Sweet lullaby

J’ai eu une forte envie d’enfant à la sortie d’adolescence. Sans doute parce que mes cousines, plus âgées que moi devenaient mères et que cela me paraissait génial. Dans le fait d’avoir un compagnon, d’accéder à un nouveau statut, d’avoir comme une légitimité au sein de la famille.

Peu d’hommes ont traversé ma vie et à aucun moment ne m’est venue l’envie ou le besoin d’enfant. Aussi, cette idée m’est totalement sortie de l’esprit, au point que j’ai pensé que je n’aurai pas d’enfant, que ça n’était pas fait pour moi. Par ailleurs, j’étais habitée par la crainte d’être une vieille maman, la mienne m’ayant eu à plus de 30 ans et par le fait  de n’avoir pas les qualités nécessaires pour le job. Le temps passant, j’ai définitivement fait une croix sur la perspective de fonder une famille.

Et un Charming Namoureux a fait son apparition. Malgré notre situation « pas simple », l’idée a germé. J’avoue qu’au début, ce qui m’a portée, c’est l’envie de lui faire ce cadeau, son envie étant plus forte que la mienne. J’ai eu l’occasion de le voir évoluer avec les enfants de nos amis ou de nos familles respectives et à aucun moment je n’ai douté de l’amour qu’il pourrait apporter à notre enfant.

Nous nous sommes jetés dans l’aventure et je n’y croyais qu’à moitié. Je suis passé par des moments très contradictoires, tiraillée entre l’envie et la croyance désormais ancrée que je n’aurais pas d’enfant.

La vie a fait ce qu’elle avait à faire en nous donnant ce bonheur et nous le retirant immédiatement. C’est arrivé et puis je suis retournée travailler deux jours plus tard. Comme si de rien n’était. J’ai pleuré, nous avons pleuré, j’ai eu mal et nous sommes tous passés à autre chose. Le gynéco, fin psychologue, m’a donné le nom d’une psy, « au cas où ». On s’est revus un mois plus tard, il s’est assuré que tout était bien en ordre et m’a invitée à « m’y remettre rapidement » (amis de la poésie…).

Nous étions confiants. Néanmoins les jours, les mois passent…

Arrive Noël, les fêtes de famille, les remarques anodines ou pas mais qui viennent me transpercer de part en part. Lancinante douleur. Les conversations, forcément, tournent autour des enfants et cela me parait naturel.  Ça craque à l’intérieur, ça se fendille en mille morceaux. Il m’apparait clairement que nous n’avons pas eu le temps du deuil. Je ne l’ai pas fait. A chaque instant, j’ai envie de hurler.

De plus, j’ai le sentiment avéré ou non, de ne pas pas être dans l’instant, de ne pas pouvoir partager puisque je ne suis pas mère, nous ne sommes pas parents.

Notre filleule virevolte autour de nous, elle est tout sauf avare de bisous et de mots calinoux avec nous. C’est sans doute cela qui me fait le plus mal, pourtant j’aime cette enfant tendrement.

Je prends ce qui nous arrive pour une punition, l’acte d’un divin supérieur qui souhaite nous affliger. Comme une profonde injustice.

Mon corps est abîmé, je suis fatiguée, d’une nature si peu patiente, avec actuellement un besoin immense de tranquillité, singulièrement de vide. Néanmoins, je vais avoir 38 ans et il me semble que c’est l’année où jamais… Celle du renouveau, du bonheur enfin retrouvé, celle de l’histoire de notre couple enrichie et réinventée.

Cette année, oui, si seulement…