Sortir les mots

Je les bouscule.

Quand je les questionne.

Avec mes réponses, avec mes propositions, dans les actions que je leur présente.

Quand je les reconnecte au réel.

A la question « Parlez moi de vous », ils ne savent que répondre tant ils ont une image dépréciée d’eux même.

A l’énoncé (un brin raidissant) « Décrivez moi votre parcours professionnel », ils se tassent, bafouillent, se rembrunissent.

Lorsque je demande « Quelles sont vos compétences », ils hésitent car ils sont intimement persuadés qu’ils ne savent plus faire.

Au piégeur, « Vous pouvez me donner quelques unes de vos qualités » : blanc, silence gêné.

Quand enfin j’arrive au « Décrivez moi une journée de travail ». Certains s’animent dans cette replongée de ce qui a été et qui n’est plus : un statut social, une utilité, la fierté du travail accompli, le sentiment d’appartenance à un groupe, la culture d’entreprise. D’autres au contraire s’écroulent. Il faut faire le deuil d’un emploi apprécié qu’on ne pratiquera plus.

Je les bouscule, avec mes exigences, mes attentes, mon regard parfois sans concession.

L’essentiel de mon travail consiste en cela aujourd’hui : revaloriser, redonner confiance, réinjecter sans cesse du positif, rassurer.

Il arrive (la plupart du temps) que le meilleur en sorte : un emploi retrouvé, une formation à suivre, des avancées personnelles.

Et de temps en temps, la perche que j’ai lancée se brise…

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