allais arrêter de manger (tu me connais, je pratique l’extrême en toutes choses), j’allais prendre du recul, j’allais oser et prendre des risques, bref avoir ENFIN une vie trépidante.

Puis, j’étais aller me présenter à Vénérable Directrice, laquelle était restée rivée à son siège et avait répondu  à mes vœux du bout des lèvres, se remettant à l’ouvrage en se tournant vers son ordi.

J’y avais vu un signe (oui, Madame Monsieur,  je vois des signes à peu près partout) et mon année a été disons, en demie-teinte…

Cette année, j’ai pris conscience de mes manques. De cette propension  à n’être jamais dans le présent mais toujours dans l’hier, qu’il m’arrive de regretter ou dans le lendemain, que j’anticipe malgré moi.

Comme chaque année, je suis rentrée dans mes vacances tardivement et je n’en ai pas profité. Je me suis refais le film de l’année (en mettant une focale sur tout ce que je n’avais pas réussi, évidemment), j’ai pensé à mon travail, à ce qui m’attendrait à mon retour. Et comme à chaque fois, la décompression a été éprouvante. Larmes à gogo et crises d’angoisse.

Je ne sais pas d’où me vient ce syndrome toujours plus prégnant, qui me fait passer à côté de l’instant et qui me fait le vivre à moitié, d’être toujours un peu à côté des évènements et des êtres.

Mon challenge pour cette année, je le sais, cela va être de m’ancrer. De savourer, sans me projeter de manière artificielle, sans jouer les scènes par anticipation (sachant que je tombe souvent à côté), d’être connectée à l’ici et maintenant.

Pas une résolution mais juste l’envie d’avancer vers un peu plus de bien être…

Juste après

En 2012, j’ai fêté Noël dans une autre famille que la mienne. Une première.

Une famille heureuse de se retrouver, de partager ensemble. Le festin, les cadeaux, la bonne humeur. Quelque chose de très nouveau pour moi. J’ai aimé. Aimé les regarder, les écouter, vivre cela avec eux.  Je suis entrée dans cette famille il y a quelques années déjà, mais là sans doute avons nous marqué une nouvelle étape. Cette fête, c’est avant tout celle des enfants, ce sont eux qui la rendent magique, belle, attachante. Un bon moment, avec de l’émotion dedans.

En 2012, nous nous sommes offert Versailles.

Pour être plus juste, un bel hôtel en face du Château. Visiter les Jardins, en plein hiver, sans la présence des hordes de touristes, à la tombée de la nuit, c’est juste un pur moment, à la lisière de la féerie. Avec Namoureux, nous avons basculé doucement et tendrement vers une nouvelle année, juste lui et moi. Pour continuer l’aventure.

De belles choses à vous, pour tout de suite…