Le piano de mon père

Mon père avait un immense piano auquel il consacrait tout son temps. Il y faisait ses gammes le jour, travaillait de nouvelles partitions la nuit. Inlassablement.

J’ai toujours été jalouse de cet objet, qui avait pour lui une immense importance. Bien plus que je ne pouvais en avoir, me semblait-il.

Mon père a toujours dit de son métier qu’il était pour lui une passion. Son indispensable.

Une passion que je n’ai jamais comprise, une passion dévorante, douloureuse souvent. Je ne m’y suis jamais intéressée et lorsque, par de rares fois, je m’en suis approchée, voulant tenter moi aussi de jouer, il n’était jamais loin, disant que je n’avais pas les gestes, pas la bonne lecture, que pour réussir, il fallait faire plus de gammes…

Nous n’avons jamais réussi à nous accorder.

Mon père était un cuisiner absorbé. Un homme de création qui donnait tout par sa cuisine. Une cuisine riche, généreuse, rassurante.

Est ce pour cela, que j’ai depuis toujours la cuisine en horreur, que manger est plus une douleur plus qu’un plaisir. Il y a des raccourcis faciles… Mon père et moi ne nous sommes jamais rencontrés. Ce n’est pas une douleur mais un renoncement. Un parmi d’autres.

Cette semaine, tandis que nous visitions sa tante malade, j’ai découvert mon père. Attentionné, à l’écoute, doux, inquiet même. Comme je ne l’avais jamais vu. Comme pour toutes choses de la vie,pour les petits et les grands évènements, mon père avait préparé le repas. Pour elle, qui ne cuisine presque plus.

Elle a aimé et lui était aux anges. Sa musique, encore une fois avait atteint sa cible. Au cœur.

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