L’air du temps

Mon métier a ceci de merveilleux qu’il me propulse tous les jours au cœur de la vie. J’entends par là, que je suis sensibilisée à toutes les questions dites de société : la santé, le logement, la sécurité, parfois l’éducation et par la force des choses l’emploi-formation.

Depuis 8 ans j’accompagne des personnes dont le profil a peu changé finalement : majoritairement des femmes, peu qualifiées. Globalement des personnes aux conditions sociales dégradées, au regard de la maitrise de la langue française, de la mobilité, de la santé.

Aussi, je suis ébranlée à chaque fois que j’entends un politique français s’exprimer, quelque soit son étiquette politique. Je suis ébranlée et plus encore en colère : Y A LE FEU !!!

La situation est grave et je suis étonnée de voir que l’opposition, qui a eu plus de 10 ans pour se préparer à revenir aux commandes du pouvoir soit aussi désorganisée et aussi peu inventive. Je ne suis pas journaliste et pourtant les termes « d’amateurs, d’apprentis » ne me semblent pas décalés.

Je suis assez soufflée de voir que la seule solution que l’on ait trouvé pour combattre durablement le chômage ce sont les « emplois d’avenir ». A quand une vraie évaluation des politiques de l’emploi, à quand une vraie concertation de terrain ? Encore une fois, on appose tranquillement pour se donner bonne conscience, un pansement sur une jambe de bois.

J’aimerais que Michel Sapin (avez vous entendu parlé de cet auguste personnage depuis le mois de mai dernier ?!!!) vienne passer non pas une semaine mais deux jours complets avec moi, qu’ensemble nous allions rencontrer des partenaires de l’emploi et de la formation qui se battent contre des mesures iniques pour amener les personnes qu’ils accompagnent à l’emploi. Non pas à l’emploi pérenne. Non, juste à l’emploi précaire. Combien sont-elles à réaliser 2-3 heures par jour en tant qu’agente de propreté ou hôtesse de caisse sur des horaires découpés ? Des milliers. Et elles ne comptent même pas dans les cohortes de Pôle emploi.

J’aimerais qu’il les entende toutes et tous avec les difficultés qu’ils viennent nous poser, parfois avec honte, dans l’intimité du bureau.

Chaque jour, je me sens plus démunie. On démantèle dans ma région le service social, les plateformes décisionnelles concernant l’allocation du Rsa fonctionnent mal, elles ont accumulé un retard considérable. L’argent qui autrefois était dépensé sans compter pour des formations fantasques, est aujourd’hui verrouillé à l’extrême.

Je suis une éponge qui absorbe, qui ne peut qu’écouter, à défaut d’autre chose. Car l’effet de la crise, les médias alarmistes,  ne font qu’accentuer à la morosité ambiante.

Je suis le bon soldat qui applique, à la lettre, les directives (à la con)  qui viennent d’en haut, je me mets en 4 pour faire toujours plus avec toujours moins de temps et je prends, colères et pleurs de personnes qui ne savent pas, la plupart du temps à qui s’adresser pour être entendues et considérées.

Et je suis toujours aussi étonnée qu’il n’y ait pas plus de monde qui mette le feu dans la rue…

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